Interview témoignage : le métier de photographe animalier

Un chat et un chaton face à l'objectif d'un appareil photo

La photographie permet notamment d'immortaliser des moments et/ou des personnes auxquels on tient, par exemple à travers des portraits. Or, si nombre de gens apprécient de prendre eux-mêmes les clichés, force est de reconnaître que le résultat est parfois décevant, que ce soit par manque d'expertise ou du fait d'un équipement trop limité.


D'où la possibilité de recourir à des photographes professionnels, qui savent notamment imaginer des poses, des mises en perspective, des angles, des jeux de lumière... capables de subjuguer complètement un cliché qui autrement aurait été assez anodin.


Tout le monde connaît donc par exemple l'existence de photographes spécialisés dans les mariages. En revanche, ce qu'on sait moins, c'est que certains se concentrent pour leur part sur les animaux de compagnie. C'est le cas de Brigitte Faucher, fondatrice d'AnimOphoto, qui a plus de 20 ans d'expérience et a accepté de répondre à nos questions sur ce métier.

Sommaire de l'article

    1. Se lancer comme photographe animalier
  1. 2. Le quotidien d’un photographe animalier
  2. 3. La profession de photographe animalier

Se lancer comme photographe animalier

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter ?

Portrait de Brigitte Faucher, photographe animalier

Bonjour. Mon nom est Brigitte Faucher. Je suis photographe, vidéaste, directrice de casting et artiste dans l’âme. « Une fille, une passion, une marque » sont les 3 mots qui résument parfaitement mon ADN et que j’utilise souvent afin de promouvoir mon travail.

 

Je suis née dans le domaine artistique, puisque mon père a été photographe professionnel pendant 28 ans et a commencé justement l’année de ma naissance. J’ai d’ailleurs fait de la vidéo pour lui à partir de l’âge de 14 ans, et ce pendant 15 années. J’ai ensuite travaillé 10 ans dans un laboratoire photo professionnel avant de finalement créer ma propre entreprise, ma marque de commerce : AnimOphoto, fondée officiellement en 2000.

 

Mon studio est installé au cœur du Vieux-Lévis, près du fleuve Saint-Laurent. La vue et les parcs à proximité sont magnifiques, offrant de splendides panoramas sur la ville de Québec. Il est ouvert uniquement sur rendez-vous, car mes disponibilités sont fluctuantes : je me déplace régulièrement à l’extérieur afin de répondre aux besoins de ma clientèle.

Pourquoi avez-vous choisi de devenir photographe animalier ?

Je rêvais d’une part d’avoir ma propre entreprise, et d’autre part de travailler avec les animaux. J’ai donc combiné les deux avec mes compétences techniques en photographie, pour en faire mon métier.

Quel parcours avez-vous suivi pour y parvenir ?

Un chat allongé, vu de dos

J’ai un parcours atypique, car contrairement à la plupart des photographes, je n’ai pas suivi d’études d’art. Toutefois, j’ai commencé très jeune, en assistant mon père pour toutes sortes de tâches. Les vidéos de mariage et d’événements sociaux m’ont appris énormément sur l’organisation, la responsabilisation, les techniques de prise de vue, le cadrage, l’exposition, le mouvement, la relation client, et j’en passe.

 

Puis, à 18 ans, j’ai commencé un emploi à part entière dans un laboratoire nommé Belco Photo, dont la clientèle était composée uniquement de photographes professionnels. Tout au long des années que j’y ai passées, j’ai eu la responsabilité du service à la clientèle, du contrôle de qualité et de l’administration. Dans le même temps, différents séminaires et congrès m’ont permis d’enrichir mon savoir. Je suis reconnaissante à mes employeurs pour tout ce que cette période m’a apporté, et suis encore aujourd’hui en contact avec eux.

Est-il compliqué de se lancer ? De développer et fidéliser sa clientèle ?

Brigitte Faucher lors d'une séance photo animalière

Lorsque je me suis lancée en 2000, ce fut sans filet. Je n’ai fait aucune étude de marché, mais avais un plan d’affaires ferme : il n’était pas question que je fasse autre chose. J’étais donc déterminée à réussir, un point c’est tout ! Ma devise était - et est toujours - « Qu’est-ce que je pourrais faire que les autres ne font pas ? »

 

J’ai enregistré AnimOphoto au registre des entreprises du Québec en 1999, et ai obtenu officiellement l’enregistrement de ma marque de commerce au Canada en 2011, après 3 ans d’attente.

 

En outre, je ne connaissais au départ aucun photographe animalier au Québec, sauf un qui possédait un magazine dédié aux animaux de compagnie. J’ai bien essayé alors de travailler pour celui-ci, mais on imagine aisément qu’il en était le seul photographe officiel…

 

Je me donnais 10 ans pour acquérir une notoriété et atteindre mes objectifs. J’ai donc travaillé d’arrache-pied, sans jamais compter les heures, et ai choisi de demeurer l’artiste qui touche à toutes les sphères du métier : comptabilité, développement des affaires, création des concepts, relation directe avec le client, prise de vue, retouche photo, etc. Cela permet de diversifier mon quotidien, mais s’avère évidemment très chronophage. Après 10 ans à ce rythme, j’ai commencé à ralentir un peu pour avoir un meilleur équilibre entre le travail et ma vie familiale, mais aussi pour préserver ma santé.

 

En tout cas, les efforts ont payé : j’ai aujourd’hui la chance d’avoir des clients fidèles, car je veille à prendre soin d’eux. Autrement dit, j’ai fait le pari de bâtir sur du long terme, et ça a marché : ils reviennent me voir. Évidemment, je leur en suis extrêmement reconnaissante !

Comment gérez-vous la concurrence ?

Gros plan sur les pattes d'un chat tigré

À vrai dire, je n’ai jamais vraiment eu de concurrence. En effet, il a fallu pratiquement une dizaine d’années avant de voir apparaître au Québec quelques photographes se spécialisant en photographie animalière. Autrement dit, j’ai été pendant longtemps seule sur le marché.

 

En outre, même si aujourd’hui il y a d’autres acteurs, l’intensité concurrentielle reste limitée, car la plupart ne couvrent que les chiens. Pour ma part, j’ai développé une expertise « humain-animal » et photographie autant les chats que les chiens, ainsi parfois que les chevaux.

 

Cela dit, je ne regarde pas beaucoup s’il y a ou non de la concurrence. Elle est loin de m’obnubiler ! Je suis plutôt du genre à avancer et faire ce que j’aime, car je ne veux pas que ma créativité et ma sensibilité soient influencées en regardant ce que les autres font. Je préfère donc me laisser inspirer par mes sujets, et composer autour de ça.

