Les chats dans les fables : 25 fables avec un chat

Une illustration de la fable « Le chat, la belette et le lapin », de Jean de La Fontaine

Mêlant imagination et sagesse, les fables sont un type de récit qui existe depuis des milliers d’années et que l’on retrouve dans de nombreuses cultures.


Dans le monde occidental et le monde slave, les personnages de ces petites histoires sont très souvent des animaux, et certains d’entre eux sont des chats. Toutefois, la place que ces derniers y occupent et l’image qui en est renvoyée a évolué avec les âges.


Voici une sélection de 25 fables avec au moins un petit félin, précédée d’une rétrospective sur le chat dans les fables et le regard que les fabulistes ont porté sur cet animal au fil des siècles.

Sommaire de l'article

  1. Page 1 : Le chat dans les fables
  2. Page 2 : « Le Chat et les rats », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  3. Page 3 : « La Chatte et Aphrodite », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  4. Page 4 : « Le Perroquet et la chatte », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  5. Page 5 : « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage », de Phèdre (1er siècle après J.-C.)
  6. Page 6 : « Le Renard et le Chat », de Marie de France (vers 1175)
  7. Page 7 : « Le Chat et les souris », d’Eustache Deschamps (deuxième moitié du 14ème siècle)
  8. Page 8 : « La Souris, la Belette et le Chat », de Léonard de Vinci (vers 1490)
  9. Page 9 : « Conseil tenu par les rats », de Jean de La Fontaine (1668)
  10. Page 10 : « La Chatte métamorphosée en femme », de Jean de La Fontaine (1668)
  11. Page 11 : « L’Aigle, la Laie et la Chatte », de Jean de La Fontaine (1668)
  12. Page 12 : « Le Chat et un vieux rat », de Jean de La Fontaine (1668)
  13. Page 13 : « Le Cochet, le chat et le souriceau », de Jean de La Fontaine (1668)
  14. Page 14 : « Du chien et du chat », d’Antoine Furetière (1671)
  15. Page 15 : « Le Singe et le Chat », de Jean de La Fontaine (1678)
  16. Page 16 : « Le Chat et le Coq », de Charles Perrault (1699)
  17. Page 17 : « La Vieille et ses chats », de John Gay (1727)
  18. Page 18 : « La Souris et le Chat », d’Ignacy Krasicki (1779)
  19. Page 19 : « Le Lévrier et la chatte », d’Ignacy Krasicki (1779)
  20. Page 20 : « La Chatte et son maître », d’Ignacy Krasicki (1779)
  21. Page 21 : « Le Chat, le Lézard et le Grillon », de Tomás de Iriarte (1782)
  22. Page 22 : « Le Chat et la lunette », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  23. Page 23 : « Les Deux Chats », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  24. Page 24 : « Le Chat et le rossignol », d’Ivan Krylov (1825)
  25. Page 25 : « Le Loup et le Chat », d’Ivan Krylov (1843)
  26. Page 26 : « Le Chat bourgeois », de Jean Anouilh (1962)

Qu’est-ce qu’une fable ?

Une illustration de la fable « La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf », de Phèdre
« La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf »

Les fables existent depuis des milliers d’années et, à l’instar des mythes, sont présentes dans de très nombreuses cultures. Leur transmission se faisait à l’origine oralement ; les plus anciennes fables écrites qu’on connaît ont été découvertes en Mésopotamie, et datent d’environ 2000 ans avant notre ère. 


Écrits en prose ou en vers, ces brefs récits ont pour fonction de transmettre une leçon d’ordre moral, c'est-à-dire des principes éthiques ou des éléments de sagesse.


Les personnages qu’elles mettent en scène sont dans le plus souvent des animaux, mais on peut y trouver également des humains, des dieux, des végétaux, des éléments naturels (pluie, vent…) ou encore des objets. Quoi qu’il en soit, les protagonistes qui ne sont pas humains sont personnifiés, dans la mesure où ils parlent et raisonnent (voire agissent) comme des humains.


