L'atrophie progressive de la rétine (APR) chez le chat

L'atrophie progressive de la rétine (APR) chez le chat

En leur qualité de prédateurs, les chats ont généralement une excellente vue. Pourtant, ils peuvent parfois souffrir de maladies oculaires allant jusqu’à la perte totale de la vision. C’est le cas par exemple de l’atrophie rétienne progressive, une maladie génétique qui touche de nombreuses races de chats.


Comment se manifeste cette dégénérescence progressive de la rétine ? Existe-t-il des traitements qui permettent de ralentir la progression de la maladie, voire redonner la vue au chat ?

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Qu'est-ce que l'atrophie progressive de la rétine ?

Qu'est-ce que l'atrophie progressive de la rétine ?

Comme son nom l’indique, l’atrophie progressive de la rétine (parfois désignée par ses initiales, APR) est une dégénérescence de la rétine.

 

La rétine est une fine membrane transparente située au fond du globe oculaire. Elle est composée de cellules nerveuses photoréceptrices (les bâtonnets et les cônes), qui perçoivent la lumière et la transforment en un signal électrique, qui lui-même transfère l’information au cerveau. Ce message transmis au cerveau par le nerf optique se transforme ensuite en image : c’est le processus de la vision.

 

Lorsque ces cellules photoréceptrices sont abimées, cela entraîne une baisse de la vision. L’atrophie de la rétine touche les bâtonnets dans un premier temps, puis les cônes. On constate d’abord une baisse de la vision en milieu nocturne, puis le problème s’étend à la vision diurne.

 

L’atrophie progressive de la rétine a d’abord été identifiée chez certaines races de chiens. Bien qu’elle soit relativement rare sur l’ensemble de la population féline, elle est très fréquente parmi les races concernées, puisqu’environ un tiers des chats desdites races en sont victimes.

 

Lors de sa découverte dans les années 80 en Suède, l’atrophie progressive de la rétine chez le chat fut d’abord appelée rdAc, pour « retinal degeneration in Abysinian cats », car cette mutation génétique touchait principalement la race des Abyssins. Des études génétiques ont ensuite été réalisées par des vétérinaires américains pour prouver la transmission héréditaire de cette maladie, puis elle a été découverte chez des individus d’autres races. C’est le cas notamment des chats orientaux comme le Siamois, le Balinais ou le Mandarin, mais aussi d’autres races comme l’American Curl, le Bengal, le Munchkin ou encore le Singapura. En revanche, il n’existe pas de corrélation entre le sexe ou la robe du chat, et sa propension à développer la maladie.

 

Bien qu’elle ne soit pas douloureuse pour l’animal, l’atrophie rétinienne progressive est malheureusement incurable : elle se développe jusqu’à une perte totale de la vision, autrement dit la cécité du chat. Ce phénomène est progressif, et sa rapidité varie d’un individu à l’autre, sans qu’on soit en mesure d’identifier des critères particuliers influant sur sa vitesse.

 

De fait, contrairement aux idées reçues, elle apparaît systématiquement chez les chats dès leur plus jeune âge, entre un an et demi et deux ans, et la cécité peut être totale dès l’âge de 3 à 5 ans.

Quels sont les symptômes de l’atrophie rétinienne progressive chez le chat ?

Quels sont les symptômes de l’atrophie rétinienne progressive chez le chat ?

Chez certains chats, de premiers signes d’une baisse de la vision peuvent être identifiés par exemple s’il se cogne lorsqu’il se déplace ou s’il a des difficultés à s’orienter dans un environnement pourtant connu. En tout état de cause, les symptômes de l’atrophie rétinienne sont uniquement comportementaux : extérieurement, aucun changement physique de l’œil du chat ne peut être détecté à l’œil nu.

 

La perte de la vision est donc le seul symptôme de l’atrophie rétinienne progressive, et peut être difficile à détecter chez le chat. Elle peut même parfois passer inaperçue pendant des mois aux yeux du propriétaire.

 

Dès lors que des symptômes comportementaux sont décelés, il convient de prendre rendez-vous chez un vétérinaire pour réaliser des examens généraux et ophtalmologiques. Il va notamment mesurer la pression intraoculaire et la pression artérielle, réaliser un électrorétinogramme (examen du fond de l’œil), et même si nécessaire des examens neurologiques (scanner, IRM, ...). Cela lui permettra d’identifier l’origine de cette perte de vision, et donc de déterminer s’il s’agit d’une atrophie rétinienne progressive ou d’une autre cause comme un décollement de la rétine, un glaucome, la cataracte...

Le traitement de l’atrophie progressive de la rétine du chat

Le traitement de l’atrophie progressive de la rétine du chat

Il n’existe à l’heure actuelle aucun traitement pour soigner l’atrophie progressive de la rétine chez le chat, ou ne serait-ce que ralentir son évolution.