Quels sont les coûts pour se lancer ?

Un chat et un chien posent pour Brigitte Faucher

Je dirais qu’il faut prévoir un minimum de 20.000 à 25.000 dollars canadiens pour s’équiper correctement : ordinateur puissant, disques durs internes et externes pour l’archivage, boîtier d’appareil photo en double, deux à trois objectifs de base, système d’éclairage, logiciel de traitement photo, etc. À mon sens, tout ceci est la base pour quiconque entend devenir professionnel.

 

Dans mon cas, ça fait tellement longtemps que je me suis lancée que je ne saurais donner des chiffres. Je me souviens toutefois qu’en 1999, en amont de l’ouverture officielle de mon studio, j’avais retiré de l’argent de mon REER (Régime Enregistré d'Épargne-Retraite) et emprunté sur des cartes de crédit à bas taux, car aucune banque ne voulait me prêter. À part quelques équipements argentiques que mon père m’avait légués, je n’avais rien du tout…

 

Et même si mon plan d’affaires tenait la route, comment un banquier aurait-il alors pu croire à un tel projet ? D’autant qu’à l’aube du 21ème siècle, l’arrivée du numérique commençait à décimer bien des photographes traditionnels fatigués de devoir suivre la technologie. Il faut s’imaginer par exemple que mon père a utilisé le même appareil photo pendant presque 30 ans ! D’ailleurs, à cette époque, lui-même était justement en train de réorienter sa carrière vers un métier n’ayant plus rien à voir avec la photographie.

 

Le studio de Brigitte Faucher
Le studio de Brigitte Faucher

Pour ce qui me concerne, j’ai donc commencé avec déjà une certaine expérience, mais en revanche très peu de moyens. Du reste, par la suite, je suis toujours restée parcimonieuse dans mes investissements, tâchant d’agir de façon stratégique. Concrètement, chaque fois que je décrochais un bon contrat, j’achetais un nouvel objet que j’estimais prioritaire.


Bien sûr, il est aussi nécessaire de remplacer régulièrement certains équipements. Par exemple, j’achète un nouveau boitier une fois tous les deux ans environ, et en suis donc à ma dixième génération d’appareil photo en 20 ans.

 

En tout cas, je trouve toujours très motivant et excitant d’exploiter de nouveaux outils. J’adore la technologie ! J’ai ainsi acquis toutes sortes de matériels : objectifs, ordinateurs, logiciels, outils d’éclairage, espace studio, kiosque d’exposition agrandissement de mon studio, un camping-car orné du nom de l’entreprise pour la chasse au casting, etc. Il faut dire qu’à mes yeux, l’investissement contribue à l’évolution et à la réussite de l’entreprise, car il faut suivre les progrès technologiques et essayer des trucs innovateurs.

Êtes-vous facilement parvenu à vous faire une place, et à vivre correctement de votre métier ?

Un garçon porte un chaton tigré dans ses bras

Ce ne fut clairement pas facile, mais je crois être parvenue à occuper une place de choix dans cette profession. Maintenant que j’ai bâti ma réputation, je bénéficie d’une certaine stabilité, puisque la totalité de ma clientèle vient aujourd’hui de clients satisfaits qui me font de nouveau confiance ainsi que de nouveaux qui m’ont connu grâce aux recommandations de ces derniers. Autrement dit, je n’ai plus d’efforts de prospection commerciale à faire, contrairement à ce qui était le cas par le passé.

 

Cela suppose toutefois de faire du bon travail, et de continuer à actualiser son art au fil du temps. En effet, les techniques photographiques ont changé tout au long de ces années (surtout au niveau du développement numérique des images), et continueront de le faire. J’ai toutefois la chance de m’adapter facilement aux nouvelles tendances.

 

En tout cas, je crois que ce métier est une vocation : compte tenu de l’implication nécessaire, du temps et de l’énergie qu’il faut investir, il me semble indispensable qu’il corresponde à une passion.

 

Quoi qu’il en soit, j’ai toujours souhaité pouvoir vivre convenablement de mon art. Évidemment, tout au long de ces années, il y a eu des hauts et des bas. Mais en fin de compte, si on fait bien son travail et qu’on ne ménage pas ses efforts, le bilan a de grandes chances d’être tout à fait positif. Du reste, le fait de passer par des périodes difficiles rend plus fort et plus reconnaissant envers la clientèle. D’ailleurs, je ne connais aucun entrepreneur qui n’a pas connu également des vagues vers le haut et d’autres vers le bas.

 

Au final, je suis fière du travail accompli jusqu’à maintenant et de l’influence que j’ai sur mes collègues photographes. 

Il existe aujourd’hui de nombreuses plateformes permettant aux photographes de présenter leur savoir-faire et de trouver des clients. Pensez-vous qu’elles constituent un bon moyen de se lancer ?

Gros plan sur les yeux d'un chat tigré

Il s’agit sûrement d’un bon moyen de se faire connaître pour quelqu’un qui se lance.

 

Pour ma part, je préfère utiliser uniquement mes propres supports (à commencer par mon site web) et avoir le plein contrôle de mes contenus. Il faut dire aussi que quand j’ai commencé, de telles plateformes n’existaient pas, donc j’ai toujours été habituée à faire sans.

 

J’utilise quand même les réseaux sociaux, et anime donc une page Facebook ainsi qu’un compte Instagram. Ils constituent une manière facile et pratique de tenir ma clientèle au courant des nouveautés, de partager du contenu, des opinions, des avis de casting, etc. Néanmoins, ça demeure pour moi des outils complémentaires, qui ne sauraient remplacer mon site. Par exemple, si un jour Facebook change radicalement son fonctionnement, je serai bien contente d’avoir toujours mon site web entièrement complet et fonctionnel...

Le quotidien d’un photographe animalier

Votre activité est-elle saisonnière ?

Un chien noir et blanc debout devant un lac

J’ai tellement de cordes à mon arc que mes années sont bien réparties. Toutefois, même si cela peut paraître surprenant, le mois le plus tranquille est juillet. Les températures sont élevées, parfois même caniculaires, et les animaux souffrent de cette chaleur : ce ne sont clairement pas des conditions idéales pour organiser un shooting. En outre, les entreprises sont en périodes de vacances. Du coup, je profite également de cette période pour prendre les miennes. 

L’activité repose-t-elle essentiellement sur des clients réguliers, ou bien plutôt au contraire sur beaucoup de missions uniques ?