Si les personnages des fables sont généralement des animaux, c’est parce que le récit se fonde souvent sur des stéréotypes ou des traits de personnalité que l’on a coutume d’attribuer à l’espèce en question. Par exemple, les renards incarnent la ruse dans la plupart des fables où ils apparaissent. L’histoire peut aussi s’appuyer sur des caractéristiques physiques distinctives des animaux. Par exemple dans « La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le bœuf », du Latin Phèdre (1er siècle après J.-C.), histoire reprise par de nombreux auteurs dont le célèbre Français Jean de La Fontaine (1621-1695), la petite taille de la grenouille est mise en opposition avec celle, conséquente, du bœuf. 


Généralement, la trame du récit se construit sur une opposition entre les personnages. Représentant des traits de personnalité ou des caractéristiques opposés, ils se retrouvent alors rapidement dans un débat ou une situation de conflit. Le plus souvent, celui qui en ressort victorieux n’est pas celui qui apparaissait au départ comme le mieux placé pour gagner.


Dans tous les cas, l’histoire est conçue pour illustrer un message ou un enseignement d’ordre éthique. En règle générale, celui-ci est exprimé clairement via un commentaire théorique qui précède ou conclut le récit : la morale. Concise et formulée pour être facile à mémoriser, celle-ci expose de façon explicite la leçon de vie qu’il faut tirer de ce dernier.

Le chat dans les fables de l’Antiquité : une image féminine et négative

Une estampe d'Ésope, le fabuliste de l'Antiquité, faite par Velasquez
Ésope

Les chats sont peu présents dans les fables de l’Antiquité, surtout quand on compare aux chiens. Pour illustrer ce propos, on peut notamment se pencher sur l’œuvre des deux plus grands auteurs de fables de cette époque : le Grec Ésope, qui vécut au 7ème et 6ème siècle avant J.-C. et qu’on considère généralement comme le premier fabuliste occidental, et le Latin Phèdre, qui vécut au 1er siècle après J.-C. Ainsi, sur les 358 fables qui sont attribuées à Ésope, trois seulement font mention d’un chat dans leur titre, contre 29 pour un chien. Quant aux 123 fables de Phèdre, une seule évoque un chat dans son titre, contre dix pour un chien.


C’est lié notamment au fait qu’à cette époque, les chats ne sont pas considérés comme des animaux de compagnie – ce concept n’existe d’ailleurs même pas encore. Les humains s’intéressent néanmoins aux chiens, compte tenu des nombreuses manières dont ceux-ci s’avèrent utiles – en particulier pour la chasse, la garde, la conduite des troupeaux… D’ailleurs, c’est dans ces rôles qu’ils sont le plus souvent présentés dans les fables. Les chats, quant à eux, sont tout juste tolérés : ils peuvent certes aider à éliminer les rongeurs et autres nuisibles grâce à leurs talents de prédateurs, mais leur utilité pour les humains est très limitée en comparaison de celle des chiens. En tout cas, c’est essentiellement comme chasseurs qu’ils apparaissent généralement dans les fables de l’Antiquité – ainsi que dans celles des époques ultérieures.


Paradoxalement, la façon dont ils pratiquent cette activité pourtant utile aux humains est présenté de manière assez négative par les fabulistes. Par exemple, dans « Le Chat et les rats », Ésope s’appuie sur les stratagèmes dont ils se servent alors pour les assimiler à des êtres trompeurs et méchants. Dans « Le Chat et le Coq », fable anonyme de l’Antiquité figurant dans le recueil Augustana (paru entre le 1er et le 5ème siècle de notre ère), un petit félin qui cherche un prétexte pour dévorer un coq est l’incarnation même de la mauvaise foi. Quant à Phèdre, dans « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage », il fait des ruses dont use une chatte pour attraper ses proies l’illustration de la fourberie et de la trahison.


