
Chez le chat comme chez l'Homme, les vitamines jouent un rôle crucial : elles participent au bon fonctionnement de l'organisme et à la prévention de toutes sortes de maladies. Par conséquent, tout maître digne de ce nom doit avoir à coeur de s'assurer que les besoins en vitamines de son animal sont bien respectés : il s'agit là de la base pour bien nourrir un chat.
Quelles sont les vitamines essentielles pour le chat ? Dans quels aliments pour chat trouve-t-on les vitamines indispensables ? Quelles sont les conséquences d'une carence en vitamines chez le chat, ou au contraire, d'un excès de vitamines ?
Les vitamines sont des substances organiques qui interviennent dans de nombreux processus essentiels de l'organisme animal. Elles ne sont nécessaires qu'en petite quantité (quelques milligrammes par jour seulement), et contrairement aux protéines, aux lipides et aux glucides, leur consommation n'apporte aucune calorie.
Les vitamines sont traditionnellement classées en deux groupes :
On retrouve généralement les vitamines dans un nombre élevé d'aliments d'origine végétale ou animale.
Les besoins en vitamines diffèrent bien évidemment d'une espèce animale à une autre (ceux du chat ne sont pas les mêmes que les besoins en vitamines du chien ou de l'être humain), mais aussi d'un individu à l'autre selon sa taille, son âge, son sexe et son mode de vie.
L'organisme d'un chat peut fabriquer les vitamines C et K en quantités suffisantes : il n'a donc pas besoin d'en obtenir via son alimentation. En revanche, ce n'est pas le cas des autres vitamines - y compris la vitamine D, car contrairement à un humain il n'en produit pas suffisamment même sous l'effet du soleil. Il faut donc lui apporter ces vitamines via la nourriture : à défaut, une carence est possible.
Voici donc les besoins d'un chat en vitamines, en fonction de son poids :
| Vitamines | Besoins du chat |
| Vitamine A | 5000 UI par kilo |
| Vitamine B1 | 22 mcg par kilo |
| Vitamine B2 | 110 mcg par kilo |
| Vitamine B3 | 265 mcg par kilo |
| Vitamine B5 | 220 mcg par kilo |
| Vitamine B6 | 22 mcg par kilo |
| Vitamine B8 | 2,2 mcg par kilo |
| Vitamine B9 | 4,5 mcg par kilo |
| Vitamine B12 | 0,5 mcg par kilo |
| Vitamine D | 500 UI par kilo |
| Vitamine E | 30 UI par kilo |
1 mcg correspond à 0,001 mg (1 microgramme).
UI signifie Unité Internationale, et l'équivalent en masse d'une UI dépend de la substance considérée.
Chez les grandes races, comme le Maine Coon ou le Norvégien, les apports en vitamines doivent donc être plus importants que pour les très petites races comme le Munchkin ou le Singapura, car leurs besoins le sont tout autant.
Ces valeurs ne sont toutefois que des ordres de grandeur, car les besoins d'un chat en vitamines dépendent aussi de son âge, son sexe, son mode de vie et son état de santé. Par exemple, les apports en vitamine A et D doivent être augmentés pendant la croissance ou l'allaitement. Par ailleurs, un chat qui souffre de troubles de la paroi intestinale peut avoir davantage de difficultés à absorber les vitamines de son alimentation : des apports accrus voire une complémentation alimentaire peuvent alors être nécessaires.
La vitamine A contribue à la vision du chat (notamment à sa capacité à voir dans la pénombre), à la santé des tissus, des cellules et des muqueuses, à la formation du cartilage (indispensable pour la bonne croissance et la santé des os et des dents) ainsi qu'à son cycle de reproduction.
La vitamine A est présente en grande quantité dans le foie de poisson et de volaille, et en quantité moindre dans le lait et le jaune d'oeuf. En revanche, contrairement au système digestif du chien ou de l'Homme, celui du chat ne peut pas convertir en vitamine active les précurseurs de la vitamine A (tels que la bêta-carotène) présents dans certains végétaux colorés. Il faut donc veiller à ce que les apports soient faits à base de "véritable" vitamine A effectivement utilisable par son organisme.
