
Les chats occupent aujourd’hui une place privilégiée dans de nombreux foyers à travers le monde.
Pourtant, à certaines époques et dans certaines cultures, ils étaient considérés comme une simple ressource. En effet, leur viande était consommée, ou bien leur fourrure servait à fabriquer des vêtements, des doublures chaudes, des accessoires ou encore des objets décoratifs. Bien que cette dernière pratique soit aujourd’hui beaucoup moins répandue, elle persiste encore dans certains pays, soulevant bien sûr des questions éthiques et juridiques.
Depuis quand utilise-t-on la fourrure des chats ? Dans quel pays cette pratique demeure-t-elle permise ? Quelles lois l’encadrent ? Quels types de produits peuvent en contenir, et comment les identifier ?
Même si la fourrure de chat est douce et relativement chaude, elle n’a jamais vraiment au cours de l’Histoire fait l’objet d’une exploitation intensive et structurée.
Ainsi, hormis dans certaines régions d’Europe au Moyen Âge et à l’Époque moderne, on ne trouve guère de fermes de fourrures de chat. Celles qui sont proposées à la vente proviennent plutôt d’animaux abattus ponctuellement. Bien sûr, il est également possible d’attendre la mort naturelle d’un chat pour prélever sa fourrure plutôt que de le tuer dans ce but, mais cela se fait rarement. En effet, celle-ci se détériore au fur et à mesure qu’il prend de l’âge : les poils ont tendance à chuter et à perdre leur couleur, tandis que le cuir lui-même a tendance à s’user.
Les chats domestiques tels qu’on les connaît aujourd’hui n’existent pas encore à la Préhistoire. En effet, la domestication de cet animal commence seulement vers le 8ème millénaire avant notre ère. Avant cela, il existe uniquement des félins sauvages, comme le chat sauvage européen (Felis silvestris) et le chat sauvage africain (Felis lybica) - qui n’est autre que l’ancêtre du chat domestique.
Ces petits animaux sont parfois chassés pour leur viande et leur fourrure. En effet, des archéologues ont identifié des restes présentant des traces de découpe - notamment sur le site de Diepkloof Rok Shelter, en Afrique du Sud. Les fourrures ainsi récupérées sont utilisées pour l’habillement ou pour confectionner des parures.
Ces petits félins sauvages intéressent cependant peu les chasseurs, qui préfèrent des espèces plus grandes comme le lynx (en Europe), la panthère (en Afrique, au Moyen-Orient et en Asie) et le smilodon (une espèce aujourd’hui disparue qu’on trouvait en Amérique du Nord et du Sud).
Au Proche-Orient et au Moyen-Orient, le Néolithique démarre environ 10.000 ans avant notre ère : c’est là et au cours de cette période que débute la domestication du chat, alors que les humains commencent à pratiquer l’agriculture et l’élevage. Ils s’intéressent alors encore moins à sa fourrure qu’auparavant, voyant avant tout en lui un moyen de protéger leurs denrées contre la vermine - notamment les rats et les serpents.
Pendant l’Antiquité, l’usage de la fourrure de chat est marginal – d’autant que de toute façon, cet animal est alors loin d’être présent dans toutes les régions du monde. Là où il l’est (c’est-à-dire en Égypte, au Proche-Orient et dans certains endroits en Asie), on le considère moins comme une ressource et davantage comme un gardien qui permet de tenir la vermine à distance des réserves de nourriture.
Dans le nord-est de l’Afrique et au Proche-Orient, le chat est surtout utilisé pendant l’Antiquité pour protéger les réserves de grains contre les rongeurs et les serpents, contribuant ainsi à la sécurité alimentaire des villages et des cités.
En Égypte, à partir du Nouvel Empire (d’environ 1550 à 1070 avant J.-C.), il est associé à des divinités majeures comme Bastet, déesse de la protection, du foyer, de la maternité et de la fécondité. On le considère alors comme un animal sacré, ce qui le met à l’abri de la maltraitance - hormis quelques spécimens élevés pour être sacrifiés lors de rituels. Sa fourrure n’a alors aucun usage domestique ou commercial : cet animal est trop précieux pour qu’on exploite sa peau et ses poils.
Les choses sont différentes au Proche-Orient, car il n’y bénéficie pas d’un tel statut. Il arrive donc que certains spécimens soient abattus, notamment lorsqu’ils deviennent nuisibles (par exemple s’ils s’en prennent aux volailles ou aux réserves de nourriture), et que leur fourrure soit prélevée pour confectionner des vêtements et accessoires. Cet usage reste toutefois marginal, car on privilégie les peaux de grands félins, comme la panthère ou le léopard, ainsi que celles de mammifères au poil dense, comme le lapin et le vison.
