
Aussi mignons soient-ils, les chats sont des prédateurs redoutables. Alors qu’ils sont aujourd’hui présents presque partout sur la planète, leur impact sur l’environnement est loin d’être négligeable - en particulier sur le plan de la biodiversité.
En quoi les chats ont-ils un impact sur leur environnement ? Représentent-ils même une menace vitale pour certaines espèces ? Peut-on concilier l’amour des chats avec le désir de protéger la planète et tous ceux qui la peuplent ?
L’impact des chats sur la faune est aujourd’hui largement documenté par la recherche scientifique. Ce sont des superprédateurs (c’est-à-dire des prédateurs situés au sommet de la chaîne alimentaire et sans ennemis naturels), et ils s’en prennent à de nombreuses espèces différentes. Dans certains endroits, cela menace l’existence d’une partie d’entre elles. En tout état de cause, le nombre d’animaux qu’ils tuent se compte chaque année en milliards.
Dans un article intitulé « A global synthesis and assessment of free-ranging domestic cat diet » et publié en 2023 dans la revue scientifique Nature communications, Christopher A. Lepczyk, chercheur en biologie et en conservation des animaux sauvages, affirme avec son équipe que les chats s’attaquent à pas moins de 2084 espèces différentes, dont 90% appartiennent aux groupes des oiseaux, des reptiles ou des mammifères. 347 de ces 2084 espèces (soit environ 15% d’entre elles) sont actuellement considérées par l’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) comme menacées de disparaître de la planète.
En France, un programme de science participative mené entre 2015 et 2022 par le Muséum national d’Histoire naturelle permet d’en savoir un peu plus sur les proies de prédilection des chats, même si les résultats obtenus ne sont pas forcément transposables à l’échelle globale. Reposant sur 38.000 observations de proies, il a établi que 68% de ces dernières étaient des petits mammifères, en particulier des rongeurs. Les oiseaux représentaient pour leur part 22% des proies recensées, et les reptiles environ 8 %.
Par ailleurs, Christopher A. Lepczyk souligne dans son article que l’impact des chats sur la faune est particulièrement marqué sur les îles : souvent endémiques, les espèces locales y sont plus vulnérables face aux prédateurs. En effet, nombre d’entre elles ont évolué pendant des millénaires sans prédateurs terrestres et n’ont donc pas développé de comportements de défense pour se protéger : vigilance, camouflage, fuite en cas d’attaque, etc. En outre, comme la taille du territoire est limitée, leurs effectifs sont souvent faibles.
Ces éléments conjugués rendent les espèces insulaires particulièrement sensibles aux perturbations ; en moyenne, le nombre de celles qui sont menacées (que ce soit à cause des chats ou pour d’autres raisons) y est environ trois fois plus élevé que sur les continents.
Comme le souligne notamment une étude intitulée « Domestic cats and their impacts on biodiversity: A blind spot in the application of nature conservation law » et publiée en 2020 dans la revue scientifique People and Nature, les statistiques sur le nombre d’animaux tués par les chats sont aussi impressionnantes que préoccupantes partout dans le monde.
Aux États-Unis, ces derniers sont environ 50 à 100 millions. Le nombre d’oiseaux qu’ils tuent chaque année est particulièrement difficile à estimer, mais différents travaux concluent qu’il se situerait quelque part entre 1,3 milliard et 4 milliards. Ils seraient aussi responsables de la mort de 6,3 à 22,3 milliards de mammifères, 258 à 822 millions de reptiles et 95 à 299 millions d’amphibiens.
Au Canada, entre 100 millions et 350 millions d’oiseaux seraient tués chaque année par les 9 millions de représentants de la gent féline : c’est d’ailleurs la principale cause de mortalité chez ces animaux.