Une carence en vitamine A peut conduire à des maladies oculaires du chat (telles qu'une cécité nocturne), des problèmes de l'appareil reproducteur, ainsi qu'une altération des tissus et des muqueuses en général (en particulier au niveau de la peau et du pelage). Lorsqu'elle survient pendant la croissance, elle peut causer des désordres au niveau du système nerveux et du squelette.
Une telle carence peut survenir dans le cas d'un régime pauvre en produits d'origine animale, car l'organisme d'un chat ne peut pas convertir la bêta-carotène des végétaux en vitamine A, contrairement par exemple au chien ou à l'Homme. Elle peut se produire tout particulièrement dans le cas d'un chat nourri avec un régime végétarien. Toutefois, dans la mesure où le foie est capable de constituer des stocks de vitamine A qu'il peut ensuite utiliser au besoin, elle reste relativement rare.
Comme la plupart des vitamines liposolubles, la vitamine A ne peut pas être éliminée facilement dans les urines ou les selles lorsqu'elle est consommée en excès. Elle est donc stockée dans l'organisme, principalement dans le foie, potentiellement jusqu'à provoquer une intoxication alimentaire du chat. Lorsque cela se produit, on parle d'hypervitaminose A.
Il s'agit d'une maladie grave, qui occasionne une dégradation des tissus osseux et des articulations. Le squelette se calcifie et les vertèbres se soudent peu à peu : par conséquent, la colonne vertébrale s'ankylose, c'est-à-dire se paralyse. Cette affection est très douloureuse pour l'animal lorsqu'elle commence à se développer : ainsi, les symptômes d'un excès de vitamine A sont des douleurs (miaulements, cris...) lorsqu'il essaye de faire des mouvements habituels comme se déplacer, jouer ou faire sa toilette. À terme, ces cris finissent par s'estomper, car sa mobilité est de toute façon considérablement réduite à cause de la progression de la maladie : il devient incapable de réaliser les mouvements problématiques.
Dans la pratique, une telle intoxication est très rare, car il faudrait que le chat consomme l'équivalent de 150 fois la dose normale pendant plusieurs mois pour atteindre le seuil de toxicité. Elle reste toutefois possible dans le cas où son régime alimentaire est très riche en poissons et/ou en foies de volailles, car ces mets contiennent de grandes quantités de vitamine A.
Les vitamines du groupe B contribuent aux métabolismes énergétiques et cellulaires et permettent de maintenir en bon état la peau et le pelage du chat ainsi que ses griffes.
La plupart des vitamines du groupe B sont présentes dans le foie ou les reins des mammifères. Quelques-unes se retrouvent également dans les levures, les céréales et certains légumes verts.
Les vitamines du groupe B jouant plusieurs rôles essentiels dans l'organisme, une carence peut avoir des répercussions diverses :
Les vitamines du groupe B sont hydrosolubles : l'organisme peut donc facilement éliminer les excès via l'urine, de sorte qu'une intoxication est plus qu'improbable.
Par ailleurs, quand bien même ces vitamines se trouvent en quantité anormalement élevée dans l'organisme, elles ne semblent pas causer d'effet négatif sur la santé du chat.
La vitamine C participe à l'élaboration des cartilages, des os et du collagène : elle joue donc un rôle de premier plan lors de la phase de développement et de croissance du chaton. Elle possède également un fort pouvoir antioxydant qui aide à prévenir la détérioration et le vieillissement prématuré des cellules et des tissus.
Contrairement à celui de l'Homme et des singes, le foie des félins est capable de synthétiser de la vitamine C en quantité suffisante : de ce fait, une carence est extrêmement rare. Elle survient parfois lors d'une défaillance hépatique, ou dans le cas d'un chat très stressé, car le stress tend à réduire la quantité de vitamine C dans l'organisme.
Une carence en vitamine C est responsable du scorbut, une maladie qui se traduit par des saignements au niveau des gencives et des muqueuses buccales, un affaiblissement de son système immunitaire, et une fatigue généralisée. Dans les cas les plus graves, il peut même altérer son système nerveux et causer sa mort.