On note au passage que, dès l’Antiquité, les petits félins mis en scène dans les fables sont très souvent des femelles ; une précision sur le sexe qui est beaucoup plus rare pour les personnages canins, hormis bien sûr dans les histoires où il est question de maternité. La chatte présentée par Phèdre dans « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage » est une cruelle chasseresse, mais c’est avant tout une maman. Il en va autrement dans « Le Perroquet et la chatte » d’Ésope, où il n’est pas question de chatons et où la petite femelle qui figure au centre du récit est l’incarnation même de l’arrogance. Il n’est pas non plus question de maternité dans « La Chatte et Aphrodite », où il met en scène une chatte tombée amoureuse d’un humain et qui demande à la déesse de l’amour d’être changée en femme.


Il semble donc que, dès l’Antiquité grecque et romaine, les chats étaient rattachés – au moins dans les fables – à une symbolique plutôt féminine – parfois même féminine et négative, comme l’illustrent « Le Perroquet et la chatte » ainsi que « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage ».

Le chat dans les fables du Moyen Âge à la fin du 17ème siècle : ruse, trahison et mystère

La poète française Marie de France, autrice de multiples fables
Marie de France

Du Moyen Âge à la fin du 17ème siècle, le chat se fait plus présent dans les fables occidentales. C’est flagrant par exemple quand on se penche sur celles du plus célèbre fabuliste francophone de l’époque, le Français Jean de La Fontaine (1621-1695) : dix de ses 249 fables font mention d’un chat dans leur titre. Non seulement c’est une proportion bien plus élevée que chez Ésope ou Phèdre, mais c’est même davantage que celles où il est question d’un chien (huit seulement).


Pour autant, les fables avec un chat de cette période se situent dans le prolongement de celles de l’Antiquité, dans la mesure où le petit félin continue d'être le plus souvent représenté à travers son rôle de chasseur, et plutôt sous un jour négatif.


C’est le cas par exemple dans celle écrite vers 1175 par Marie de France et intitulée « Le Chat qui se fit évêque », aussi connue sous le titre « Le Chat, le Mulot et la Souris » : le petit félin qu’elle met en scène y est une incarnation de la ruse et de la fourberie.


Cette idée est aussi largement reprise dans l’œuvre de La Fontaine. C’est le cas notamment dans « L’Aigle, la Laie et la Chatte », « Le Chat et un vieux rat » ou encore « Le Cochet, le chat et le souriceaux », toutes parues en 1668 et inspirées de l’Antiquité et de la Renaissance. Son compatriote et contemporain Charles Perrault (1628-1703) présente lui aussi ce prédateur hors pair comme un être de mauvaise foi dans « Le Chat et le Coq » (1699), une fable elle aussi inspirée de sources antiques.


Ces impitoyables chasseurs que La Fontaine dépeint parfois de manière burlesque (notamment dans « Conseil tenu par les rats » et « Le Chat et un vieux rat », toutes deux parues en 1668) sont parfois confrontés à des assemblées de rongeurs cherchant à se défendre. Sans doute issu de traditions orales anciennes, le premier récit de rats ligués contre un chat apparaît en 1220 dans « De muribus et catto et cetera », du fabuliste anglais Eudes de Cheriton (qui naît en 1185 et meurt vers 1247). On retrouve dans la deuxième moitié du 14ème siècle, sous la plume de l’homme de lettres français Eustache Deschamps (qui naît vers 1340 et meurt en 1405), une autre version de cette fable, intitulée pour sa part « Le Chat et les souris ». Cette histoire est également reprise en latin en 1499 sous le titre « De muribus tintinabulum feli suspendere volentibus » par l’humaniste et fabuliste italien Laurentius Abstémius (qui naît vers 1440 et meurt en 1507). C’est sans doute sur ce texte que s’appuie La Fontaine pour écrire « Conseil tenu par les rats ».


