Le chat au service des malades : la zoothérapie

La zoothérapie – ou médiation par l'animal – est une pratique relativement récente en France.


On imagine souvent qu'il s'agit de distraire un patient en le mettant en contact avec un animal. En réalité, la zoothérapie a une vraie portée thérapeutique, éducative et psychologique.


Dans ce cadre, le choix de l'animal médiateur est évidemment crucial. Or, il faut bien avouer que certains chats se révèlent particulièrement doués…

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Une brève histoire de la zoothérapie

Hommes et animaux se côtoient depuis la nuit des temps, et l'effet réconfortant et bénéfique des animaux sur les humains a été observé très tôt. Mais ce n'est qu'au 19e siècle, pendant la guerre de Crimée, qu'une infirmière pose les bases de la zoothérapie. Florence Nightingale élève alors une tortue à l'hôpital, et elle observe que la présence de l’animal contribue à apaiser l'anxiété de ses patients.

 

Dans les années 50, le psychiatre américain Boris Levinson constate que son chien Jingles est capable de stimuler un jeune patient autiste : la Pet Facilitated Psychotherapy (Psychothérapie facilitée par l'animal) vient de naître. Dans son sillage, plusieurs thérapeutes s'intéressent aux bienfaits procurés par les interactions entre animaux et êtres humains. Dans les années 60, les psychiatres américains Samuel et Elisabeth Corson sont parmi les premiers à utiliser régulièrement des animaux de compagnie comme moyen de thérapie avec des patients atteints de troubles mentaux.

 

En France, le vétérinaire Ange Condorcet entreprend d'étudier l'impact de la présence animale auprès d‘enfants souffrant de problèmes de langage en 1976. Dès 1978, il définit une méthode visant à mettre en contact des animaux avec les enfants en difficulté : l'Intervention Animale Modulée Précoce (IAMP). Précurseur de la zoothérapie dans l'Hexagone, Ange Condorcet est aussi le fondateur de l'Association Française d'Information et de Recherche sur l'Animal de Compagnie (AFIRAC).


Si le ministère de la santé américain reconnaît les effets de la thérapie par les animaux dès les années 1980, la France est plus frileuse. Ainsi, il faut attendre 2012 pour que le diplôme de Comportementaliste-Médiateur pour animaux de compagnie soit reconnu par l’Etat.

 

Il n’en reste pas moins que la zoothérapie est désormais une pratique reconnue et encadrée, faisant appel à des professionnels de la santé. Parmi les animaux médiateurs les plus sollicités, on trouve les chiens, les chevaux et… les chats !

Les effets thérapeutiques du chat

Le chat sait prodiguer un soin qui n'appartient qu'à lui : la ronronthérapie. Même si le phénomène reste assez mystérieux, on sait qu'un chat qui ronronne émet des fréquences de 25 à 50 hertz. Ces basses fréquences se révèlent très efficaces pour apaiser les patients sujets au stress, à l'insomnie ou aux crises d'angoisse. On note aussi des effets bénéfiques pour les patients en cours de traitement ou en convalescence, par exemple après une opération.

 

Le ronronnement du chat est loin d'être son seul atout. Il a en effet été démontré que le fait de caresser un chat peut faire baisser la tension artérielle. Ce geste simple diminue considérablement le risque de décès chez les patients atteints de pathologies cardiaques.

 

On observe enfin que le chat a la capacité de booster les patients qui sont en difficulté physique ou émotionnelle. Par exemple, un geste aussi simple que nourrir un chat peut sembler anodin. Pourtant, cela permet d'entretenir et de développer les capacités psychomotrices des personnes en situation de handicap, ainsi que de stimuler les personnes sujettes à la dépression.

La zoothérapie par le chat : mode d'emploi

Dans le cas d'un patient hospitalisé, les séances de zoothérapie sont proposées une à trois fois par semaine. Il s'agit de séances individuelles ou en groupe réduit, de 2 à 3 personnes. Elles sont animées par un membre du personnel soignant, formé à la zoothérapie.

 

Ce dernier doit être particulièrement attentif à chacune des réactions du chat. En effet, le chat étant par exemple moins maîtrisable qu’un chien, même un animal rigoureusement sélectionné et entraîné peut avoir un mouvement d'humeur, en particulier lorsqu’il est manipulé par des inconnus. Pour le bien-être du chat comme pour la sécurité du patient, le thérapeute doit donc s'assurer que l'animal est en confiance et disposé à être caressé.