La vitamine C est facilement éliminée par le biais de l'urine lorsqu'elle se trouve en excès dans l'organisme : une intoxication alimentaire est donc peu probable. À l'inverse, une consommation importante de vitamine C pourrait même avoir comme effet de lutter contre les infections urinaires du chat, car cette vitamine a tendance à acidifier l'urine, ce qui conduit à l'élimination des bactéries et autres agents pathogènes qui pourraient proliférer dans son appareil urinaire.
Il semble d'ailleurs que l'alimentation industrielle pour chat soit souvent trop riche en vitamine C, car un grand nombre de produits sont complémentés en acide ascorbique, alors que l'organisme des félins en produit déjà suffisamment. L'intérêt d'une telle complémentation alimentaire continue de diviser la communauté scientifique : si elle ne semble pas induire d'effet secondaire, il n'est pas sûr pour autant qu'elle ait un bénéfice quelconque sur la santé.
La vitamine D intervient dans le processus de formation et de solidification du squelette du chat.
Elle peut être synthétisée par certaines cellules présentes au niveau de la peau du chat, mais en de faibles quantités seulement : son alimentation doit donc permettre de compléter les apports afin d'éviter tout risque de carence. On trouve en revanche de la vitamine D en quantité dans les huiles de foie de poisson, et en particulier l'huile de foie de morue. Les oeufs, le lait et certains champignons en contiennent également des traces.
Si elle survient au cours de la croissance du chaton, la carence en vitamine D peut causer une déminéralisation du squelette et une augmentation du risque de fractures osseuses. C'est ce que l'on appelle le rachitisme.
Chez un chat adulte, un déficit en vitamine D peut provoquer des maladies cardiaques et une insuffisance rénale chronique.
La vitamine D est, comme la vitamine A, susceptible de provoquer une grave intoxication lorsqu'elle est consommée de manière excessive.
Cet empoisonnement engendre une augmentation du niveau de calcium et de phosphore dans le sang (ces deux minéraux allant de pair avec la vitamine D) et une calcification du coeur, des poumons, des muscles et de certains tissus mous. Les symptômes visibles sont une perte d'appétit, des vomissements, une prostration, des convulsions, et parfois même un coma.
Toutefois, pour qu'une telle intoxication alimentaire se produise, il faudrait que ce dernier consomme plus de 20 fois la dose requise en vitamine D. Elle est donc relativement rare en conditions normales, et survient le plus souvent dans le cas d'une complémentation alimentaire abusive ou d'un empoisonnement du chat aux médicaments.
La vitamine E a une action antioxydante, à l'instar de la vitamine C.
Elle se trouve dans les céréales, les fruits secs, ainsi que dans le foie et les graisses de certains mammifères. Quelques poissons en contiennent également, mais en trop faible quantité pour être considérés comme des sources à part entière.
Chez les félins, une carence en vitamine E est responsable de la panstéatite (aussi appelée "maladie du gras jaune", ou "yellow fat disease"), qui se traduit par une forte fièvre du chat, une perte d'appétit, une léthargie, des problèmes dermatologiques et des masses graisseuses sur ou juste en-dessous de la peau.
Cette carence est fréquence chez les chats nourris exclusivement à base de poissons (qui contiennent peu de vitamine E), ou qui suivent un régime très riche en acides gras insaturés, car ces derniers conduisent à une diminution de la vitamine E dans l'organisme. Les acides gras insaturés sont très présents dans les poissons et les viandes destinés aux humains : c'est une des raisons pour lesquelles il est fortement déconseillé de nourrir son chat avec de la nourriture humaine.
La vitamine E a beau être une vitamine liposoluble et s'accumuler dans l'organisme, elle ne semble pas provoquer d'effet indésirable chez le chat, même lorsqu'elle est consommée en très grande quantité.
Ainsi, aucune intoxication alimentaire à la vitamine E n'a été constatée jusqu'à ce jour.
La vitamine K intervient fortement dans le mécanisme de coagulation sanguine.
La flore intestinale du chat, qui se situe comme son nom l'indique dans son appareil digestif, produit de la vitamine K en quantité suffisante : pour cette raison, une carence dans cette vitamine est très rare.
Elle survient parfois lorsqu'il est sous traitement antibiotique, car les antibiotiques pour chat détruisent les bonnes bactéries de l'intestin. Une intoxication aux pesticides peut aussi conduire à une carence soudaine, car ce type de poison détruit la vitamine K présente dans l'organisme.