L’Australie compte beaucoup moins de chats que l’Amérique du Nord, puisque leur nombre se situe entre 7 et 11 millions. On estime qu’ils tueraient notamment chaque année plus de 370 millions d’oiseaux par an et 650 millions de reptiles. Ces chiffres restent bien inférieurs par exemple à ceux de l’Amérique du Nord, mais les dégâts environnementaux que cet animal cause sur ce continent sont plus sévères que sur n’importe quel autre. Cela s’explique par la grande vulnérabilité de la faune australienne, riche en espèces endémiques peu adaptées aux prédateurs introduits par l’Homme, ainsi que par l’omniprésence des chats, puisqu’on les retrouve sur près de 99% du territoire. En tant qu’espèce invasive, ils exercent dans ce contexte une pression disproportionnée sur les écosystèmes : ils ont ainsi contribué à l’extinction d’au moins une vingtaine de mammifères australiens, et constituent une menace pour plus de 200 autres espèces locales.
En Europe de l’Ouest, les données chiffrées sont plus rares. Néanmoins, un article intitulé « Domestic Cat Predation on Garden Birds: An Analysis from European Ringing Programmes », publié en 2019 dans l’archive ouverte pluridisciplinaire HAL, évoque certains travaux basés sur des programmes de baguage d’oiseaux réalisés en France et en Belgique entre 2000 et 2015 : parmi ceux retrouvés morts, la prédation par les chats représentait entre 12,8 % et 26,3 % des décès observés, en fonction de la zone et de la période étudiées.
En France, selon une enquête participative menée entre 2015 et 2022 par le Muséum national d’Histoire naturelle en partenariat avec la Société Française pour l’Étude et la Protection des Mammifères (SFEPM), les 14 millions de représentants de la gent féline présents sur le territoire seraient responsables de la mort de 75 millions d’oiseaux par an.
Les chats errants et les chats domestiques ne causent pas les mêmes dommages à la faune. Les premiers vivent en permanence à l’air libre, et exercent de ce fait une pression plus forte sur les animaux sauvages que les seconds. Pour sa part, l’impact des chats domestiques dépend beaucoup du fait qu’ils aient ou non massivement accès à l’extérieur. Or, les choses en la matière varient fortement d’une zone géographique à l’autre.
Ainsi, selon une étude publiée en 2021 dans la revue scientifique Animals et intitulée « Indoors or Outdoors? An International Exploration of Owner Demographics and Decision Making Associated with Lifestyle of Pet Cats », environ 80 % des chats domestiques vivant aux États-Unis et au Canada sont des animaux strictement d’intérieur, contre seulement 30 % en Europe. En Australie et en Nouvelle-Zélande, cette proportion est estimée à 42 %.
Ces chiffres montrent qu’aux États-Unis, où globalement les représentants de la gent féline tuent chaque année des milliards d’oiseaux, de reptiles, d’amphibiens et de petits mammifères, ceux qui ont un propriétaire jouent en réalité un rôle relativement mineur dans ces dégâts environnementaux.
À l’inverse, en Europe, en Australie et en Nouvelle-Zélande, ils contribuent davantage à la pression exercée sur la faune locale du fait qu’ils ont davantage accès au dehors.
En plus de s’attaquer directement à de nombreux animaux, les chats ont également des impacts indirects sur la faune et les écosystèmes. En effet, ils transmettent des agents pathogènes (et donc des maladies) à des représentants d’autres espèces, entrent en concurrence avec les prédateurs endémiques et menacent l’intégrité génétique des félins sauvages.
Les chats peuvent transmettre toutes sortes d’agents pathogènes (parasites, bactéries et virus) aux autres animaux, et même aux humains. Le plus souvent, cela se fait de manière indirecte, via leurs urines et leurs excréments. Néanmoins, une transmission est également possible par contact physique, notamment en cas de griffure ou de morsure.
Avec le changement climatique et la transformation des écosystèmes qui en découle, la question devient de plus en plus préoccupante. La hausse des températures, les hivers plus doux et les périodes humides prolongées favorisent en effet la prolifération de nombreux vecteurs de maladies. C’est le cas notamment des puces et des tiques, pour qui les chats sont souvent des hôtes privilégiés : ils sont donc d’autant plus susceptibles de faciliter leur diffusion.