Le gros de mon activité vient de clients réguliers ainsi que de nouveaux clients qui m’ont été amenés par ces derniers. Ainsi, environ 80% de mon chiffre d’affaires est réalisé sans avoir à déployer d’effort de prospection.

Comment vos clients vous trouvent-ils ?

Le bouche-à-oreille est clairement mon principal pourvoyeur de nouveaux clients : plus des trois-quarts des nouvelles personnes qui me contactent ont entendu parler de moi par ce biais. Néanmoins, certains me trouvent directement par Internet.

Quelles sont les principales raisons pour lesquelles on fait appel à vous ? Les demandes sont-elles souvent les mêmes ?

Un couple pose avec son chat Oriental

J’ai beaucoup de demandes pour photographier des animaux âgés, que ce soit avec ou sans leur maitre. Mon service contribue beaucoup à accepter la perspective de devoir faire le deuil de son chat ou de son chien, quand on sent que la fin approche…

 

Pour le reste, les demandes sont variées : une photo de famille, un usage commercial, un cadeau d’anniversaire à un proche qui possède un chien... Il m’est même arrivé de couvrir des mariages, parce que les animaux étaient présents. J’étais alors la photographe « officielle » du mariage, avec en plus la mission de réaliser des clichés soignés des chiens.

Vos clients sont-ils majoritairement des propriétaires de chats souhaitant de belles photos avec leur animal, ou bien y-a-t-il beaucoup de demandes de professionnels (par exemple pour des publicités) ?

Un marin pose avec son chien dans les bras

Les demandes sont très variées, mais si on regarde sur une longue durée, les particuliers représentent environ 20% de l’activité et les professionnels autour de 80%. Néanmoins, ça fluctue fortement d’une année à l’autre : il arrive ainsi par exemple que les deux s’équilibrent.

 

Par ailleurs, la frontière peut être poreuse. Il arrive en effet de plus en plus fréquemment que des personnes fassent appel à mes services pour une photo de famille avec leur animal ou offrent une séance en cadeau à un être cher qui en rêve mais n’a jamais osé franchir le pas, apprécient mon approche et le résultat obtenu, et me demandent alors si je pourrais faire également des photos pour leur entreprise. Le secteur n’a alors parfois aucun rapport avec les animaux, mais l’animal devient la vedette accessoire. J’ai le souvenir par exemple d’un tel client qui travaillait dans le domaine de l'ameublement de bureau et des chaises ergonomiques, et avait décidé d’emmener son chat au bureau. Ce dernier a donc figuré sur certaines photos avec les employés.

 

En tout cas, même après plus de 20 ans d’exercice, j’ai encore des créneaux supplémentaires à développer. Par exemple, je me suis lancé dans un service de casting, car j’ai beaucoup de demandes de mes clients professionnels qui recherchent des chats ou des chiens pour tourner dans des publicités. Le concept est de proposer une plateforme sur laquelle tous les propriétaires d’animaux peuvent s’inscrire pour intégrer la banque de candidats potentiels. J’agis alors comme directrice de casting auprès d’agences et de maisons de production. Cette activité est très récente, mais ça faisait des années que j’y pensais sans en avoir le temps.

 

Le camping-car studio de Brigitte Faucher
Le camping-car studio de Brigitte Faucher

D’ailleurs, j’avais acheté en 2007 un camping-car et entrepris de 2010 à 2013 une tournée aux quatre coins du Québec, que j'avais appelée la chasse au casting. À l’époque, tout le monde était surpris et me demandait en quoi consistaient ces castings.

 

J’étais invitée à des événements publics et organisais des photoshoots sur le vif, pour évaluer rapidement les capacités des animaux que leurs maîtres présentaient. Mon véhicule servait à la fois de bureau, de studio de tirage et d’hébergement.

 

Ce fut une superbe expérience, mais une bonne partie de mon temps et de mon énergie fut accaparée par des propriétaires qui étaient conscients que leur animal n'avait pas nécessairement les aptitudes pour devenir une vedette, mais souhaitaient simplement avoir une belle photo de lui. C’est pour cette raison que je souhaitais mettre en place une structure différente pour concentrer les talents.


En tout cas, même si elles devront être réalisées de façon différente, il est clair que les tournées recommenceront : j’ai des demandes toutes les semaines… Or la pandémie de la Covid-19 a eu le mérite de me libérer du temps pour me pencher sur ce projet et en établir la structure.

 

Cela montre d’ailleurs qu’il ne faut pas avoir peur d’oser et d’essayer des choses nouvelles. S’adapter, innover, essayer encore et ne jamais lâcher sont à mes yeux très importants pour faire prospérer son affaire.

Quel intérêt y a-t-il à faire appel à un photographe professionnel, à l’heure où la photo de qualité n’a jamais été aussi accessible ?

Un chaton Siamois joue sur un canapé

Ce que je remarque, c’est que les gens qui font appel à un photographe animalier achètent une expérience, une signature.

 

De fait, la qualité du travail effectué par le professionnel, sa réputation, l’émotion qui se dégage de ses clichés jouent un rôle ; c’est un peu comme si le client venait commander sa propre oeuvre d’art !

Vous demande-t-on généralement de photographier le chat seul, ou bien également des personnes avec lui ? Cela change-t-il quelque chose ?

Un chat seal point touche la main de sa maîtresse avec sa patte

Le plus souvent, on me demande de photographier ensemble l’animal et son ou ses humain(s). Cela dit, c’est potentiellement lié au fait que j’en ai fait justement une spécialité…

 

En tout cas, effectivement, ça change tout, en particulier parce que l’éclairage sur un humain doit être différent de celui sur un animal. Combiner les deux sujets complexifie évidemment la tâche, d’autant qu’il faut veiller également à ce que l’esthétisme des positions adoptées soit harmonieuse, à la composition de l’image, à l’énergie dégagée, etc. C’est clairement plus difficile de réaliser des clichés mêlant un humain et un animal que de prendre seulement ce dernier en photo.

Comment et où se passe une séance ?

Photo en studio d'une famille et ses deux Golden Retrievers

Si on regarde depuis mes débuts, j’ai fait à peu près autant de séances au studio qu’en dehors. Cette moyenne cache toutefois une évolution : alors qu’au début il était assez rare que les gens demandent spontanément des photos dehors, c’est devenu majoritaire dans la seconde moitié des années 2010 – les réseaux sociaux comme Instagram n’y sont sans doute pas étrangers.