Les symptômes d'une carence en vitamine K sont des saignements et hémorragies du chat, car cette vitamine intervient dans la coagulation du sang.
La vitamine K est elle aussi liposoluble. Elle n'est donc pas facilement éliminable par l'organisme, étant donné qu'il la stocke dans les graisses.
Pourtant, à ce jour, aucune intoxication à la vitamine K n'a été signalée chez le chat, pas plus d'ailleurs que chez les autres animaux. Leur organisme semble donc plutôt tolérant aux excès de cette vitamine.
La nourriture industrielle pour chats est généralement bien équilibrée en nutriments, de sorte qu'une carence en vitamines est relativement rare chez le chat. Elle peut toutefois survenir dans le cas d'une alimentation maison mal dosée ou d'une défaillance de l'appareil digestif, qui ne parvient pas à absorber correctement les nutriments.
Une carence en vitamines n'est pas nécessairement visible immédiatement, mais elle peut avoir de graves répercussions sur la santé de l'animal, en particulier s'il est encore jeune.
Dès lors qu'on soupçonne une carence alimentaire chez son chat, il est important de consulter un vétérinaire sans attendre. En effet, elle se soigne facilement, mais ses répercussions sur la santé de l'animal peuvent être graves si elle n'est pas traitée rapidement. Par ailleurs, une carence peut aussi être le symptôme d'une maladie bien plus grave (par exemple une insuffisance hépatique ou certains cancers), qu'il est essentiel de diagnostiquer sans attendre.
Le vétérinaire commence par questionner le maître sur les habitudes alimentaires de son compagnon, puis effectue un examen clinique de ce dernier. S'il soupçonne effectivement une carence, il peut :
Une fois le diagnostic posé de façon certaine, le traitement consiste à rééquilibrer à traiter si c'est possible la cause responsable de la carence (maladie digestive, empoisonnement du chat avec des pesticides, etc.). En outre, quand bien même ce n'est pas son régime alimentaire qui est en cause, il peut être nécessaire de modifier - au moins temporairement - ce dernier. Une complémentation alimentaire peut également être nécessaire pour faire disparaître plus vite les symptômes du manque de vitamines, si ceux-ci sont prononcés ou handicapants.
Si une carence en vitamines peut être fatale, un apport excessif est aussi loin d'être sans dangers pour la santé.
En particulier, les vitamines liposolubles peuvent conduire à de graves intoxications alimentaires du chat, en raison des difficultés de l'organisme à les éliminer lorsqu'elles sont consommées en excès.
Les excès en vitamines restent très souvent sans conséquence pour le chat, car son organisme est capable de les éliminer facilement pour éviter leur accumulation ou bien qu'elles ne sont tout simplement pas toxiques, même à très haute dose.
Il existe toutefois deux exceptions : la vitamine A et la vitamine D. S'ils s'accumulent dans les organes vitaux de manière trop conséquente, ces deux nutriments provoquent des dysfonctionnements parfois graves de certains organes ou tissus.
Lorsqu'une telle intoxication est soupçonnée, le vétérinaire procède à un examen de l'animal et à une enquête sur ses habitudes alimentaires, comme dans le cas d'une carence en vitamines. Une biopsie du foie et/ou une prise de sang du chat sont ensuite réalisées pour confirmer le diagnostic.
Plusieurs traitements sont alors possibles, selon la situation et le degré d'urgence :
Les vitamines sont des nutriments indispensables au bon fonctionnement des organes et des tissus du chat, et celles qui ne peuvent être produites directement par son organisme doivent être apportées par son alimentation, pour éviter tout risque de carence. Toutefois, il ne faut pas pour autant tomber dans le piège d'un recours excessif aux compléments alimentaires pour chat, car un excès peut être au moins aussi néfaste qu'un manque de vitamines.
Dans la mesure où la nourriture industrielle pour chat contient normalement tous les nutriments nécessaires, les excès et les carences se produisent le plus souvent lorsqu'on fait le choix de préparer soi-même sa nourriture. Aussi, il est primordial de demander conseil à un vétérinaire avant d'opter pour un régime maison, quel qu'il soit.