On ne trouve quasiment pas de chats en Europe pendant l’Antiquité. L’exploitation de la fourrure de cet animal demeure donc extrêmement rare, voire inexistante.
Pour confectionner des vêtements et des accessoires afin notamment de se protéger du froid, les populations privilégient les peaux d’espèces au pelage plus dense et plus chaud. Parmi celles-ci, on trouve là aussi le lynx, le renard, la martre, le lapin ou encore le vison, qui tous sont présents en nettement plus grand nombre.
Les chats arrivent progressivement en Asie à partir du 1er millénaire avant J.-C., principalement par le biais des échanges commerciaux avec le Proche-Orient. De ce fait, cet animal n’est pas encore très présent dans cette partie du monde pendant l’Antiquité, et l’usage de sa fourrure y demeure donc anecdotique.
Pour la confection de vêtements et d’accessoires, les populations asiatiques privilégient plutôt d’autres espèces : des félins plus grands, comme le léopard ou la panthère dans certaines régions, ou des mammifères au pelage dense et isolant comme le vison, le renard, le lapin ou le mouton.
À partir de l’époque médiévale, les chats domestiques se répandent progressivement partout en Europe et en Asie, principalement pour protéger les récoltes et les stocks de denrées contre les rongeurs. Dans certains endroits, il arrive que leur fourrure soit exploitée pour fabriquer des gants, des doublures, des collerettes ou de petits accessoires.
Elle reste cependant moins prisée que celle d’animaux au poil plus dense ou plus long comme le renard, la martre, le vison, le lapin ou le lynx. En effet, ceux-ci offrent des peaux plus volumineuses et plus durables.
À partir du haut Moyen Âge (du 5ème au 10ème siècle), la diffusion des chats domestiques dans toute l’Europe s’accélère. En plus de faire d’excellents chasseurs de rongeurs, ils sont aussi appréciés pour leur fourrure : elle est en effet utilisée pour confectionner des vêtements et des couvertures.
Il est courant à cette époque de porter de la fourrure, mais l’animal dont elle est faite dépend largement du statut social. En effet, les lois somptuaires encadrent strictement qui peut porter tel ou tel type de fourrure, interdisant aux populations pauvres l’accès aux peaux nobles.
Ainsi, pour s’habiller et se protéger du froid, les classes aisées optent pour des fourrures d’hermine, de zibeline, de martre ou d’écureuil gris. Réservées à la noblesse et aux grands dignitaires, celles-ci constituent des symboles de richesse et de prestige. Quant aux classes populaires, elles doivent se tourner vers des fourrures de lapin, de lièvre, de mouton, de chèvre ou encore de chat.
D’après une étude intitulée « Evidence of cat (Felis catus) fur exploitation in medieval Iberia » et publié en 2017 dans l’International Journal of Osteoarchaeology, cette matière première est particulièrement plébiscitée dans les régions anglo-saxonnes ainsi que dans la péninsule ibérique. Des preuves de dépeçage de chats ont par exemple été découvertes sur le site archéologique de Rua do Registo Civil, au Portugal. L’étude souligne également que les chats tués pour leur fourrure sont généralement assez jeunes : entre un et deux ans.
Les chats domestiques poursuivent leur diffusion en Asie durant la période médiévale, notamment le long des grandes routes commerciales reliant le Proche-Orient, la Perse, l’Inde et la Chine.
Néanmoins, il n’existe à ce jour aucune preuve archéologique ou historique solide démontrant une exploitation importante de la fourrure de chat dans cette partie du monde à cette époque. Autrement dit, leur fourrure n’est alors manifestement pas considérée comme une ressource méritant d’être exploitée - du moins à grande échelle.
Comme ailleurs, ils sont en fait surtout appréciés pour leur rôle utilitaire : protéger les réserves alimentaires contre les rongeurs.
La pelleterie, c’est-à-dire l’art de préparer et de travailler les fourrures d’animaux pour en faire des vêtements ou des accessoires, tient pourtant une place de choix dans de nombreuses sociétés asiatiques, mais on exploite plutôt les fourrures de vison, de zibeline, de renard et d’hermine.
Dans certains pays (notamment en Inde et en Chine), les fourrures de grands félins (le léopard, le tigre…) sont aussi employées par les élites comme marque de prestige et de pouvoir. Celles-ci sont donc non seulement plus épaisses et plus durables que celles des chats, mais aussi plus prestigieuses.