 

Je photographie donc le plus souvent en dehors du studio. Dans la moitié des cas, c’est dans des parcs situés près de ce dernier, et dans l’autre moitié directement chez le client ou à proximité de chez lui.

 

En tout cas, la décision se fait au cas par cas, et une discussion est nécessaire en amont du shooting afin d’être au clair sur certains points. En effet, il faut bien sûr prendre en compte les souhaits du client, mais aussi respecter les limites de l’animal. Une fois qu’on a toutes les données, on tâche de mettre toutes les chances de notre côté et de choisir l’endroit idéal.

Combien de temps une séance dure-t-elle ? La durée est-elle standardisée, ou bien peut-il y avoir de grandes différences selon la demande ?

Une femme porte son chat Bleu Russe dans ses bras

Avec les particuliers, le client choisit avant la séance le nombre de clichés qu’il souhaitera obtenir, et le prix est déterminé en fonction. Cela dit, il arrive qu’il en prenne finalement plus que prévu, une fois qu’il a les photos sous les yeux.

 

En tout cas, cela implique que le montant facturé ne dépend pas de la durée de la séance. En effet, je travaille avec du vivant, aux réactions multiples et pas forcément prévisibles – surtout sans avoir jamais rencontré l’animal. Il ne saurait donc être question de se mettre une pression en termes de timing…

 

Ainsi, je n’ai aucun problème avec le fait de prendre du temps, et même beaucoup s’il le faut. En effet, quand je commence à shooter, c’est un peu comme si le temps s’arrête… La magie de la communication non verbale s’installe alors, et on crée ensemble.

 

Au final, il n’arrive quasiment jamais qu’une séance prenne moins d’une heure à une heure et demie. C’est tout particulièrement vrai avec les chats, où très souvent je passe environ trois heures au domicile du propriétaire. Cela dit, on finit à un moment ou l’autre par atteindre une limite, car l’animal commence à ne plus être conciliant ; il devient pratiquement impossible de continuer.

 

Le fait de facturer un montant fixe est donc souvent peu rentable pour moi, surtout avec les chats. Ceci est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles je conserve mes droits sur les images ; cet arrangement permet à chacun de s’y retrouver, car autrement je devrais facturer beaucoup plus cher. Cela dit, pas question pour moi d’aller vendre une photo pour 15 dollars dans une banque d’images, quand le client a payé 200 ou 300 dollars pour le shooting : j’utilise essentiellement les photos en question pour faire la promotion de mon activité ainsi que pour les calendriers que j’édite chaque année.

 

En ce qui concerne les professionnels, il arrive que je facture au temps passé, mais le plus souvent les interlocuteurs ont besoin qu’un budget global soit défini. Par conséquent, je fonctionne le plus souvent au forfait, après avoir bien défini leurs besoins au préalable.

Avez-vous parfois des demandes loufoques ?

Deux chats dans un jardin

J’ai rarement des requêtes loufoques… mais peut-être devrais-je exploiter cette piste !

 

En revanche, depuis quelques années, je reçois un nombre croissant de demandes pour des photobooths lors d’événements publics. Dans ce cas-là, je ne me contente pas de fournir le matériel, mais me charge également de l’animation et de la prise des photos. C’est vraiment amusant, et souvent relié à une bonne cause. Par exemple, les gens sont alors invités à faire un don de 10 ou 20 dollars à l’association pour chaque photo.

Comment faites-vous pour rendre le(s) chat(s) coopératif(s) et parvenir à vos fins ?

Un chat tigré allongé regarde vers le haut

Communication, observation, respect et patience sont mes maîtres mots à chaque séance. Il y a peut-être aussi une dose d’inexplicable, ou le ressenti que permet l’expérience. Je ne sais pas comment l’expliquer…

Certes, j’ai toujours des friandises et des jouets à portée de main, mais la communication qui s’établit directement avec l’animal est ma technique favorite. Ne me demandez pas comment je fais. Le courant passe ou ne passe pas, c’est aussi simple que ça !

 

Cela dit, même dans le cas où il ne passe pas, je parviens quand même à retomber sur mes pattes et proposer des clichés de qualité, quitte d’ailleurs parfois à aboutir à un résultat plus original que ce qui était imaginé à la base.

Est-il utile et efficace de solliciter l’aide des maîtres pour parvenir à vos fins ?

Tête d'un chat gris et blanc

Même si lui-même ne fait pas partie des clichés, j’insiste toujours pour que le maître soit présent, ne serait-ce que pour qu’il voie que je me préoccupe du bien-être de son animal et ne lui force pas la patte. Cela permet aussi d’éviter tout litige si ce dernier se blesse pendant la séance, ce qui peut arriver.

 

En général, je sollicite aussi sa collaboration. Après tout, n’est-il pas le meilleur assistant qui soit ?

 

Toutefois, il peut avoir tôt fait de s’impatienter en voyant son animal se comporter différemment de ce à quoi il est habitué. Souvent, ça peut créer une pression inutile. Je lui demande alors de rester calme et d’intervenir au besoin selon mes directives.

L’âge de l’animal joue-t-il un rôle déterminant ?

Un chaton gris debout

C’est certain qu’un chat âgé, en fin de vie, peut être moins collaboratif - et c’est tout à fait normal. Pour moi, cela ne doit rien changer : je dois quoi qu’il advienne m’adapter à l’animal que j’ai en face de moi, qu’il s’agisse d’un chaton fougueux et joueur ou d’un vieux chat plus très mobile et facilement irritable.

 

Cela dit, certains individus âgés me surprennent positivement, agissant comme s’ils savaient que c’est pour les derniers souvenirs…

En dehors de l’âge, d’autres facteurs jouent-ils un rôle important ?

Quatre chats debouts sur une table

En réalité, la façon dont je suis en mesure de faire mon travail plus ou moins facilement dépend d’abord et avant tout de la personnalité du chat. Indépendamment de son âge, chacun a son petit quelque chose de spécial - tout comme les humains.

 

Sa personnalité est bien sûr influencée par son vécu. Un chat qui a souffert, qui a été maltraité par des humains dans le passé, est évidemment moins susceptible de faire confiance à quelqu’un qu’il ne connaît pas.

