
Une chatte, s’étant éprise d’un beau jeune homme, pria Aphrodite de la métamorphoser en femme. La déesse prenant en pitié sa passion, la changea en une gracieuse jeune fille ; et alors le jeune homme l’ayant vue s’en amouracha et l’emmena dans sa maison. Comme ils reposaient dans la chambre nuptiale, Aphrodite, voulant savoir si, en changeant de corps, la chatte avait aussi changé de caractère, lâcha une souris au milieu de la chambre. La chatte, oubliant sa condition présente, se leva du lit et poursuivit la souris pour la croquer. Alors la déesse indignée contre elle la remit dans son premier état.
Pareillement les hommes naturellement méchants ont beau changer d’état, ils ne changent point de caractère.
Œuvre du fabuliste grec Ésope, qui vécut aux 7ème et 6ème siècles avant J.-C., « La Chatte et Aphrodite » figure parmi ses trois seuls textes qui font mention d’un chat dans leur titre, avec « Le Chat et les rats » ainsi que « Le Perroquet et la chatte ». Elle figure en 76ème position parmi les 358 Fables d’Ésope compilées, traduites et éditées par Émile Chambry en 1927.
Comme dans beaucoup de fables avec un chat de cette époque et des époques ultérieures, c’est ici une femelle qui est l’héroïne - ou plutôt l’antihéroïne - de l’histoire. En revanche, le genre de personnage à qui elle est confrontée est inhabituel : alors que d’ordinaire il s’agit d’un autre animal ou d’un humain, il est ici question d’une divinité – plus précisément Aphrodite, la déesse grecque de l’amour.
Tout commence plutôt bien pour la chatte : elle est éprise d’un jeune homme, Aphrodite à sa demande la transforme en belle jeune fille, le jeune homme en tombe amoureux et l’emmène dans sa chambre. Telle une apprentie sorcière, la déesse se pose alors des questions sur son œuvre : en changeant de corps, la petite féline a-t-elle aussi changé de caractère ? Pour le savoir, elle décide de faire une expérience : lâcher une souris au milieu de la pièce. L’histoire prend alors un tournant plutôt comique, car la jeune fille se lève pour poursuivre le petit rongeur. Aphrodite est « indignée » et regrette manifestement sa décision, puisqu’elle la retransforme en chatte.
Il convient de noter que, si le récit souligne le sexe féminin du personnage principal, c’est aux humains en général que ce dernier est assimilé dans la morale qui le suit. Comme dans « Le Chat et les rats », autre fable d’Ésope, il incarne du fait de son rôle de chasseur les gens « méchants ». L’enseignement à tirer de cette histoire est que, si ces personnes peuvent changer en apparence, leur caractère en revanche demeure le même.
Elle inspire le célèbre fabuliste français Jean de La Fontaine (1621-1695) qui la reprend en 1668 sous le titre « La Chatte métamorphosée en femme ». Point de déesse toutefois dans cette version : c’est le propriétaire de la chatte qui fait le vœu que son animal se transforme en femme. Par ailleurs, c’est sur la notion de naturel que l’auteur se concentre dans sa morale, qui d’ailleurs est bien plus longue que celle d’Ésope : on n’a beau essayer de le chasser, il revient toujours au galop.
Une chatte, s’étant éprise d’un beau jeune homme, pria Aphrodite de la métamorphoser en femme. La déesse prenant en pitié sa passion, la changea en une gracieuse jeune fille ; et alors le jeune homme l’ayant vue s’en amouracha et l’emmena dans sa maison. Comme ils reposaient dans la chambre nuptiale, Aphrodite, voulant savoir si, en changeant de corps, la chatte avait aussi changé de caractère, lâcha une souris au milieu de la chambre. La chatte, oubliant sa condition présente, se leva du lit et poursuivit la souris pour la croquer. Alors la déesse indignée contre elle la remit dans son premier état.
Pareillement les hommes naturellement méchants ont beau changer d’état, ils ne changent point de caractère.