Les chats peuvent transmettre directement ou indirectement différents parasites susceptibles de provoquer des maladies chez certains animaux, et même parfois chez les humains.
C’est le cas par exemple du ver rond Toxocara cati, responsable de la toxocarose, du ver cestode Dipylidium caninum, qui provoque la dipylidiose, ou encore du protozoaire Giardia, qui cause la giardiase. Cela dit, ces affections sont généralement bénignes.
Les chats sont également les hôtes définitifs de Toxoplasma gondii : ce parasite est responsable de la toxoplasmose, une maladie qui touche de nombreux oiseaux et mammifères - dont l’Homme. On estime qu’un tiers de la population humaine mondiale est exposée un jour ou l’autre à ce parasite.
Les oocystes (c’est-à-dire les œufs de ce dernier) présents dans les excréments des chats peuvent survivre plusieurs mois dans le sol ou dans l’eau, contaminant ainsi la faune terrestre et aquatique.
Chez les humains, la toxoplasmose est asymptomatique dans la majorité des cas, mais s’avère particulièrement dangereuse pour les femmes enceintes ainsi que les personnes immunodéprimées ou séropositives.
Elle représente également une menace sérieuse pour certaines espèces sauvages. Un article publié en 2024 par la National Marine Fisherie Service (NOAA Fisheries), un organisme fédéral des États-Unis, intitulé « Toxoplasmosis and Its Effects on Hawai’i Marine Wildlife », évoque par exemple le cas des phoques moines d’Hawaii. Il souligne que les déjections félines peuvent contaminer indirectement les représentants de cette espèce menacée. Or, chez eux, non seulement la toxoplasmose provoque la perte des fœtus, mais en plus elle s’avère très souvent mortelle.
Le problème a également été documenté concernant différentes espèces visant sur la terre ferme, notamment les marsupiaux australiens, les loutres de rivière et certains oiseaux.
Les chats peuvent être porteurs de nombreuses bactéries, et une petite partie d’entre elles sont susceptibles de causer chez d’autres espèces (y compris les humains) des maladies potentiellement dangereuses.
C’est le cas par exemple du bacille Salmonella, qui est responsable de la salmonellose : cette infection est parfois grave chez les jeunes enfants et les personnes immunodéprimées, ainsi que chez certains animaux.
En plus des parasites et des bactéries, les chats peuvent véhiculer certains virus vers d’autres animaux, voire plus rarement vers l’être humain.
L’exemple le plus connu est celui de la rage, bien qu’il soit très rare dans les pays développés. Il est transmissible par morsure et constitue une menace sérieuse - voire mortelle - tant pour les humains que pour certaines espèces sauvages.
En revanche, certains virus (par exemple le coronavirus félin) touchent presque exclusivement les chats, et n’ont donc pas vraiment d’impact sur la faune ou l’Homme.
Dans un article intitulé « Underlying impacts of invasive cats on islands: not only a question of predation » et publié en 2013 dans la revue scientifique Biodiversity and Conversation, la biologiste Félix M. Médina et son équipe se sont intéressés au caractère particulièrement nuisible de la présence de chats pour d’autres prédateurs, notamment sur les îles où ils ont été introduits par l’Homme.
Ils en concluent que les chats ne représentent pas seulement une menace pour les oiseaux, les reptiles et les petits mammifères, mais aussi pour certains prédateurs endémiques. En effet, lorsque les ressources alimentaires sont limitées, comme cela est plus facilement le cas sur une île, les différentes espèces sont en concurrence directe : la présence de chats peut donc réduire les chances de survie de certains prédateurs locaux.
C’est d’autant plus vrai qu'ils se reproduisent particulièrement vite. Ils sont ainsi capables de se propager très rapidement dans un environnement, limitant d’autant l’espace vital et l’accès à la nourriture d’autres espèces – y compris parfois de félins. C’est notamment le cas à Iriomote, une des îles les plus méridionales de l’archipel japonais d’Okinawa : le chat d’Iriomote, un petit félin endémique qui est une sous-espèce du Chat Léopard du Bengale, y est menacé par la présence de chats domestiques.