 

À tel point d’ailleurs que parfois, on peut se demander comment il va être possible de parvenir à ses fins... Je me souviens d’une personne qui possédait pas moins de 5 chats, que j’ai dû photographier individuellement à son domicile car il était impossible de les transporter. Tous provenaient de refuges, et avaient conservé de lourdes séquelles de leur passé tumultueux. Il y en avait un pour lequel on n’entretenait pas vraiment d’espoir sur le fait qu’il soit possible de le photographier, étant donné qu’il ne sortait jamais lors de la visite d’une personne étrangère – alors si en plus ladite personne avait tout un équipement photo, vous imaginez…

 

À la fin du shooting des 4 autres, nous avons ouvert la porte de la pièce où il était caché. Tranquillement et pas à pas, j’ai avancé couchée au sol comme un ranger, et cliquais à mesure que je rampais. Après un long moment, il a fini par accepter ma présence, est venu se frôler le visage sur le mien en passant, et a continué sa marche. La propriétaire pleurait de joie : cela faisait 3 ans qu’elle l’avait, et c’était la première fois qu’un contact s’établissait avec une personne autre qu’elle-même. Encore aujourd’hui, avoir contribué à ce pas énorme m’émeut au plus haut point.

Quels sont les inconvénients et risques au fait d’intervenir directement au domicile des gens ?

Un chat seal point allongé sur un canapé

Lors d’une séance directement chez le client, l’espace est souvent restreint, ce qui complique les plans - surtout s’il y a plusieurs sujets. Il faut aussi une bonne compétence dans l’analyse de la lumière, afin de combiner harmonieusement celle qui est naturelle et celle qui est artificielle.

 

En revanche, cette solution présente un gros avantage : l’animal n’a pas à changer de milieu, à se retrouver dans un endroit qu’il ne connaît pas – une situation potentiellement anxiogène pour lui, a fortiori lorsqu’il s’agit d’un chat âgé ou vivant en intérieur.

Arrive-t-il souvent que la durée s’avère au final beaucoup plus courte que prévu parce que le chat s’est montré particulièrement coopératif, ou le contraire ?

Une femme pose avec son chien allongé

Je pratique ce métier depuis l’an 2000, mais peux compter sur les doigts d’une seule main les fois où j’ai mis moins de temps que prévu.

 

Pour un particulier, le fait que je mette plus ou moins de temps ne change rien financièrement : le montant est fixé à l’avance, en fonction du nombre de photos fournies parmi toutes celles qui auront été prises C’est ma façon de rendre cet art accessible. Cela dit, il est courant que la personne choisisse d’aller au-delà du budget initialement prévu, parce qu’elle prend finalement plus de photos qu’envisagé à la base.

 

Pour les professionnels, c’est différent, car on est beaucoup moins sur une prestation standardisée. Le prix diffère fortement d’une demande à l’autre en fonction de l’usage prévu et du message à livrer, de l’évaluation du temps qui sera nécessaire, de la nécessité d’un éventuel casting, des licences accordées, etc. La facturation convenue avec le client peut être soit forfaitaire, soit à l’heure. Cela dit, même dans le second cas, je donne un ordre de grandeur du budget total avant de démarrer, et prévois toujours une petite marge pour les imprévus – il est rare qu’il n’y en ait pas…

Certains chats sont-ils davantage aptes à servir comme modèles, par exemple pour des publicités ?

Un chat Siamois avec un noeud papillon autour du cou

Il y a clairement des chats dont le tempérament les prédispose bien plus à être des vedettes que d’autres. Le problème est toutefois qu’il arrive souvent qu'un animal soit très souple et conciliant à son domicile, mais que son comportement change du tout au tout dès lors que la séance se tient hors de son lieu de vie habituel.

 

Ma plateforme de casting entend en tout cas donner des trucs et astuces pour préparer son compagnon à être plus à l’aise et malléable pendant les séances.

Photographier un chat est-il très différent d'un chien ? Certaines choses possibles avec un chien sont-elles impossibles avec un chat ?

Un American Curl tigré

C’est tout à fait différent, en effet. Par exemple, les techniques pour attirer le regard d’un chat ne sont pas les mêmes que pour un chien. Cela dit, plus que l’espèce, c’est la personnalité qui est déterminante. Il y a de chaque côté des sujets faciles à gérer, et d’autres au contraire extrêmement difficiles.

 

D’ailleurs, ces derniers ne sont pas toujours ceux qu’on croit, tant les animaux sont imprévisibles – et cela vaut quelle que soit l’espèce. Par exemple, un chat qui est en temps normal hyper gourmand et qui raffole du poulet peut soudainement décider d’y être indifférent, si bien qu’il est impossible de le faire s’asseoir sur commande grâce à cet appât, alors qu’en temps normal ou chez lui cela fonctionne à tous les coups. C’est du vécu !

 

Dans le cas d’une demande commerciale, il est parfois nécessaire de prévoir un chat « de secours » prêt à remplacer au pied levé un congénère qui se montre vraiment peu coopératif.

 

De fait, en photographie animalière, on ne peut pas tout prévoir, car on travaille avec du vivant. Il faut donc être capable d’identifier ce qui fonctionne avec le sujet qu’on a en face de soi, c’est-à-dire s’adapter et avoir une vision ouverte quant au fait de devoir très souvent improviser. C’est l’une des beautés du métier !

 

Personnellement, cela ne me dérange pas, au contraire : je vois ça comme un jeu, un défi à relever.

Quand il y a une voire plusieurs autres espèces en plus d’un chat, la difficulté est-elle démultipliée ?

Plusieurs chiens et chats posent avec leur maîtresse sur une terrasse

Clairement, c’est loin d’être facile. Même si je ne suis pas du genre à me défiler ou à abandonner facilement un défi, tout dépend de la situation exacte.

 

Par exemple, réussir à prendre des chatons ou des chiots ensemble peut s’avérer éprouvant, tant ils ne tiennent pas en place.

 

Le cas le plus problématique reste cela dit celui d’animaux qui vivent sous le même toit mais se détestent. Il est évident qu’on ne peut alors pas espérer les mettre l’un à côté de l’autre... Je me souviens par exemple d’une cliente qui se mariait et voulait absolument avoir ses deux chiens sur la photo, alors qu’ils ne peuvent même pas supporter de se retrouver dans la même pièce. Dans un tel cas de figure, on ne peut bien sûr pas réaliser la photo en un seul clic.

 

Néanmoins, à partir du moment où c’est la demande du client, il faut trouver une solution – car il existe une solution !

 

En effet, il est possible aujourd’hui de contourner le problème assez facilement, et c’est d’ailleurs assez courant pour les demandes commerciales. Le travail de postproduction permet en effet de réaliser de beaux montages, sous réserves d’avoir respecté certaines méthodes de prise de vue et d’avoir établi un plan précis avant les séances. Cela dit, c’est loin d’être toujours bien fait, comme je le remarque régulièrement sur certaines publicités…

 

En tout cas, compte tenu du travail de montage – et donc du coût supplémentaire - que cela implique, c’est essentiellement l’apanage de professionnels : très rares sont les particuliers qui demandent ce genre de choses.

