« Le Chat et les rats », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)

Une illustration de la fable « Le chat et les rats », d'Ésope

Texte de la fable « Le Chat et les rats », d’Ésope

Une maison était infestée de rats. Un chat, l’ayant su, s’y rendit, et, les attrapant l’un après l’autre, il les mangeait. Or les rats, se voyant toujours pris, s’enfonçaient dans leurs trous. Ne pouvant plus les atteindre, le chat pensa qu’il fallait imaginer quelque ruse pour les en faire sortir. C’est pourquoi il grimpa à une cheville de bois et, s’y étant suspendu, il contrefit le mort. Mais un des rats sortant la tête pour regarder, l’aperçut et dit : « Hé ! l’ami, quand tu serais sac, je ne t’approcherais pas. » 

 

Cette fable montre que les hommes sensés, quand ils ont éprouvé la méchanceté de certaines gens, ne se laissent plus tromper à leurs grimaces. 

Explication et signification de la fable « Le Chat et les rats », d’Ésope

« Le Chat et les rats » est une fable du Grec Ésope, qui vécut aux 7ème et 6ème siècles avant J.-C. et qu’on considère généralement comme le premier fabuliste occidental. Avec « La Chatte et Aphrodite » ainsi que « Le Perroquet et la chatte », elle compte parmi les trois seuls récits de l’auteur (sur un total de 358) dont le titre fait mention d’un petit félin. Elle figure en 13ème position dans le recueil de référence Fables d’Ésope publié en 1927 par Émile Chambry, qui a traduit son œuvre en français.


Le chat est ici mis en opposition avec un animal qui constitue l’une de ses proies naturelles : le rat. Et comme bien souvent dans les fables, celui qui sort vainqueur n’est pas celui qu’on aurait imaginé à première vue...


Ésope commence par poser le décor : une maison infestée de rats, et un chat qui les dévore les uns après les autres jusqu’à les pousser dans leurs derniers retranchements. Ses proies ne sortant alors plus de leurs trous, il décide d’imaginer une ruse : se suspendre à une cheville de bois pour feindre le mort, comme si quelque humain l’avait tué et accroché là. L’un des rats montre alors qu’il ne se laisse pas berner : non content de ne pas tomber dans le piège, il va jusqu’à apostropher son prédateur en l’appelant ironiquement « l’ami » et lui indique que, même s’il était un sac, il ne l’approcherait pas.


Dans la morale, qui suit le récit, Ésope présente le rat comme un modèle de sagesse, tandis que le chat est assimilé à un être trompeur, prompt à faire des « grimaces » (c'est-à-dire à adopter un comportement feint et ridicule) pour accomplir des actes de « méchanceté ».


Cette fable est assez représentative de la place qu’occupe le chat dans la Grèce antique : loin d’être considéré comme un compagnon domestique (tel que c’est le cas de nos jours), il est tout juste toléré pour ses fonctions utilitaires de chasseur de nuisibles. 


L’idée de présenter le chat dans son rôle de chasseur, qui constitue jusqu’au 19ème siècle quasiment sa seule source d’intérêt pour l’Homme dans la plupart des milieux sociaux, est très largement reprise au fil des siècles par les fabulistes de tous horizons. On peut citer notamment le Latin Phèdre au 1er siècle après J.-C. avec « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage », le poète français Eustache Deschamps au 14ème siècle avec « Le Chat et les souris », le célèbre artiste et ingénieur italien Léonard de Vinci (1452-1519) vers 1490 avec « La Souris, la Belette et le Chat », le Russe Ivan Krylov (1769-1844) avec « Le Chat et le Rossignol » (1825), ou encore le Français Jean Anouilh (1910-1987) en 1962 avec « Le Chat bourgeois ».


 « Le Chat et les rats » inspire d’ailleurs directement plusieurs auteurs. Elle est ainsi notamment reprise en 1699 sous le titre « Les Rats et les Chats » par l’écrivain français Charles Perrault (1628-1703), et en 1782 sous celui de « Le Rat et le Chat » par le fabuliste espagnol Tomás de Iriarte (1750-1791). La version la plus célèbre reste cependant « Le Chat et un vieux rat » (1668), du célèbre Français Jean de la Fontaine (1621-1695), directement inspirée de cette fable d’Ésope ainsi que d’une autre de Phèdre intitulée « La Belette et les rats ».

Dernière modification : 10/23/2026

Sommaire de l'article

  1. Page 1 : Le chat dans les fables
  2. Page 2 : « Le Chat et les rats », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  3. Page 3 : « La Chatte et Aphrodite », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  4. Page 4 : « Le Perroquet et la chatte », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  5. Page 5 : « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage », de Phèdre (1er siècle après J.-C.)
  6. Page 6 : « Le Renard et le Chat », de Marie de France (vers 1175)
  7. Page 7 : « Le Chat et les souris », d’Eustache Deschamps (deuxième moitié du 14ème siècle)
  8. Page 8 : « La Souris, la Belette et le Chat », de Léonard de Vinci (vers 1490)
  9. Page 9 : « Conseil tenu par les rats », de Jean de La Fontaine (1668)
  10. Page 10 : « La Chatte métamorphosée en femme », de Jean de La Fontaine (1668)
  11. Page 11 : « L’Aigle, la Laie et la Chatte », de Jean de La Fontaine (1668)
  12. Page 12 : « Le Chat et un vieux rat », de Jean de La Fontaine (1668)
  13. Page 13 : « Le Cochet, le chat et le souriceau », de Jean de La Fontaine (1668)
  14. Page 14 : « Du chien et du chat », d’Antoine Furetière (1671)
  15. Page 15 : « Le Singe et le Chat », de Jean de La Fontaine (1678)
  16. Page 16 : « Le Chat et le Coq », de Charles Perrault (1699)
  17. Page 17 : « La Vieille et ses chats », de John Gay (1727)
  18. Page 18 : « La Souris et le Chat », d’Ignacy Krasicki (1779)
  19. Page 19 : « Le Lévrier et la chatte », d’Ignacy Krasicki (1779)
  20. Page 20 : « La Chatte et son maître », d’Ignacy Krasicki (1779)
  21. Page 21 : « Le Chat, le Lézard et le Grillon », de Tomás de Iriarte (1782)
  22. Page 22 : « Le Chat et la lunette », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  23. Page 23 : « Les Deux Chats », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  24. Page 24 : « Le Chat et le rossignol », d’Ivan Krylov (1825)
  25. Page 25 : « Le Loup et le Chat », d’Ivan Krylov (1843)
  26. Page 26 : « Le Chat bourgeois », de Jean Anouilh (1962)