Aurora Fredriksen, professeur en environnement, éducation et développement à l’université de Manchester, s’est penché sur une autre conséquence sur la faune de la présence de chats : l’hybridation avec d’autres petits félins. Elle rend compte de ses travaux dans un article intitulé « Of wildcats and wild cats: Troubling species-based conservation in the Anthropocene », publié en 2015 dans la revue scientifique Environment and Planning D: Society and Space.
Elle y prend l’exemple du chat sauvage d’Écosse, une sous-espèce autrefois présente sur l’ensemble de la Grande-Bretagne, dont la population a fortement décliné au cours du 20ème siècle. Il s’avère qu’une des causes principales de ce déclin est la reproduction avec des chats domestiques et errants occupant le même territoire.
Selon les défenseurs de l’environnement, ce processus d’introgression génétique (c’est-à-dire l’introduction de gènes du chat domestique, Felis cactus, dans le patrimoine génétique de ce chat sauvage) pourrait, à terme, rendre les deux génétiquement indissociables, menaçant ainsi l’existence même de cette sous-espèce.
Le chat sauvage d’Écosse n’est pas un cas isolé : d’autres espèces sont elles aussi confrontées à ce risque d’hybridation et de disparition progressive. C’est le cas notamment du chat de Chine, du Chat Sauvage d’Afrique (présent en Afrique septentrionale, en Afrique de l’Ouest, ainsi que dans une partie du Moyen-Orient et de l’Asie) ou encore du Chat Forestier Caucasien (que l’on trouve principalement en Géorgie, en Arménie et en Azerbaïdjan).
L’impact écologique des chats sur la faune n’est pas toujours uniquement négatif, du moins dès lors que leur population est contrôlée.
Dans un article intitulé « Cat protecting birds: modelling the mesopredator release effect » publié en 2001 dans Journal of Animal Ecology, Franck Courchamp, écologue spécialisé dans les invasions biologiques, montre que dans certaines situations très spécifiques et sur une durée limitée, la présence d’une population contrôlée de chats peut contribuer à limiter la prolifération de mésoprédateurs (c’est-à-dire de prédateurs intermédiaires, tels que les rats ou les fouines) qui menacent directement certaines espèces.
L’étude évoque notamment le cas de la Nouvelle-Zélande. Même si les chats y chassent le kakapo, un perroquet nocturne menacé, il s’avère que leur présence peut sous certaines conditions aider à réduire la pression exercée sur lui par les rats, qui mangent ses œufs et ses petits.
L’auteur mentionne aussi l’exemple de l’île d’Amsterdam, un îlot français situé dans le sud de l’océan Indien : il y a été observé que les programmes d’éradication de la population féline menés à partir des années 80 ont provoqué une augmentation rapide du nombre de rats et de souris, ce qui menace la survie de certaines espèces endémiques.
Il convient toutefois de souligner que ces situations sont exceptionnelles : globalement, les chats ont généralement un impact aussi considérable que négatif sur la faune locale. Il est donc inhabituel qu’ils soient considérés comme des alliés dans la conservation des espèces menacées : le plus souvent, ils représentent au contraire une menace.
Si l'urine et les crottes de chien sont aujourd’hui un problème de santé publique et une cause de pollution clairement identifiés (en particulier dans les villes), l’impact écologique des déjections des chats reste lui relativement méconnu. Elles constituent pourtant elles aussi une source de pollution biologique et chimique.
En effet, l’urine et les excréments des chats contiennent notamment de l’azote et du phosphore, deux substances essentielles à la vie et à la croissance des plantes (même si, bien sûr, ces dernières ont d’autres moyens de s’en procurer).
Néanmoins, en trop grande quantité, elles peuvent contribuer à l’eutrophisation des sols et des cours d’eau, c’est-à-dire à un enrichissement excessif entraînant des déséquilibres écologiques.
Leurs excréments sont aussi susceptibles de contenir des résidus de médicaments (notamment des antiparasitaires ou des antibiotiques) qui persistent dans l’environnement et risquent d’affecter la faune locale.