Quels sont les plus grands challenges que vous rencontrez, les plus gros défis à relever ?

Photo en noir et blanc d'une famille et ses deux Caniches dans un champ

À vrai dire, des défis, j’en rencontre tous les jours à différents niveaux.

 

Toutefois, ce qui est sans doute le plus difficile, c’est quand il faut réussir à faire son travail aussi bien qu’à l’accoutumée malgré une blessure. En effet, je suis une personne engagée : quand je me suis engagé pour une séance, pas question de l’annuler. Je me souviens notamment d’une fois où j’ai eu à faire un shooting trois jours seulement après une chute et une grave blessure au dos… Il était programmé depuis des mois avec une famille qui venait de loin ; c’était impossible de leur faire faux bond. Ces clients avaient fait montre d’une grande confiance en moi et d’une grande patience, compte tenu des circonstances. Ce fut clairement la séance la plus difficile de ma carrière…

Vous arrive-t-il de refuser des demandes ?

Un chien court dans l'eau

Je n’ai pas le souvenir d’avoir jamais refusé une séance. Cela dit, il peut arriver que l’entrevue téléphonique révèle que je ne suis pas la bonne personne pour le besoin du client ; dans ce cas, je tâche de l’aider à trouver une autre solution pour concrétiser son projet, en l’orientant vers un autre acteur. Évidemment, ceci concerne avant tout des demandes émanant de professionnels.

Vous arrive-t-il d’échouer ?

Un chat gris mordille l'oreille d'un Boxer

Oui, même si cela ne fut pas le cas très souvent, j’ai vécu effectivement des échecs. Je me souviens entre autres d’une fois avec un chat et un chien. La cliente voulait absolument une photo des deux ensemble, mais à ma première visite le premier n’acceptait pas du tout ma présence. J’y suis retournée une deuxième fois, et c’était complètement différent.

 

Cet exemple montre qu’on ne peut jamais prévoir. D’ailleurs, ça arrive aussi à des humains de ne pas être de bonne humeur ; pourquoi n’en irait-il pas de même pour nos animaux ?

Avez-vous déjà eu des frayeurs dans l’exercice de votre métier ?

Deux Yorkshire marchent près des jambes de leur maîtresse

Oui, cela arrive, même si là aussi c’est assez rare. Je me souviens en particulier d’une fois où j’ai accueilli dans mon studio deux couples de Malamutes qui ne pouvaient pas se supporter.

 

Un des mâles montrait les dents à mon assistant qui restait proche de lui. Quant à moi, je devais me coucher au sol pour prendre un plan en contre-plongée ; je faisais très attention à ne pas effectuer de gestes brusques et ne restais pas longtemps au sol.

 

Ce shooting fait d’ailleurs partie des rares qui au final se sont avérés beaucoup plus courts que prévu !

Qu’est-ce qui vous plait le plus dans votre métier ?

Gros plan sur la tête d'un Sibérien

Lorsque je commence à shooter, c’est comme si le temps s’arrête… J’aime prendre le temps, observer, et suis alors presque dans un état second. D’ailleurs, quand j’ai un coup de coeur sur une prise de vue, cela s’exprime aussi physiquement : j’ai des frissons et je jubile.

 

Puis, quand j’arrive ensuite au studio pour développer mes images, j’ai très hâte de voir si je ressentirai la même émotion ; et en général, c’est effectivement le cas ! Ce feeling que telle ou telle image sera un hit, ça vaut de l’or !

Et ce qui vous déplaît le plus ?

Un homme pose en studio avec son chien

Il arrive souvent d’avoir la frustration de ne pas arriver à créer ce que l’on souhaitait car l’animal s’est déplacé, son regard ou sa position dans l’espace a changé, la lumière est différente…

 

Bref, il faut être conciliant, être conscient qu’on n’arrive pas toujours à faire ce que l’on veut, et savoir se contenter de ce que l’on peut.

Y a-t-il un moment, un épisode dont vous êtes particulièrement fier depuis que vous faites ce métier ?

Un groupe de chiens pose dans la neige
Une photo tirée du projet "20 ans d'images, 20 ans d'histoires"

En plus de 20 ans, il s’en est passé des choses ! Il y a forcément beaucoup de petites histoires toutes simples dont je ne me souviens plus…

 

Cela dit, un projet dont je suis particulièrement fière, c’est celui créé à l’occasion du 20ème anniversaire d’AnimOphoto. En effet, cela faisait plusieurs années que je rêvais de rendre plus vivant mon calendrier annuel imprimé.

 

En 2020, j’ai donc publié une série de 12 portraits vidéo sur les vedettes qui figurent dans le calendrier de l’année. Leurs propriétaires ont tous accepté de témoigner pour participer au projet, et avec le recul j’ai eu la chance de tourner toutes les entrevues en 2019, avant la pandémie de Covid-19.

 

Intitulé « 20 ans d’images, 20 ans d’histoires », ce projet regroupe donc 12 mini-documentaires parfois touchants, parfois drôles, qui permettent non seulement de découvrir des histoires et des personnalités, mais aussi de s’immerger dans mes diverses expériences en tant que photographe animalière.

Avez-vous une anecdote intéressante ou amusante à nous raconter sur votre métier ?

Une portée de chiots Labrador chocolat

Je me souviens notamment d’un shooting avec une portée de chatons. J’étais couchée au sol sur le ventre, de manière à être à leur niveau, et certains grimpaient sur mon dos puis s’y installaient pour faire un roupillon. Non seulement c’était très mignon, mais en plus cela me donnait une énergie formidable. Ce contact avec les animaux, c’est inestimable.

 

D’autres histoires sympathiques sont racontées dans le projet « 20 ans d’images, 20 ans d’histoires ».

La profession de photographe animalier

Est-ce un métier accessible à tous en termes de formation, d'âge, de caractère… ?

Brigitte Faucher allongée au sol lors d'un shooting

Non, je pense que le métier de photographe animalier n’est pas fait pour tout le monde.

 

En premier lieu, il faut avoir une vraie passion pour la photographie, mais aussi un vif amour pour les sujets. Une grande sensibilité est nécessaire, surtout quand on photographie la relation entre l’humain et l’animal.

 

En outre, une bonne formation est évidemment essentielle pour maîtriser les aspects techniques de la photographie.

