Peur des chats : la phobie des chats, ou ailurophobie

Peur des chats : la phobie des chats, ou ailurophobie

L'ailurophobie, vous ne connaissez pas ?
Il s'agit de la peur phobique des chats. Comment expliquer une telle crainte ?

Les causes de la phobie des chats

D’où peut bien venir cette peur absurde, viscérale, considérée comme ridicule par les phobiques eux-mêmes ? Voici cinq explications courantes.

Une séquelle traumatique

Une séquelle traumatique

Première hypothèse logique, l’événement "traumatisant" : une griffure grave quand on était enfant, voire un chat qui vous saute à la figure, vous empêche de respirer et ne desserre pas ses crocs pendant 10 longues minutes… Oui, c’est possible.

Ce type de traumatisme physique et émotionnel (peur extrême et justifiée sur le moment) peut effectivement créer une phobie durable, proche de l’état de stress post-traumatique.

 

Mais, dans la réalité, c’est très rare avec les chats… Moins de 10% des ailurophobes se souviennent d’une agression réellement vécue. Certes, on peut faire l’hypothèse d’un événement "oublié" car très ancien, ou éventuellement d’une agression par un autre animal qu’un chat, mais on rentre là dans des spéculations très hasardeuses.

La peur par imitation

C’est une constante pour toutes les émotions, et en particulier pour la peur : la contagion. On peut apprendre à avoir peur au contact d’un proche lui-même phobique, surtout quand il s’agit d’un parent. On considère qu’environ 30% du risque de souffrir d’une phobie vient de cet apprentissage par l’exemple : le père ou la mère qui refuse les chats à la maison, qui prévient son enfant de ne jamais s’approcher de l’animal, ou qui raconte ses cauchemars félins à ses petits avant de s’endormir…

Là aussi, c’est possible mais, dans les faits, on retrouve assez peu, rétrospectivement, d’histoires de ce type chez les phobies des chats

Les influences culturelles

Les influences culturelles

Au-delà de l’environnement familial immédiat, la culture et la société véhiculent des peurs de tous types (les loups garous, l’enfer, l’étranger, etc.).

On sait par exemple que la phobie des araignées, l’arachnophobie, très courante dans nos contrées, est beaucoup plus rare dans certains pays asiatiques dans lesquels ces arthropodes sont considérés très différemment, presque comme des animaux de compagnie.

Le niveau de familiarité et l’image véhiculée par la culture peuvent donc contribuer au coefficient de "phobitude" d’un objet ou d’un animal. Mais ici, ce critère s’applique très mal aux chats, tellement présents dans les foyers français et symboles de proximité affective avec les humains (enfants, personnes âgées, personnes seules, etc.).

L’inconscient et la libido

L’inconscient et la libido

Pour la majorité des psychanalystes convaincus, cette discussion n’a même pas lieu d’être : les phobies sont toujours la résultante d’un "déplacement", maquillage d’une angoisse ou d’un conflit profonds et inconscients, créant un symptôme pour en soulager d’autres.

Et ceci avec deux composantes essentielles : la valeur symbolique du symptôme (sens caché, par analogie ou résonance personnelle particulière), et la signification sexuelle sous-jacente, au sens large du terme, comme dans toutes les névroses. Pas besoin de dessin, la phobie des chats est facile à faire rentrer dans la théorie freudienne, il suffit de mettre le terme au féminin… Il serait facile de dénigrer rapidement cette explication triviale, et c’est vrai qu’elle tient peu la route chez la plupart des phobiques, qui ne sont pas plus (ni moins) "névrosés " que la moyenne de la population. Elle est de toute façon invérifiable le plus souvent, comme la plupart des théorèmes  psychanalytiques.

Pour autant, ne jetons pas le chaton avec l’eau du bain et ne négligeons pas le rôle parfois surprenant et puissant de l’inconscient, ou au moins de l’imaginaire, et de toutes ses vicissitudes dans notre vie émotionnelle et intime. Comme souvent, c’est du cas par cas, et le modèle du déplacement phobique s’applique bien à certaines personnes.