Chez lui, la confrontation entre le chat et ses proies réunies prend un tour religieux, puisque l’assemblée des rongeurs est comparée à un collège de chanoines. Le félin a beau être présenté de façon comique, il n’en a pas moins un côté obscur et mystérieux – presque diabolique.


En tout cas, ce n’est pas la première fois que la religion apparaît dans le cadre d’une confrontation entre un chat et des souris : cinq siècles plus tôt, avec « Le Chat qui se fit évêque », Marie de France imagine un petit félin qui cherche à amadouer des souris en se faisant passer pour un homme d’Église. 

 

Une illustration de la fable « Le Chat et le Renard » de Jean de La Fontaine
« Le Chat et le Renard »

Le côté obscur et mystérieux des chats est également présent chez La Fontaine dans « La Chatte métamorphosée en femme ». Elle aussi parue en 1668, cette fable est inspirée de « La Chatte et Aphrodite », du Grec Ésope (7ème et 6ème siècle avant J.-C.). Dans la version antique, c’est la chatte qui demande à être changée en femme. Chez La Fontaine, c’est son propriétaire qui exprime ce vœu : il faut dire que sa chatte est dès le départ dotée de caractéristique féminine attractives. La métamorphose s’opère alors de manière magique.


Il convient au passage de souligner qu’au sein des fables avec un chat parues du Moyen Âge à la fin du 17ème siècle, les femelles sont proportionnellement moins présentes que dans celles de l’Antiquité. Certains auteurs continuent néanmoins de mettre en scène de cruelles chasseresses. C’est le cas notamment du célèbre artiste et inventeur italien Léonard de Vinci (1452-1519), avec de « La Souris, la Belette et le Chat » (paru vers 1490). On peut citer également La Fontaine, qui pour écrire « L’Aigle, la Laie et la Chatte » (1668) s’inspire d’un texte du fabuliste latin Phèdre (1er siècle après J.-C.) intitulé « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage ».


Assez rarement, le chat qui n’est pas confronté à ses proies interagit avec d’autres animaux qui traînent derrière eux une réputation de rusés ou de fourbes. Ainsi, dans « Le Renard et le Chat », Marie de France se démarque des autres fabulistes en présentant le dernier comme un modèle de ruse, mais surtout de sagesse. La trame de cette histoire est reprise par plusieurs de ses successeurs, dont La Fontaine avec « Le Chat et le Renard » (1678). Dans « Le Singe et le Chat », du même La Fontaine, c’est le second qui se fait duper par le premier.


Quant à l’homme de lettres français Antoine Furetière (1619-1688), il oppose en 1671 un chat à un chien dans une fable intitulée « Du chien et du chat ». Celle-ci reflète les prémices de l’évolution du regard que la société porte alors sur ces deux animaux : plutôt que de les voir uniquement sous le prisme des différentes tâches qu’ils sont susceptibles d’effectuer au service des humains (principalement chasser, monter la garde ou protéger les troupeaux dans le cas des chiens), on commence dans les milieux aisés à en adopter simplement pour le plaisir de leur compagnie. « La Chatte métamorphosée en femme », publiée à peine trois ans plus tôt par La Fontaine, témoigne également de ce changement.

Le chat dans les fables du 18ème au 20ème siècle : du chasseur au chat de compagnie

Un tableau de Sergei Ivanovitch Gribkov illustrant la fable « Le Chat et le Cuisinier » d'Ivan Krylov
« Le Chat et le Cuisinier »

Au 18ème siècle ainsi que par la suite, les chats présents dans des fables sont encore montrés le plus souvent en train de chasser. Toutefois, leur image se fait plus ambivalente : certes, ils incarnent généralement la fourberie ou la cruauté, mais il arrive beaucoup plus souvent qu’ils soient présentés sous un jour positif - y compris parfois chez un même fabuliste voire dans une même fable.