 

L’atrophie rétienne étant d’origine génétique, un test ADN peut être réalisé sur les chatons dès l’âge d’un an pour savoir s’ils sont porteurs du gène APR-rdAc. Cependant, ce test ne permet pas de déterminer si le chaton développera la maladie, l’âge d’apparition des premiers symptômes si elle se développe, ni la rapidité à laquelle elle évoluera le cas échéant.

 

Dans le cas où ni le père ni la mère n’est porteur du gène APR-rdAc, le chaton sera sain de façon certaine : il n’y a absolument aucun risque qu’il développe cette maladie. En revanche, si l’un ou l’autre des parents est porteur du gène, il y a 50% de chances que le chaton soit lui aussi porteur du gène (et le transmette) sans pour autant développer la maladie, et 50% de chances qu’il soit sain. Si les deux parents sont porteurs du gène, le chaton a 25% de chances d’être sain, 25% de développer la maladie, et 50% d’être porteur (et transmetteur) du gène, sans pour autant développer la maladie. Enfin, lorsque les deux parents sont atteints d’atrophie progressive de la rétine, ils transmettent obligatoirement la maladie à leur progéniture. Très fiable, le test ADN revêt donc une grande importance, car il permet d’informer l’éleveur félin et les futurs propriétaires du chaton sur son statut par rapport à la maladie.

Vivre avec un chat atteint d’atrophie progressive de la rétine

Vivre avec un chat atteint d’atrophie progressive de la rétine

A défaut de traitement contre l’APR du chat, il est possible de faciliter la vie de son compagnon malvoyant ou déjà aveugle en respectant certaines règles :

  • éviter de modifier son environnement et son cadre de vie (par exemple la disposition des meubles), afin d’éviter que le chat ne perde ses repères ;
  • supprimer un maximum d’obstacles de son lieu de vie, et en particulier des trajets qu'il effectue régulièrement ;
  • faciliter l’accès à la gamelle du chat et à la litière du chat ;
  • adapter la communication avec le chat et faire preuve d’attention, en utilisant le contact physique et la voix.

 

Comme les chiens aveugles, les chats aveugles ont une formidable capacité naturelle à s’adapter à la perte de vision - surtout si leur environnement reste inchangé - car ils sollicitent alors davantage leurs autres sens félins, en particulier leur odorat et leur ouïe, qui sont bien plus développés que ceux de l’Homme.

 

Néanmoins, il existe des risques réels pour la sécurité de l’animal si sa cécité est totale : il peut se perdre lors d’une promenade, être victime d’un accident de la circulation... Pour autant, si le chat était habitué à avoir accès à l’extérieur et à y passe une bonne partie de son temps, lui en empêcher l’accès pourrait être très préjudiciable à son bien-être physique et mental. Si la maison comporte un jardin auquel il a accès, il est vivement recommandé de sécuriser ce périmètre en le clôturant : le chat pourra alors continuer de sortir librement, sans risque de se perdre ou se blesser. Une autre solution pour qu’il puisse continuer à profiter de l’extérieur et prendre l’air régulièrement est de promener son chat en laisse ou avec un harnais, sous réserve qu’il accepte cette méthode.

La prévention de l’atrophie rétinienne progressive du chat

La prévention de l’atrophie rétinienne progressive du chat

Seuls les éleveurs de chats sont en mesure de limiter la diffusion de l’atrophie progressive de la rétine, en testant les chats susceptibles d’être porteurs de ce gène et en évitant de faire reproduire les individus atteints d’atrophie rétinienne progressive.

 

Cette maladie ne touchant pas toutes les races de chats, le test n’a besoin d’être réalisé que sur les races concernées. Si les deux parents sont sains, il n’y a aucun risque pour les chatons de naître avec une atrophie progressive de la rétine. En revanche, si le père ou la mère sont porteurs de la maladie, qu’elle soit déjà déclarée ou non, les risques de transmission à sa descendance sont très élevés. Lors de l’adoption d’un chaton de race « à risque », il est recommandé de s’assurer que l’éleveur félin a fait réaliser ces tests ADN auprès d’un laboratoire et dispose donc d’informations sur le statut PRA des parents du chaton.

Le mot de la fin

Même si l’atrophie progressive de la rétine peut passer longtemps inaperçue et est incurable, il est important d’instaurer un suivi régulier du chat en l’emmenant chez le vétérinaire : lors du bilan de santé annuel du chat, le vétérinaire est en mesure de détecter un éventuel problème de vision.

 

En effet, même si le chat s’adaptera bien mieux que l’Homme à ce handicap (même en cas de cécité totale), il est important, pour son bien-être mais aussi pour sa sécurité, qu’il soit accompagné de façon adéquate par son maître. En offrant une attention redoublée à son compagnon, en limitant les obstacles et en évitant ce qui pourrait perturber ses repères, le maître a un vrai rôle à jouer pour aider son compagnon à faire face à la maladie et mener malgré tout une vie agréable. 

Dernière modification : 09/12/2019.
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