Du 15ème au 18ème siècle, le rapport à la fourrure évolue partout dans le monde sous l’influence de l’intensification des échanges commerciaux et des changements sociaux.
À l’Époque moderne, le chat souffre globalement d’une mauvaise réputation en Europe. Souvent considéré comme un animal sale et nuisible, voire associé au Mal et à la sorcellerie (notamment lorsque la chasse aux sorcières par l’Inquisition bat son plein, entre le 15ème et le 18ème siècle), il est parfois victime de maltraitance et de persécutions.
Par ailleurs, comme au Moyen Âge, il arrive que sa fourrure soit exploitée pour confectionner des vêtements et des accessoires. Ce n’est cependant pas le matériau le plus souvent utilisé en pelleterie – loin de là.
En effet, les personnes aisées continuent de préférer porter des fourrures plus luxueuses, comme celle de martre, d’hermine, de castor ou de renard, tandis que les classes modestes utilisent de moins en moins ce type de vêtements, car ceux en laine ou en coton sont beaucoup plus accessibles. De fait, seuls quelques ouvriers ou paysans peuvent se permettre de porter des manteaux de fourrure pour se protéger du froid, et ceux-ci sont alors plus souvent confectionnés avec de la peau et des poils de loup ou de mouton.
À l’Époque moderne, les chats domestiques sont bien implantés dans plusieurs régions d’Asie - notamment en Chine, au Japon et en Asie du Sud-Est. On les utilise avant tout comme chasseurs pour protéger contre les rongeurs les foyers, les réserves alimentaires et parfois même les lieux de culte : temples, sanctuaires...
Leur fourrure fait d’autant moins l’effet d’une exploitation importante qu’ils sont considérés par endroits comme de véritables porte-bonheur.
Les populations modestes portent plutôt de la fourrure de lapin, de lièvre ou de renard, tandis que les classes aisées se vêtissent avec des matériaux plus nobles, comme celle de tigre ou de léopard.
Les colons européens introduisent le chat domestique en Amérique au 16ème siècle, mais celui-ci reste peu présent sur le continent au cours des deux siècles qui suivent. Du reste, ni les colons ni les peuples autochtones n’utilisent sa fourrure.
Les félins qu’on trouve alors dans le Nouveau Monde sont essentiellement des espèces sauvages : jaguar, lynx, ocelot, puma... Leurs fourrures sont exploitées par les populations autochtones, mais seulement de manière ponctuelle : généralement en vue de confectionner des articles cérémoniels ou décoratifs, mais jamais de façon systématique pour des habits du quotidien.
Pour se vêtir, elles préfèrent utiliser des fourrures de castor, de loup, de cerf ou de renard.
Quel que soit l’endroit du monde, la fourrure de chat reste marginale à l’époque contemporaine. En effet, elle est loin d’avoir connu un développement industriel comparable à celle d'autres espèces, comme le renard, le castor ou la zibeline.
Elle est néanmoins ponctuellement utilisée dans des articles de faible valeur ou comme matériau de substitution dans des produits de luxe, souvent au détriment du client qui s’imagine acquérir la fourrure d’un animal plus prestigieux ou plus exotique.
En outre, vers les années 1950-1960, l’industrie de la production de fourrure connaît des bouleversements profonds. En effet, l’apparition de machines plus sophistiquées ainsi que l’utilisation de produits chimiques permettent d’optimiser le processus et de faire baisser les coûts de fabrication. À cette même époque, les élevages intensifs d’animaux tués pour leur fourrure se multiplient.
À partir des années 1970-1980, le marché des fourrures de luxe se développe dans de nouveaux pays - notamment le Japon et la Corée, qui connaissent alors tous deux une forte croissance économique. Toutefois, cette activité devient davantage réglementée, entre autres dans l’optique de limiter les actes de cruauté à l’égard des espèces exploitées dans ce cadre.
À partir des années 2010, l’industrie de la fourrure connaît un net ralentissement, entrant même à partir de 2014 dans une phase de décroissance. Par exemple, d’après un post de blog de Humane World for Animals, le nombre de renards, visons et tanukis tués pour leur fourrure passe de 140 millions en 2014 à 20 millions en 2023, soit une baisse d’environ 86 %. Ce déclin s’explique en partie par les campagnes de sensibilisation menées par les associations de protection animale depuis les années 1980-1990, qui finissent par affecter la perception du public et pousse même de nombreuses marques à renoncer à ce type de matériaux.