 

Néanmoins, cela ne fait pas tout, loin de là : la pratique est au moins aussi importante. C’est à force d’expérience et de shootings qu’on devient meilleur dans son art et qu’on apprend à mieux gérer la relation avec les animaux, notamment pour adapter ses techniques afin de ne pas leur faire peur. Pour ma part, tant mon père que les emplois occupés avant de me lancer m’ont procuré un héritage qui n’a pas de prix. De fait, je vois mal comment on pourrait se lancer comme photographe professionnel sans avoir déjà accumulé par soi-même une certaine expérience…

 

En revanche, il n’y a pas vraiment d’âge pour se lancer ; il n’est donc potentiellement jamais trop tard. Cela dit, il faut quand même être souple et avoir une bonne condition physique, car on se retrouve souvent dans des situations où on doit rester immobile et concentrée pendant plusieurs minutes dans des positions pas toujours confortables.

Il n’y a pas la moindre réglementation ni certification concernant le métier de photographe animalier. Pensez-vous qu’il serait nécessaire de mieux distinguer les « vrais » professionnels ?

Un flyer pour la PPOC
Un flyer pour la PPOC

Effectivement, n’importe qui peut à tout moment se proclamer photographe professionnel. Je pense que le plus important est que la personne agisse envers les animaux avec respect, et en employant des techniques de renforcement positif. Le shooting prendra le temps qu’il faudra, et tant pis si c’est beaucoup plus long que prévu : à mes yeux, c’est une règle d’or. En revanche, j’ai entendu plusieurs fois parler de cas où les animaux étaient forcés - surtout dans le domaine de la publicité, par exemple. Pour moi, c’est inacceptable.

 

Il existe en tout cas des associations de photographes professionnels, à l’image par exemple de la PPOC (Professionnal Photographers of Canada), de la CAPIC (Canadian Association of Professional Image Creators) ou encore par le passé de la CPMQ (Corporation des Maîtres Photographes du Québec).

 

Toutefois, il s’agit essentiellement de regroupements de personnes qui partagent des idées et des techniques, organisent des concours entre eux, etc. Je connais plein de professionnels qui ne font pas partie de ces associations et qui font un excellent travail. Pour ma part, j’en ai été membre dans les premières années, mais n’en fais désormais plus partie. Je considère tout de même que c'est très utile quand on se lance, et les recommande aux personnes qui sont dans ce cas.

 

En tout cas, je ne sais pas vraiment si une réglementation du métier serait nécessaire, mais je me demande en revanche comment elle serait possible. Comment pourrait-on juger par exemple qu’un photographe utilise ou non de bonnes techniques lors de prises de vue ? Si on décrète par exemple qu’il faut avoir suivi telle ou telle formation pour pouvoir se dire photographe professionnel, cela revient à exclure des personnes au parcours atypique qui se sont d’abord et avant tout formées sur le tas, comme c’est mon cas.

 

En tout cas, au-delà de l’aspect purement technique / prises de vue, il y bien sûr les aspects éthiques. Je ne saurais que trop recommander à tous les particuliers et clients professionnels de questionner le photographe auquel ils envisagent de faire appel sur ses valeurs et ses méthodes de travail, afin de s’assurer qu’il fasse bien passer le bien-être des animaux avant tout le reste.

Est-il utile d'être régulièrement en contact avec ses homologues ?

Gros plan sur la tête d'un chat roux

J’ai des amis photographes dans d’autres disciplines que la photographie animale, mais suis de façon générale assez solitaire. Puisque ce sont avant tout mes sujets qui m’inspirent, je ne ressens pas vraiment le besoin d’aller à la rencontre de mes homologues pour partager des idées. Je dirais même plus : je ne veux pas que ma créativité soit influencée en allant voir ce que les autres font, et je ne voudrais surtout pas faire comme eux.

 

Cela dit, certains ne se privent manifestement pas d’aller chercher de l’inspiration ailleurs, au point que ça vire parfois au plagiat. Je me suis tellement fait copier tout au long de ces années… Et on ne parle pas seulement d’angles, de points de vue ou d’effets de lumière, mais aussi des formules proposées, des prix, des termes employés, des décors... Il est arrivé plusieurs fois que des clients eux-mêmes m’en informent. Je trouve ça un peu triste, car normalement tout photographe a son identité par rapport à son style, sa personnalité, ses compétences, sa technique : c’est précisément ce qui définit un artiste !

 

Par exemple, quand je me suis lancé au tournant des années 2000, j’ai découvert le travail de la photographe animalière néo-zélandaise Rachel Hale. Elle faisait des portraits de chats et de chiens sur des drapés de couleur neutre, avec un style bien à elle. Je trouvais ça magnifique, mais pour autant n’aurais pas envisagé de chercher à faire comme elle. Pour ma part, ce qui a défini mon style au fil du temps, c’est l’attention à la symbiose entre l’humain et l’animal, ainsi qu’à l’énergie qu’un cliché peut dégager.

Quels sont selon vous les critères pour juger de la qualité d’un photographe animalier ?

Une femme pose son menton sur la tête de son chien

Il y a assurément des différences de qualité entre photographes, mais tout le monde ne les perçoit pas forcément. Dans mon cas, je crois que les gens viennent me voir pour mon approche, la précision de mes images, la puissance des regards, l’authenticité des sujets ainsi que la lumière. Beaucoup de clients parlent de cette dernière dans mes clichés. De fait, cette matière première avec laquelle tout photographe travaille est la raison d’être de la photographie : pas de lumière, pas d’image. Savoir faire le meilleur usage de la lumière est un des atouts qu’une longue expérience procure.

 

Cela dit, il ne faut pas perdre de vue qu’il y a aussi une part de subjectivité, puisque tout le monde ne perçoit pas l’art de la même façon. Je vois parfois des gens s’extasier sur des photos sous-exposées, mal cadrées, techniquement médiocres, mais où la dynamique des sujets est très réussie. Pour ma part, j’estime qu’aussi mignon que cela puisse être, ce n’est pas un travail digne d’un professionnel. Ce qui normalement différencie un professionnel, c’est que c’est un expert, qu’il maîtrise tous les aspects : technique, énergie dégagée, qualité de l’image...

 

En tout cas, il ne faut pas à mon sens se cantonner aux aspects esthétiques, mais aussi s’interroger sur les méthodes de travail et les valeurs éthiques du photographe auquel on envisage de faire appel.