C’est ce que l’on observe par exemple chez l’homme de lettres et homme d’Église polonais Ignacy Krasicki (1735-1801). Ainsi, dans « La Souris et le Chat » ainsi que « Le Rat et le Chat », le petit félin se montre fourbe ou impitoyable, tandis que « La Chatte et son maître » met l’accent sur son égoïsme. En revanche, dans « Le Lévrier et la chatte », il est l’incarnation de la liberté. 


C’est le cas également chez le fabuliste russe Ivan Krylov (1769-1844). Ainsi, le personnage principal dans « Le Chat et le cuisinier » (1815), « Le Chat et le rossignol » (1825), ou encore « Le Petit Chat et le sansonnet » (1830) se montre sournois, de mauvaise foi ou cruel, alors que dans « Le Chat et le brochet » (1815) il est plutôt présenté comme un bon ami.


C’est sans doute le fabuliste français Jean-Pierre Claris de Florian (1755-1794) qui illustre le mieux cet antagonisme, avec « Les Deux Chats » (1792). L’un des petits félins est un chasseur acharné ; il incarne le travail et le devoir. L’autre passe tout son temps avec son propriétaire et se fait grassement nourrir par ce dernier ; il symbolise la ruse et l’hypocrisie. Il convient d’ailleurs de noter que c’est lui qui est valorisé par le récit.


On retrouve aussi cette ambivalence dans les quelques fables avec un chat où il n’est pas question de chasse ni de proies : le petit félin peut y incarner tout aussi bien des qualités que des défauts. Ainsi, il est le symbole de l’orgueil chez le fabuliste espagnol Tomás de Iriarte (1750-1791) dans « Le Chat, le Lézard et le Grillon » (1782), tandis qu’il apparaît comme un bon voisin serviable chez Krylov dans « Le Loup et le Chat » (1843).


Florian pour sa part est l’auteur de deux fables où un petit félin est confronté à un objet inanimé : « Le Chat et la lunette » ainsi que « Le Chat et le miroir », toutes deux publiées en 1792. Pour le coup, l’image de l’animal y est plutôt neutre.


En tout cas, alors que jusqu’à présent les chats des fables interagissaient presque toujours avec des proies, il devient plus courant à partir du 18ème siècle qu’ils le fassent avec des humains. C’est le cas notamment dans les deux seuls récits du fabuliste britannique John Gay (1685-1732) qui en mettent un en scène : « Le Ratier et les chats » ainsi que « La Vieille et ses chats », tous deux parus en 1727. Dans un cas comme dans l’autre, le petit félin dispense même des paroles de sagesse. Cette relation est également explorée par Krasicki dans « Le Lévrier et la chatte » et « La Chatte et son maître » (1779 pour les deux).

 

Une illustration de la fable « Le Chat et les rats », de Jean-Pierre Claris de Florian
« Le Chat et les rats »

Ces changements traduisent une évolution du regard que la société porte sur cet animal, dont on pouvait d’ailleurs déjà voir les prémices dans certaines fables de la fin du 17ème siècle. De plus en plus, il se fait une place dans les foyers en tant que compagnon domestique, et non plus seulement comme chasseur de rats et autres nuisibles.


Certains écrits en viennent même à présenter des chats tellement gâtés et bien nourris qu’ils ont fini par se lasser de la chasse. C’est le cas dès le 18ème siècle avec « Le Chat et les rats », publié en 1792 par Jean-Pierre Claris de Florian, mais plus encore au 20ème siècle avec « Le Chat bourgeois », écrit en 1962 par le Français Jean Anouilh (1910-1987).


Peu à peu, le chat semble également perdre sa symbolique féminine. Certes, Krasicki par exemple précise dans deux de ses fables (« Le Lévrier et la chatte » ainsi que « La Chatte et son maître », toutes deux parues en 1779) que ses personnages sont féminins, mais cela relève plutôt de l’exception. En effet, à partir de la fin du 18ème siècle, il devient très rare que le sexe des chats soit précisé dans les fables (et encore plus qu’il s’agisse de femelles) – comme c’est d’ailleurs le cas depuis toujours pour les autres espèces. Cela dit, il ne faudrait pas y voir à tort un signe de domination masculine : le masculin a généralement une dimension générique. On trouve cela dit des chats mâles très sexualisés chez Anouilh, dans « Le Chat bourgeois » et « Le Chat curé » (1962 pour les deux), mais c’est là aussi une exception. 