Au 19ème siècle, le poids des superstitions concernant les chats continue d’influencer la perception qu’on a d’eux dans les campagnes européennes, et même parfois aussi dans les villes. Par exemple, comme l’évoque l’historienne britannique Hilda Kean dans un article intitulé « Des chats écorchés aux anges à fourrure : traces félines et émergence de relations sociales entre les chats et les hommes dans l’Angleterre victorienne » et paru en 2018 au sein de la revue spécialisée Cahiers victoriens et édouardiens, le dépeçage des chats demeure relativement fréquent à Londres dans les années 1830 et 1840. Elle souligne toutefois que leur fourrure y est plutôt utilisée pour faire des tapis et des accessoires, plutôt que des manteaux ou d’autres vêtements.
Le Chartreux est particulièrement employé dans ce cadre. En effet, sa fourrure est dense, isolante et douce ; en outre, sa teinte bleu gris permet de confectionner des pièces élégantes.
Toutefois, au 19ème comme au 20ème siècle, plusieurs facteurs contribuent progressivement à réduire drastiquement le commerce de fourrure de chat en Europe :
Le déclin du commerce de fourrure de chat s’accentue particulièrement après la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). En effet, cet animal est de plus en plus souvent adopté comme compagnon domestique, et ce dans toutes les couches de la population européenne. Dès lors, il est de moins en moins acceptable de porter des vêtements réalisés à partir de sa fourrure.
De plus, à partir des années 1980, différentes associations de protection animale (par exemple la SPA en France et la RSPCA au Royaume-Uni) effectuent un important travail de sensibilisation des populations aux conditions d’élevage et d’abattage des animaux exploités pour leur fourrure, à grand renfort d’enquêtes, témoignages, photos et vidéos choc, etc.
Dans de nombreux pays, la pression des associations et de l’opinion publique incite d’ailleurs le législateur à introduire au cours des décennies qui suivent des lois visant à mieux encadrer cette industrie.
Tout cela contribue à reléguer progressivement la fourrure de chat au rang de produit marginal en Europe.
Au 19ème siècle, il demeure peu courant en Asie d’employer de la fourrure de chat pour confectionner des vêtements. On y a toutefois un peu recours (notamment en Chine), principalement pour fabriquer des pièces de basse qualité et des accessoires – par exemple des chapeaux.
Il arrive aussi qu’on l’emploie pour réaliser des finitions. D’ailleurs, le célèbre Metropolitan Museum of Art (MET) de New York possède notamment dans ses collections une robe cérémoniale originaire de Chine et datant du 19ème siècle dont les bordures des manches et du col en sont recouvertes.
Néanmoins, d’autres petits félins à la fourrure plus dense et soyeuse (notamment le manul, ou chat des steppes) sont davantage exploités pour leur fourrure que le chat domestique. C’est particulièrement vrai en Chine et en Asie centrale.
Au 20ème siècle, on pourrait penser que l’évolution des mentalités et l’accessibilité croissante des textiles bon marché seraient synonymes d’un recul prononcé de l’utilisation de fourrure de chat en Asie, mais la réalité est plus nuancée. En effet, la Chine devient à partir des années 1950 un acteur majeur de l’exportation de fourrures. Face à une demande croissante pour des produits bon marché, on y a alors parfois recours à celle de chat pour confectionner des vêtements et des accessoires à bas coût - généralement à l’insu du consommateur.
De nombreux États interdisent désormais clairement la production, l’importation et la commercialisation de fourrure de chat. Cela traduit une évolution des mentalités : la protection animale occupe une place grandissante dans le débat public, et les pratiques jugées cruelles sont de plus en plus rejetées.
Ainsi, au sein de l’Union européenne, une réglementation commune proscrit spécifiquement la production et le commerce de ce matériau. Dans d’autres pays, il n’existe pas forcément de texte de loi dédié à la fourrure de chat, mais sa production ainsi que son commerce sont implicitement interdits par des dispositions générales relatives à la lutte contre la maltraitance : interdiction d’infliger des souffrances inutiles à un animal, interdiction d’abattre un animal qui n’est pas considéré comme du bétail, etc.
De manière générale, dans les pays industrialisés, ces activités sont largement interdites, que ce soit par des textes spécifiques ou via des lois générales sur le bien-être animal. Un trafic alimenté notamment par des réseaux clandestins subsiste toutefois, surtout là où la demande persiste et/ou lorsque les contrôles sont insuffisants.