Même un chat qui n’a pas accès à l’extérieur peut avoir un impact sur l’environnement, notamment à cause des matériaux utilisés dans sa litière ainsi que de l’énergie nécessaire à la production et au transport de cette dernière.
C’est particulièrement vrai pour les litières minérales, qui dominent très largement le secteur : selon une étude de marché réalisée en 2024 par le cabinet de consulting Grand View Research, elles représentent un peu plus de 80 % des ventes mondiales en volume. En effet, elles sont fabriquées à partir d’argile, un matériau très absorbant pour l’urine et les odeurs, qui a aussi l’avantage d’être peu coûteux. Or, il est particulièrement nocif pour l’environnement, car non biodégradable. Ainsi, lors de leur incinération, elles génèrent du CO₂ ainsi que d’autres gaz à effet de serre.
Elles représentent d’ailleurs des quantités importantes de déchets. En France, par exemple, celles-ci sont de l’ordre de 375.000 tonnes par an, soit 3,5% des ordures ménagères. Aux États-Unis, elles atteignent même les 2 millions de tonnes par an, soit environ 0,7 % des déchets ménagers.
En outre, il n’y a pas que leur incinération qui émet également du CO₂ et des gaz à effet de serre : leur transport et leur distribution ont le même effet. Elles sont en effet majoritairement fabriquées en Chine, puis acheminées dans le reste du monde, parcourant donc souvent des milliers de kilomètres.
Au demeurant, leur production est très énergivore et impacte donc elle aussi l’environnement. En effet, l’extraction de l’argile nécessite des machines puissantes qui consomment de l’électricité et du gaz. Ce processus contribue en outre à l’érosion des sols, à la destruction d’habitats naturels et à la perturbation de la biodiversité locale.
Comme ceux destinés aux humains, les aliments pour chats sont principalement produits de manière industrielle. Cela n’est pas sans conséquences sur l’environnement.
Les chats sont des carnivores stricts : cela implique que pour subvenir à leurs besoins, les aliments qui leur sont destinés doivent être riches en protéines animales. Dans les produits proposés à la vente, celles-ci proviennent généralement de bœuf, de poulet et de poisson. Or, la production de ces ingrédients est énergivore et émet des quantités importantes de gaz à effet de serre.
Il faut également prendre en compte les cultures végétales utilisées pour nourrir les troupeaux, comme le soja. Dans certaines régions, leur production contribue à la déforestation, à la perte de biodiversité, à la dégradation des sols, à la pollution de l’eau ou encore à l’appauvrissement des nappes phréatiques.
Il faut toutefois nuancer les choses : la plupart des aliments pour chats sont fabriqués à partir de ce qu’on appelle des « sous-produits », c’est-à-dire les abats, le sang et les os. Autrement dit, en général, on n’élève pas du bétail et on ne pêche pas du poisson spécifiquement pour nourrir les représentants de la gent féline.
Les chats sont originaires de régions au climat désertique, ce qui explique que leurs besoins en eau sont relativement faibles : il leur suffit en moyenne de 50 à 60 ml par kilogramme de masse corporelle et par jour. D’ailleurs, pour ceux qui reçoivent une alimentation humide (par exemple de la pâtée), celle-ci couvre déjà à elle seule une partie importante de leurs besoins hydriques.
Leur véritable impact en termes d’eau est surtout indirect : produire des aliments pour chats en consomme beaucoup, tant pour élever du bétail que pour cultiver les céréales et légumineuses qu’ils contiennent.
Il est difficile de calculer la consommation d’eau ainsi associée à la production de la nourriture qu’on leur donne. Néanmoins, dans un article intitulé « The global environmental paw print of pet food » et publié en 2020 dans la revue scientifique Global Environmental Change, le professeur Peter Alexander estime que la production d’aliments destinés aux animaux domestiques représente 0,2 à 0,4 % de l’eau douce totale utilisée dans l’agriculture.