Enfin, le côté mystérieux des chats est nettement moins présent que dans les fables des siècles précédents, mais continue d’intéresser certains fabulistes. En particulier, il est exploité de façon très ironique en 1727 par John Gay, qui dans « La Veille et ses chats » s’en sert pour méditer sur la réputation. Quant à Krasicki, il reprend dans « La Souris et le Chat » ainsi que « Le Rat et le Chat » (tous deux parus en 1779) l’idée de mises en scène religieuses et de collèges de souris ayant inspiré divers auteurs depuis les œuvres médiévales de Marie de France et du fabuliste anglais Eudes de Cheriton, qui tous deux naissent dans la seconde moitié du 12ème siècle et meurent dans la première moitié du 13ème. Il faut néanmoins attendre le 20ème siècle pour que cette idée soit à nouveau exploitée par un des auteurs les plus marquants du genre – en l’occurrence Anouilh avec « Le Chat curé » (1967), dans lequel il fait preuve d’un humour grinçant.

Page 1 :
Le chat dans les fables
Auteur : Muriel L. - Dernière modification : 10/25/2026

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  1. Page 1 : Le chat dans les fables
  2. Page 2 : « Le Chat et les rats », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  3. Page 3 : « La Chatte et Aphrodite », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  4. Page 4 : « Le Perroquet et la chatte », d’Ésope (7ème-6ème siècles avant J.-C.)
  5. Page 5 : « L’Aigle, la laie et la chatte sauvage », de Phèdre (1er siècle après J.-C.)
  6. Page 6 : « Le Renard et le Chat », de Marie de France (vers 1175)
  7. Page 7 : « Le Chat et les souris », d’Eustache Deschamps (deuxième moitié du 14ème siècle)
  8. Page 8 : « La Souris, la Belette et le Chat », de Léonard de Vinci (vers 1490)
  9. Page 9 : « Conseil tenu par les rats », de Jean de La Fontaine (1668)
  10. Page 10 : « La Chatte métamorphosée en femme », de Jean de La Fontaine (1668)
  11. Page 11 : « L’Aigle, la Laie et la Chatte », de Jean de La Fontaine (1668)
  12. Page 12 : « Le Chat et un vieux rat », de Jean de La Fontaine (1668)
  13. Page 13 : « Le Cochet, le chat et le souriceau », de Jean de La Fontaine (1668)
  14. Page 14 : « Du chien et du chat », d’Antoine Furetière (1671)
  15. Page 15 : « Le Singe et le Chat », de Jean de La Fontaine (1678)
  16. Page 16 : « Le Chat et le Coq », de Charles Perrault (1699)
  17. Page 17 : « La Vieille et ses chats », de John Gay (1727)
  18. Page 18 : « La Souris et le Chat », d’Ignacy Krasicki (1779)
  19. Page 19 : « Le Lévrier et la chatte », d’Ignacy Krasicki (1779)
  20. Page 20 : « La Chatte et son maître », d’Ignacy Krasicki (1779)
  21. Page 21 : « Le Chat, le Lézard et le Grillon », de Tomás de Iriarte (1782)
  22. Page 22 : « Le Chat et la lunette », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  23. Page 23 : « Les Deux Chats », de Jean-Pierre Claris de Florian (1792)
  24. Page 24 : « Le Chat et le rossignol », d’Ivan Krylov (1825)
  25. Page 25 : « Le Loup et le Chat », d’Ivan Krylov (1843)
  26. Page 26 : « Le Chat bourgeois », de Jean Anouilh (1962)