La situation est bien différente dans les pays en développement : les interdictions y sont plus rares, et même lorsqu’elles existent, leur mise en œuvre reste souvent lacunaire. Cela permet l’existence de filières locales destinées soit à l’exportation, soit au marché intérieur.
En France comme en Belgique, et plus largement dans l’ensemble de l’Union européenne, le commerce de fourrure de chat est formellement interdit. Cette interdiction repose sur le Règlement (CE) n°1523/2007, entré en vigueur en 2007, qui proscrit l’importation, l’exportation ainsi que la mise sur le marché de ce matériau, ainsi que de tout produit qui en contiendrait - qu’il soit brut, tanné ou transformé.
Cette législation ne s’applique toutefois pas à un usage strictement privé. Ainsi, rien n’empêche un particulier de conserver ou de transformer la peau de son chat décédé, par exemple pour en faire un souvenir personnel.
Dans les faits, il est recommandé le cas échéant de recourir aux services d’un taxidermiste professionnel, tant pour respecter les règles d’hygiène que celles régissant la possession et la manipulation de cadavres d’animaux. Il est également vivement conseillé de solliciter au préalable un vétérinaire, afin qu’il pratique une autopsie et délivre un certificat attestant que l’animal est mort de manière naturelle. Ce document protège contre d’éventuels problèmes juridiques et garantit également qu’il n’était pas porteur d’une pathologie transmissible à l’Homme (une zoonose) — auquel cas il faut évidemment renoncer au projet.
Depuis 2013, la Suisse interdit strictement le commerce de fourrure de chat. Cette interdiction résulte d’une révision de la Loi fédérale sur la protection des animaux (LPA) de 1978, effectuée dans l’objectif de renforcer la lutte contre l’exploitation jugée cruelle des animaux domestiques. Ajouté à cette occasion, l’article 14 bannit ainsi explicitement « l’importation, le transit, l’exportation et le commerce de peaux de chat ou de chien », ainsi que de tout produit dérivé fabriqué à partir de ces matériaux.
Ce cadre légal ne s’applique toutefois pas à un usage strictement personnel. En pratique, cela signifie qu’un particulier peut employer la fourrure de son chat défunt pour confectionner un souvenir, mais il lui est interdit d’en faire commerce. Comme ailleurs, la prudence impose alors de solliciter un vétérinaire afin d’obtenir un certificat attestant la cause du décès, puis de recourir à un taxidermiste qualifié pour respecter les règles sanitaires. On se met ainsi à l’abri de toute contestation juridique.
Il n’existe pas au Canada de loi fédérale interdisant spécifiquement la production, l’importation ou la vente de fourrure de chat. La compétence en la matière relève donc des provinces, mais seule une d’entre elles a adopté un cadre juridique en ce sens : la Colombie-Britannique.
Introduite en 2015 et amendée en 2025, sa Fur Farm Regulation définit ainsi une liste des espèces animales dont la fourrure peut être exploitée et vendue. Puisque le chat n’en fait pas partie, l’exploitation et le commerce de sa fourrure sont interdits.
La situation est contrastée à l’échelle nationale, car les neuf autres provinces ne disposent pas d’une réglementation sur le sujet. Il convient toutefois de noter qu’en Ontario, une Loi sur les fermes d’élevage d’animaux à fourrure avait été adoptée en 1990 afin de définir les espèces dont l’exploitation était autorisée, et le chat n’en faisait pas partie. Néanmoins, ce texte a été abrogé en 1997.
Concernant le Québec, il ne possède aucun texte évoquant explicitement le prélèvement et le commerce de la fourrure de chat - ou d’ailleurs de tout autre animal domestique. Toutefois, le chapitre B-3.1 de la Loi sur le bien-être et la sécurité de l’animal (RLRQ) interdit d’infliger aux animaux domestiques des souffrances inutiles, y compris des traitements pouvant entraîner la mort. Quant à la vente de leur fourrure, elle n’est pas expressément interdite, mais l’article 53 de la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune (RLRQ c C-61) stipule que tout vendeur doit posséder un permis de vente. Dans la pratique, il serait sûrement impossible d’obtenir ce permis pour la fourrure d’animaux domestiques, puisqu’aucune disposition ne permet légalement leur abattage ou leur capture.
En tout cas, l’absence d’homogénéité du cadre juridique d’une province à l’autre complique indéniablement la lutte contre le commerce de fourrure féline, a fortiori dans celles où aucune interdiction claire n’est en vigueur.