 

Dans tous les cas, chaque séance de zoothérapie est unique, car elle repose sur l'interaction entre le chat et le patient : deux individus dotés d'un tempérament qui leur est propre. Tout commence par la prise de contact entre l’humain et l'animal. Suivront des jeux avec le chat, des caresses ou quelques soins prodigués au chat, en fonction du tempérament et des capacités du patient.

La sélection et la formation du chat médiateur

La zoothérapie est un exercice très particulier pour un chat : tous ne sont pas capables d'assumer le rôle de médiateur. On remarque que certaines races de chats sont plus prédisposées que d'autres : c’est le cas notamment du British Shortair et du Bengal. Mais, au-delà de la race, le chat médiateur doit avant tout présenter quelques traits de caractère spécifiques :

  • Une grande capacité d'adaptation ;
  • Un tempérament calme en toutes circonstances ;
  • Une forte sociabilité.

 

Le parcours d'un chat médiateur commence dès sa naissance. Un éleveur félin expérimenté est capable d'identifier rapidement les chatons dotés d'une bonne capacité d'adaptation.

 

Mais le rôle de l’éleveur de chat ne se limite pas à repérer les individus ayant du potentiel : il consiste également à leur permettre de concrétiser ce dernier. De fait, le travail de formation des chatons sélectionnés par l’éleveur commence au dixième jour, qui marque le début de leur période d'imprégnation. Pendant les semaines suivantes, l'animal est donc mis au contact de nombreuses personnes de profils aussi variés que possible (âge, genre, couleur de peau, corpulence…). Il s'agit de l'aider à se sentir à son aise avec les humains dès le premier contact, et de l'aider à prendre confiance en lui. Cette période donne lieu à une sélection, car certains chatons se révèlent trop indépendants ou trop nerveux pour la médiation.

 

A partir de la dixième semaine, un comportementaliste félin prend le relais. Il procède à différent tests afin d'effectuer de s'assurer que le chat est bel et bien en mesure de devenir médiateur. Ce dernier est ensuite confié à un thérapeute.

 

Par la suite, il est courant que le comportementaliste assiste aux premières séances de zoothérapie, afin d'observer les réactions du chat et d'aider le thérapeute à les interpréter. En effet, la zoothérapie est un réel exercice d'équilibriste, qui consiste à aider les patients tout en préservant le bien-être du chat.

 

Il est primordial en effet que ce dernier soit respecté. De fait, c’est uniquement si le chat se sent bien dans le rôle qu’on lui demande de jouer que la zoothérapie pourra porter ses fruits. D’où l’importance de la présence d’un comportementaliste félin pour analyser et décrypter ce qui se passe dans la tête de l’animal lors de ces séances. Chaque signe, mimique, micro-mouvement de la queue, de la tête, des yeux, de la langue ou encore des vibrisses est potentiellement porteur d’un message. Ces signaux, s’ils sont difficilement perceptibles pour un zoothérapeute, n’échappent pas en revanche au comportementaliste, et peuvent lui permettre de remarquer toute lassitude ou inquiétude du chat.

 

Autant dire que la zoothérapie est un véritable travail d’équipe mêlant un chat, un(e) spécialiste de la santé humaine et un(e) spécialiste du comportement et de la psychologie du chat, ayant chacun(e) un rôle bien défini et indispensable.

Comment bénéficier de séances de zoothérapie ?

En France, le recours à la zoothérapie reste anecdotique. Certains hôpitaux lancent toutefois des programmes expérimentaux, notamment dans les services d'oncologie pédiatrique ou de gériatrie. En outre, plusieurs structures associatives se sont développées pour promouvoir la pratique de la zoothérapie. Si vous souhaitez faire bénéficier l'un de vos proches de séances de zoothérapie, ces associations peuvent vous proposer des interventions à domicile, ou au moins vous fournir les coordonnées d'un thérapeute.

 

Attention toutefois à ne pas perdre de vue que la zoothérapie est une prestation complémentaire : elle ne remplace en aucun cas les soins et traitements médicaux. Au demeurant, pour qu'elle porte pleinement ses fruits, il est conseillé de la mettre en place en accord avec l'équipe soignante.

Le mot de la fin

Le recours à la zoothérapie tend à se développer rapidement à travers le monde. Si la France accuse un certain retard sur les pays anglo-saxons, de plus en plus de professionnels de la santé sont convaincus des bienfaits de la médiation par l'animal.

 

Les études et les programmes expérimentaux tendent à prouver que les chats sont des médiateurs particulièrement doués. Si seuls certains d'entre eux sont capables de travailler auprès des patients au quotidien, ils sont en revanche tous capables de faire profiter leur maître des bienfaits reconnus de la ronronthérapie.

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