 

En revanche, son apparence n’a à mon sens aucune importance. Tant qu’il maîtrise son art et respecte les animaux, il est parfaitement légitime.

Un bon photographe de chats est-il forcément un bon photographe de chiens, et réciproquement ?

Un chat roux avec un collier de perle, à moitié caché derrière un mur

Pas forcément. Un photographe portraitiste peut être excellent par exemple seulement avec les femmes ou les hommes, et en revanche être nettement moins à l’aise – voire perdre tous ses moyens – avec les enfants. Pour la photographie animale, c’est pareil : un professionnel peut par exemple réaliser de magnifiques clichés de chats, mais parvenir à des choses nettement moins convaincantes avec les chiens – ou bien quand il s’agit de faire figurer des humains sur la photo, en plus du petit félin.

Quel regard portez-vous sur les autres membres de votre profession ?

Un chat seal point sur le rebord d'une fenêtre

Je me dis que chacun a sa couleur et son approche. De fait, il y a du travail pour tout le monde, et les clients sont libres de choisir les artistes avec qui ils se sentent le plus en affinité. Pour ma part, j’ai ma propre signature et en suis fière : bienvenue à ceux qui aiment ce que je fais !

 

Le conseil que je pourrais donner aux futurs photographes, c’est de veiller à avoir un modèle d’affaires qui permette de gagner sa vie, de s’équiper correctement et ainsi d’être en mesure de vivre de son art aussi longtemps que souhaité.

 

Cela implique de ne pas sacrifier les investissements dans le matériel (tant en premier équipement qu’en renouvellement), qui sont une des clefs du succès, mais aussi de ne pas brader ses services. Il ne faut pas oublier d’ailleurs que les gens n’achètent pas simplement des photos, mais aussi toute une expérience. Je vois trop de personnes se lancer et jeter l’éponge quelques années plus tard, au moins en partie parce qu’elles ont trop tiré leur prix vers le bas et donc n’ont jamais pu trouver un certain équilibre.

Diriez-vous que c'est un métier difficile ?

Un chat roux pose en hauteur

En tout cas, je ne peux pas dire que c’est un métier facile. En effet, il faut souvent investir beaucoup de temps par rapport à ce que ça rapporte, et c’est en partie du temps que les clients ne voient pas : développement, postproduction... Il est en outre nécessaire de déployer beaucoup d’énergie pendant les shootings. C’est probablement d’autant plus vrai dans mon cas parce que je suis très impliquée émotivement, et que ce que je ressens dans l’énergie de chacun est parfois très fort. Peut-être est-ce ce qui explique que des gens disent que j’arrive à photographier l’âme des animaux !

 

En tout cas, ce métier ne se cantonne clairement pas à effectuer de simples clics sur un bouton. Mais pour ma part, même si je le trouve très éprouvant physiquement, j’espère de tout cœur le faire toute ma vie.

Faut-il obligatoirement aimer les chats pour être un bon photographe de chats ?

À mon sens, c’est effectivement essentiel - du moins pour le style de photos que je fais.

Quelles sont selon vous les qualités indispensables à avoir dans ce métier ?

Un chat noir et blanc assis sur un carrelage noir et blanc

En plus des compétences techniques, de l’amour de la photographie et des animaux ainsi que d’une condition physique suffisante, il est nécessaire de savoir faire preuve de patience, de tolérance, de créativité et de professionnalisme.

 

En outre, pour pouvoir en vivre, avoir une vision à long terme, bien gérer ses finances et savoir se vendre est indispensable.

Le métier a-t-il évolué au cours des dernières décennies ?

Un chiot Rottweiler entre dans un lac
Une photo avant traitement...

Sur le plan technique, le métier de photographe animalier a effectivement énormément changé au cours des dernières décennies, en particulier avec le passage au numérique pour le traitement des images.

 

Il m’arrive d’ailleurs parfois de ressortir des photos prises au début des 2000, de les traiter avec les techniques d’aujourd’hui et de les transformer ainsi en petits bijoux.

Pensez-vous qu’il va évoluer à l’avenir ? Si oui, comment ?

Un chiot Rottweiler entre dans de l'eau
... et après traitement

Oui, je pense que les aspects techniques vont continuer à évoluer. Vers la fin des années 2000, je rêvais qu’il y ait des caméras suffisamment performantes pour pouvoir extraire de vidéos des images d’une qualité égale à celle d’une photo brute, c’est-à-dire que l’on pourrait traiter comme un fichier RAW créé par un appareil photo. Avec le 4K et le 8K, on s’en rapproche, même s’il y a encore du chemin à parcourir pour satisfaire les exigences d’une photographe comme moi. Mais j’espère vraiment vivre ça un jour !

Financièrement, à quoi peut-on s’attendre dans ce métier ?

Un chat gris et blanc assis devant une porte en bois

C’est difficile de donner un chiffre, car cela dépend directement du niveau d’implication, qui relève du choix de chacun. On case forcément davantage de shootings dans l’agenda – et donc on génère davantage de chiffre d’affaires - si on décide de travailler 60 heures par semaine que si on se limite à 40…

 

En tout état de cause, les montants perçus sont une chose, et les dépenses en sont une autre. Or, force est de constater que c’est une activité dans laquelle les coûts variables sont quasiment inexistants : le gros des dépenses correspond à des coûts fixes.

 

Au final, c’est un peu à chacun(e) de choisir où placer le curseur entre d’un côté assurer sa situation financière (et notamment sa retraite !), et de l’autre profiter du présent.

Que conseilleriez-vous à une personne qui envisagerait d’exercer votre métier ?

Un chat Sibérien regarde en l'air

Je lui dirais de grandir tranquillement, d’affiner sans cesse ses techniques, d’investir (au début mais aussi par la suite) dans les équipements et dans la formation. Il ne faut pas négliger de se former en continu, tant cela s’avère bénéfique pour alimenter l’esprit et développer ses compétences : étudier de nouvelles techniques, essayer de nouveaux logiciels, etc.

 

En tout cas, c’est un peu comme quand on veut gravir le sommet d’une montagne : on ne part jouer les alpinistes de haut vol du jour au lendemain. On s’entraîne, on s’habitue à parcourir des distances de plus en plus longues en moins de temps, on apprend à franchir des difficultés, on investit dans des équipements de qualité… Bref, on avance pas à pas, et un jour vient où on atteint effectivement le sommet, avec à la clef un sentiment de satisfaction incroyable. Pour ma part, j’apprécie la montée à mon rythme et éprouve un grand plaisir à imaginer le sommet…

Dernière modification : 11/12/2021.