Quant au fait d’utiliser la fourrure de son propre chat après son décès, ce n’est interdit nulle part dans le pays. Néanmoins, il est fortement conseillé alors de solliciter un vétérinaire pour obtenir un certificat attestant qu’il est mort de manière naturelle, puis de confier la préparation de la peau à un taxidermiste professionnel afin de respecter les règles sanitaires et juridiques en vigueur.
La production et le commerce de fourrure de chat suscitent de vives controverses et sont prohibés dans de nombreux pays, le plus souvent via des lois générales sur le bien-être animal qui interdisent les mauvais traitements contre les animaux domestiques – ainsi que leur mise à mort.
Pour autant, ces pratiques continuent d’exister, en particulier dans certains pays où elles ne sont pas expressément bannies – ce malgré l’évolution des mentalités, et même parfois la volonté des autorités locales d’y mettre fin.
Elles sont néanmoins mal documentées, ce qui complique l’identification des pays où la fourrure de chat serait la plus répandue. Néanmoins, certaines enquêtes et rapports établissent qu’elle circule notamment en Chine, en Asie du Sud-Est et en Russie.
La production ainsi que le commerce de fourrure de chat sont légaux en Chine. Ce pays en est d’ailleurs le premier exportateur et consommateur mondial.
Les fermes fournissant de la fourrure (et par la même occasion de la viande) de chat demeurent cependant bien moins nombreuses que celles spécialisées dans la production de fourrure et de viande de chien.
Par ailleurs, le premier a meilleure réputation en Chine que le second (y compris dans les zones rurales), car il est souvent associé à la chance et à la prospérité. On le voit par exemple à travers l’omniprésence dans les restaurants et autres commerces des maneki nekos, ces figurines traditionnelles d’origine japonaise qui représentent des chats porte-bonheur. Cette image positive contribue à expliquer que la demande pour sa fourrure demeure plus faible.
Certains chats errants, ainsi que des spécimens ayant un propriétaire mais circulant librement à l’extérieur, sont néanmoins capturés puis tués pour leur fourrure. Cette matière première est ensuite revendue à divers acteurs de l’industrie de la mode et du textile.
Selon un rapport sur la fourrure de chats et de chiens en Chine publié en 2017 par ActAsia, une association qui lutte contre la maltraitance animale, c’est un matériau particulièrement bon marché. En 2013, un chat capturé vivant se vendait pour l’équivalent d’environ 1,80 euro, tandis que sa fourrure se revendait ensuite entre 70 centimes et 1,90 euro, en fonction de sa couleur et de sa qualité.
Aucune loi ne fixe un cadre légal afin d’élever des chats pour leur fourrure. Mais à l’inverse, aucune n’interdit cette activité de manière explicite. Il y a donc un vide juridique, ce qui permet à cette pratique de perdurer et à ceux qui en vivent de ne pas être inquiétés.
La pression de l’opinion publique finira peut-être par faire changer les choses. En effet, l’exploitation de fourrure de chat fait de plus en plus débat au sein de la société chinoise - particulièrement dans les grandes villes, où la sensibilité aux droits des animaux est plus prononcée.
Même si ces activités y sont très peu documentées, la production et le commerce de fourrure de chat sont également une réalité en Asie du Sud-Est, en particulier en Thaïlande et aux Philippines.
En Thaïlande, le Parlement a adopté en 2014 le Prevention of Cruelty and Provision of Animal Welfare Act, afin notamment d’interdire la mise à mort des chats et des chiens ainsi que la consommation de leur viande. Malgré cela, les autorités peinent à empêcher les trafiquants de fourrure d’opérer.
Ces derniers voient leur tâche facilitée par le nombre élevé de chats errants, qui sont pour eux des cibles faciles à capturer. En 2017, Somchuan Ratanamungklanon, alors directeur du Département du Développement du Bétail, estimait qu’il y en avait près de 400.000 dans le pays (dont pas loin de 100.000 rien qu’à Bangkok, la capitale), un chiffre déjà jugé préoccupant et en forte croissance. Bien qu’aucune mise à jour officielle n’ait été publiée depuis, tout laisse à penser que cette population a continué d’augmenter, du fait que leur reproduction est hors de contrôle faute d’une politique nationale stricte de stérilisation.
La situation est différente aux Philippines, du moins sur le plan juridique. En effet, malgré l’existence de plusieurs projets de loi, il n’existe pas pour le moment de législation interdisant la fabrication et le commerce de produits fabriqués avec de la fourrure de chat.