D’après Grégory Okin, professeur en géographie et en développement durable à UCLA (University of California, Los Angeles), « diminuer le taux de possession de chiens et de chats, peut-être en faveur d’autres animaux moins énergivores mais offrant des avantages similaires sur le plan de la santé, du social et de l’émotion, réduirait considérablement les impacts environnementaux ». S’inscrivant dans une vision utilitariste des animaux de compagnie, ce propos peut se défendre sur le plan théorique, mais est probablement difficile à entendre pour une personne amoureuse de la gent féline.
En réalité, il n’est pas nécessaire d’abandonner son chat (ou de renoncer à l’idée d’en adopter un) pour protéger la planète : quelques ajustements permettent déjà de réduire significativement son impact sur l’environnement.
Les principaux dommages écologiques causés par les chats concernent la faune sauvage. Limiter l’accès de son petit félin au monde extérieur permet donc de réduire efficacement son impact environnemental, en particulier si l’on vit dans une zone abritant une espèce protégée ou vulnérable – voire plusieurs.
En la matière, l'idéal est de le faire vivre exclusivement en intérieur : on élimine alors totalement la prédation sur les oiseaux, les petits mammifères et les reptiles. À défaut, restreindre ses sorties permet au moins de réduire son impact sur la faune : on peut en particulier limiter le nombre d’heures auxquelles il a accès à l’extérieur, le cantonner à un enclos sécurisé dans le jardin, ou encore prévoir seulement des sorties en laisse. Promener son chat en laisse est une option est d’autant plus intéressante qu’elle lui permet de profiter du monde extérieur, tout en garantissant sa sécurité – a fortiori si on habite à proximité d’un grand axe routier ou dans une zone comptant nombre de prédateurs susceptibles de s’attaquer à lui.
Dès lors qu’on le laisse parfois ou systématiquement évoluer librement au-dehors, il est judicieux d’accrocher une clochette à son collier : cela permet aux oiseaux et aux petits animaux d’être avertis de sa présence, et donc potentiellement d’éviter une éventuelle attaque.
En tout état de cause, l’accès au monde extérieur n’est pas un besoin vital pour un chat. Contrairement à une idée reçue, un petit félin vivant cantonné en intérieur n’est pas nécessairement plus malheureux qu’un autre. Il peut être tout à fait épanoui, dès lors qu’il est suffisamment stimulé : cela suppose qu’il dispose d’espaces adaptés à l’exploration et au jeu, qu’il profite de diverses activités mentales et physiques ainsi que d’interactions sociales, mais aussi qu’il puisse observer le monde extérieur (par exemple depuis une fenêtre, une plateforme ou un rebord sécurisé).
Dans une étude intitulée « Home Sweet Home: The Impact of Lifestyle on a Cat’s Approach to Impossible Tasks in the Home Environment », publiée en 2023 dans la revue scientifique Animals, Anna Scandurra, professeure de biologie à l’université de Naples, montre même que les chats strictement d’intérieur peuvent être moins stressés que les autres, car ils se sentent en permanence en sécurité.
Cela dit, un petit félin habitué à accéder au dehors aurait des chances de mal vivre le fait d’être subitement cantonné en intérieur jusqu’à la fin de ses jours. Par conséquent, l’idéal est de mettre en place cette mesure dès son arrivée dans le foyer, afin que ce mode de vie lui semble plus naturel.
La stérilisation des mâles comme des femelles est un des moyens les plus efficaces pour réduire l’impact environnemental des chats. En limitant leur reproduction, elle prévient leur prolifération et réduit ainsi la pression exercée sur les populations d’oiseaux, reptiles, amphibiens et petits mammifères.
Par endroits, elle peut même obligatoire pour certaines franges de la population féline.
C’est le cas notamment en France : en vertu de l’article L211-27 du Code rural et de la pêche maritime, les maires ont depuis 2021 le pouvoir d’ordonner la stérilisation des chats errants de leur commune.
Au Canada, certaines villes (par exemple Montréal et Québec) l’imposent même pour tous les chats, à l’exception de ceux utilisés comme reproducteurs par des éleveurs.