Comme en Thaïlande, le fait que les chats errants soient présents en nombre facilite le travail des producteurs de fourrure. Un rapport de la Philippine Animal Welfare Society (PAWS), un organisme de lutte contre la maltraitance animale, estimait ainsi en 2019 que le pays comptait alors environ 12 millions d’animaux errants, chiens et chats confondus.
D’après une enquête menée en 1998 par le journaliste allemand Manfred Karreman en collaboration avec l’organisation de défense des animaux Humane World for Animals (anciennement Humane Society of the United States), les chats mâles sont plus touchés que les femelles, car les tétons mamelons de ces dernières réduisent la fourrure exploitable.
La Russie est un des plus grands marchés mondiaux pour la fourrure, ce qui s’explique en partie par ses conditions climatiques rigoureuses.
Les plus importées dans le pays sont les fourrures de vison, de renard, de chien viverrin, de lapin et de chèvre. Toutefois, on y trouve aussi occasionnellement des vêtements ou des accessoires confectionnés à partir de fourrure de chat.
L’article 245 du Code pénal interdit pourtant la mise à mort d’un animal domestique à des fins mercantiles et prévoit jusqu’à deux ans de prison pour toute personne reconnue coupable de ce délit.
Néanmoins, la loi est rarement appliquée et les fermes de fourrure ne font pas l’objet de contrôles particuliers. De plus, il n’existe aucune législation spécifique relative au commerce de la fourrure de chat : par conséquent, l’importation et la vente de cette matière ne sont pas interdites.
Contrairement à la fourrure de vison ou de renard, celle de chat n’est généralement pas utilisée pour la confection de manteaux entiers.
En effet, la petite taille de cet animal limite la quantité de fourrure exploitable et rend difficile la confection de grandes pièces. Ainsi, il faudrait au moins une quinzaine de chats pour réaliser un manteau pour adulte. Non seulement ce nombre est conséquent, mais en plus il faudrait également que leur pelage ait une densité et une couleur similaires, de manière à garantir l’homogénéité du vêtement.
La fourrure de chat est donc surtout employée dans des articles secondaires et de petite taille (gants, bonnets, écharpes, bottes…) ou pour des finitions discrètes, comme des bordures de capuches et des cols de vestes.
Enfin, bien que cet usage demeure rare et mal documenté, de la peau de chat est aussi parfois utilisée en Asie du Sud-Est pour confectionner la membrane des tambours.
L’origine des fourrures vendues sur le marché mondial reste largement opaque, quelle que soit l’espèce concernée.
La fourrure de chat n’échappe pas à la règle. Elle provient de pays où la législation est peu claire, comme la Chine ou certains pays d’Asie du Sud-Est, et son étiquetage est souvent insuffisant.
Il est donc difficile pour le consommateur de savoir si un vêtement contient de la fourrure de chat, d’autant que celle-ci est surtout utilisée pour réaliser simplement des doublures ou des finitions : elle est donc difficilement détectable.
En général, seul un test ADN permet de connaître avec certitude l’espèce dont provient une fourrure. Or, ce n’est évidemment pas quelque chose que peut effectuer facilement un simple consommateur. Par conséquent, même en Europe ou en Amérique du Nord, il est possible d’acheter et posséder sans le savoir des vêtements ou accessoires contenant de la fourrure de chat.
Pour dénoncer la vente de tels produits, des ONG telles que Humane World for Animals (anciennement Humane Society of the United States) ou la Fur Free Alliance s’emploient à révéler la véritable origine de certaines fourrures, mettant ce faisant en lumière des circuits de production opaques.
En tout état de cause, la manière la plus fiable d’éviter de soutenir la fabrication et le commerce de fourrure de chat est simple : ne pas acheter de vêtements en fourrure.
Cela vaut d’ailleurs aussi pour ceux présentés comme étant en fausse fourrure. Par exemple, une enquête menée en 2017 par l’association Humane World for Animals a établi la présence de fourrure de chat dans les petits pompons de chaussures vendues par l’enseigne britannique Missguided, pourtant censées contenir uniquement des poils synthétiques.
Selon les données publiées par l’organisation Humane World for Animals, le marché mondial de la fourrure animale est en net recul depuis le milieu des années 2010. Entre 2014 et 2023, le nombre d’animaux élevés et tués pour leur pelage (visons, renards, ratons laveurs...) est ainsi passé d’environ 140 millions à seulement 20 millions, soit une réduction de près de 85 %.
Il n’existe pas de statistiques précises concernant la fourrure de chat, en raison du manque de transparence de son commerce – notamment en Chine, principal pays producteur. Toutefois, on peut raisonnablement penser que ce segment de marché suit la même trajectoire descendante.
Ce recul s’explique par plusieurs dynamiques convergentes :
Ce désintérêt pour la fourrure animale profite naturellement aux alternatives synthétiques. Selon une étude de marché publiée par Credence Research, le marché mondial de la fausse fourrure pesait ainsi environ 1,73 milliard d’euros en 2024, et pourrait atteindre 3,45 milliards d’euros à l’horizon 2032. C’est la preuve que la demande pour des matériaux respectueux des animaux et de l’environnement est conséquente et croissante.
Bien que la législation se soit durcie et que l’opinion publique rejette de plus en plus fermement l’usage de la fourrure animale, celle de chat continue malgré tout de circuler un peu partout dans le monde, parfois sous de fausses appellations.
Identifier un produit qui en contient s’avère néanmoins complexe, étant donné qu’elle n’est généralement pas utilisée pour confectionner des vêtements entiers, mais plutôt de petits éléments décoratifs. Elle peut servir à orner des pompons, mais aussi des sacs, des écharpes, ou encore les bordures de capuches, de cols, de revers de gants et de bottes.
Ces composants de petite taille sont souvent ignorés lors des contrôles douaniers et de conformité, ce qui favorise la persistance de ce commerce.
Identifier l’origine exacte d’une fourrure n’est pas chose aisée. De fait, seul un test ADN permet de déterminer avec certitude l’espèce animale employée. Devant être réalisé en laboratoire, un tel examen est onéreux et peu accessible au grand public.
Si l’on pense qu’un vêtement, un accessoire ou un article de mode contient de la fourrure de chat, on peut faire part de ses soupçons à une organisation de protection animale d’envergure nationale impliquée sur le sujet. Plus petites, les associations locales n’ont généralement ni les moyens techniques ni les fonds nécessaires pour une telle analyse scientifique.
En France, on peut ainsi contacter :
En Belgique, le Groupe d’Action dans l’Intérêt des Animaux (GAIA) est reconnu pour son expertise en la matière.
En Suisse, il est possible de se tourner notamment vers la Protection Suisse des Animaux (PSA) ou l’Alliance Animale Suisse (AAS).
Au Canada, les principales structures compétentes sont les Sociétés pour la Prévention de la Cruauté envers les Animaux (SPCA) de grandes villes, notamment celle de Montréal ou celle de Toronto.
Avant même de connaître les résultats de ces analyses, il est également recommandé de prévenir les autorités compétentes.
Dans l’Union européenne, les services des douanes sont habilités à intervenir en cas d’importation ou d’exportation de matériaux interdits (par exemple de la fourrure de chat) ou de produits qui en contiennent.
En France, un signalement peut aussi être effectué auprès de la DGCCRF (Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes).
En Belgique, l’organisme responsable de ce type d’affaires est le SPF (Service Public Fédéral) Économie.
En Suisse, c’est le SECO (Secrétariat d’État à l’économie) qui est habilité à intervenir pour ce genre de cas.
Enfin, au Canada, la vente de fourrure de chat n’est pas formellement interdite sur l’ensemble du territoire, mais l’étiquetage doit être transparent. En cas de déclaration frauduleuse (par exemple, une fourrure de chat présentée comme de la fausse fourrure), un signalement doit être déposé auprès de l'Agence Canadienne d'Inspection des Aliments (ACIA), chargée d’enquêter sur les pratiques commerciales trompeuses.
La présence de fourrure de chat dans les vêtements et accessoires commercialisés en Europe et en Amérique du Nord est aujourd’hui résiduelle. Les réglementations nationales ou supranationales (dans le cas de l’Union européenne) ainsi que la vigilance accrue des consommateurs et des associations (mais aussi la pression de ces dernières) contribuent largement à ce qu’elle soit quasiment absente des circuits de distribution.
Cependant, l’absence de traçabilité complète et l’opacité des pratiques dans certains pays producteurs de fourrure (en particulier la Chine et plusieurs États d’Asie du Sud-Est) font que la fourrure de chat continue d’être utilisée de manière confidentielle, parfois pour remplacer des matières plus coûteuses.
Le développement rapide de la fast-fashion, caractérisée par une production massive, décentralisée et peu contrôlée ainsi que le recours à des acteurs peu transparents quant à leurs pratiques, complexifie encore la surveillance des chaînes d’approvisionnement. Ce contexte est d’ailleurs de nature à encourager certains producteurs à recourir illégalement à la fourrure de chat, dans le but de réduire les coûts de fabrication au détriment de l’éthique animale et de la transparence commerciale.
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