Obligation ou pas, cette procédure médicale est de toute façon fortement recommandée par les vétérinaires et les associations de protection animale, tant pour limiter la surpopulation que pour protéger la faune et améliorer le bien-être des chats. En effet, elle n’est pas sans conséquences positives directes également pour eux-mêmes (ainsi que pour leurs propriétaires) : diminution du risque de bagarres, de fugue...
Renoncer à une alimentation riche en protéines animales, voire chercher à rendre son chat végétarien ou végan dans l’optique de limiter son empreinte environnementale, n’est pas compatible avec ses besoins physiologiques. En effet, les représentants de la gent féline sont des carnivores stricts ; un tel régime entraînerait plus ou moins rapidement de graves carences et une dégradation de son état de santé, voire pourrait compromettre sa survie.
En revanche, il est possible de privilégier les produits les plus respectueux de l’environnement : par exemple ceux contenant une plus grande proportion de protéines végétales ou ayant obtenu un label écoresponsable.
Le choix du type d’aliments qu’on donne à son chat n’est pas non plus neutre. En effet, les croquettes ont un impact légèrement inférieur aux pâtées en termes d’émissions de CO₂, car leur confection nécessite moins d’eau. Cette différence reste toutefois modeste : la qualité des matières premières, ainsi que les méthodes de production et de transport, jouent un rôle bien plus déterminant.
Constituées en bonne partie d’argile, les litières minérales ont un impact environnemental non négligeable. Il est donc conseillé de choisir plutôt une litière végétale, c’est-à-dire conçue de matériaux végétaux et compostables : du bois, du chanvre, du papier recyclé, du maïs, du blé, de la tourbe, de la noix de coco...
L’efficacité des litières végétales varie toutefois assez fortement selon le matériau. En particulier, le papier recyclé, le blé et le maïs absorbent moins l’urine que l’argile et retiennent moins les odeurs. Le chanvre et la noix de coco s’avèrent nettement plus efficaces, et constituent donc des options plus intéressantes.
Un chat étant souvent très attaché à ses petites habitudes et facilement perturbé par le moindre changement, il n’est pas forcément possible de remplacer du jour au lendemain sa litière minérale par une litière végétale. Toutefois, on finit normalement par atteindre son objectif dès lors que le changement est introduit progressivement, c’est-à-dire en commençant par mélanger le nouveau matériau à l’argile puis en retirant progressivement cette dernière.
Il est aussi possible d’apprendre à un chat à utiliser directement les toilettes, mais cette solution est déconseillée. En effet, elle n’est pas forcément meilleure en termes d’hygiène, car ce faisant il risquerait de souiller des endroits qu’on touche ensuite soi-même – avec à la clef un risque de transmission d’agents pathogènes. De plus, un petit félin a besoin de recouvrir ses excréments : c’est pour lui un comportement naturel et qui le rassure. Être privé de cette possibilité serait potentiellement source de stress.
Plus un chat vit en extérieur, plus son impact sur l’environnement — et en particulier sur la faune sauvage — est important. Il n’est donc pas surprenant que les chats errants constituent globalement la principale source de dégâts écologiques. Toutefois, ceux qui ont un propriétaire contribuent eux aussi à ces pressions. C’est d’autant plus vrai dans les endroits où ils sont majoritairement laissés en liberté : ils peuvent y représenter une menace significative pour les écosystèmes locaux.
En ce qui concerne les chats errants, l’action des autorités est donc indispensable pour réduire leur population (ou au moins restreindre sa croissance), notamment par le biais de campagnes de stérilisation. Pour les autres, leurs propriétaires ont un rôle clef à jouer : à travers certaines décisions, on peut en effet réduire significativement l’empreinte environnementale de son animal – et pas seulement en termes d’impact direct sur la faune, mais aussi par exemple de pollution.
Une des plus décisives d’entre elles est de faire vivre son chat en intérieur, sans accès au dehors. Bien sûr, la question de son bien-être se pose alors, mais dès lors qu’on s’y prend correctement, il demeure possible de lui offrir un cadre de vie et une existence à la fois stimulants et compatibles avec ses besoins.