Les gènes et l’évolution

Les gènes et l’évolution

Le consensus scientifique actuel privilégie en fait une explication Darwinienne et donc biologique des phobies. D’abord, car toutes les émotions ont été "sélectionnées" par l’évolution : ont survécu ceux de nos ancêtres qui éprouvaient le mieux les choses, positives comme négatives, pour les gérer de manière efficace pour eux et aussi pour sauvegarder la cohésion de l’espèce.

La peur répond parfaitement à ce modèle : n’avoir aucune peur expose à de grands périls. La peur est "codée" dans notre cerveau, on en connait à la fois les centres (l’amygdale, tout le système limbique) et la biologie (la sérotonine, l’adrénaline, etc.), et nous en avons tous hérité.

 

Sans certitude absolue, on peut aussi supposer que les peurs extrêmes que constituent les phobies participent aussi à une "psychodiversité" essentielle à la survie de la race humaine : en milieu hostile, comme ceux que devaient affronter nos ancêtres chasseurs-cueilleurs dont nous avons à la fois le cerveau et le patrimoine génétique, il faut à la fois des individus très audacieux qui découvrent de nouveaux territoires et se battent et d’autres, très prudents voire inhibés, qui ne font que suivre derrière.

Quand les aventuriers de l’avant se font décimer par des prédateurs ou une autre catastrophe imprévue, les phobiques de l’arrière survivent et assurent une descendance à la tribu...

 

Oui, mais quel rapport avec nos adorables chatons, qui n’ont jamais dû décimer des hordes de Cro-Magnons ? Autant la phobie du sang (signal de blessure et donc de danger mortel), de la hauteur (risque évident de chute) ou des lieux clos (asphyxie potentielle) peuvent avoir été "transmises" par l’évolution en sélectionnant les individus qui s’en sont protégés, autant ce modèle s’applique mal a priorià l’ailurophobie.

Sauf qu’il n’existe probablement pas un gène par type de phobie (notre ADN n’y suffirait pas, avec tout ce qu’il doit coder par ailleurs), et que la transmission porte probablement sur des signaux assez grossiers, transformés par le temps et le traitement de l’information cérébrale, dont nous ne connaissons pas encore tout (cf point 4 précédent notamment).


Il est ainsi tout à fait possible que la phobie des chats soit un produit dérivé de la peur ancestrale des félins, dont certains peuvent constituer un réel danger vital pour l’espèce. Les signaux codés dans notre kit de survie génétique portent ainsi peut-être sur la forme de la tête du chat, ses oreilles, ses moustaches, son pelage, qui suffisent à déclencher le programme "Animal à éviter à tout prix" dont certains d’entre nous sont équipés en série. Ceci correspond bien à l’observation courante des ailurophobes, qui affirment le plus souvent avoir toujours été apeurés devant les chats, aussi loin qu’ils s’en souviennent, sans aucun facteur déclenchant ni explicatif.

Les symptômes de la phobie des chats

Les symptômes de la phobie des chats

Une phobie, c’est une peur intense, incontrôlable, systématique, et gênante. On dit aussi irrationnelle, car les phobiques redoutent des choses ou des situations qui ne sont, dans la réalité, pas du tout dangereuses, ou très peu.

Les symptômes sont classiques : vous sursautez face à l’objet si vous le rencontrez par surprise, la peur monte très vite, vous passez en "mode panique". Chez certains, les symptômes sont très physiques (palpitations, hyperventilation, vertige, tremblements de tous les membres, etc.), pour d’autres ils sont surtout émotionnels (crise d’angoisse) et mentaux ("je vais mourir !").


Vous n’avez qu’une idée : fuir.

Et les symptômes sont les mêmes, en moins aigus, quand vous savez que vous allez devoir affronter l’objet de votre peur, maintenant ou même demain ou dans une semaine. C’est de là que peut venir la gêne et parfois un véritable handicap : le phobique anticipe, cogite, perd le sommeil, et souvent… contourne et fuit.

La phobie des chats, juste après celle des araignées

On considère qu’environ 10% des individus sont ou ont été phobiques d’au moins une situation : un animal, la vue du sang, le vide, l’avion, les ascenseurs, les clowns, etc.

 

Les conséquences de la phobie des chats

Les conséquences de la phobie des chats

Les conséquences sont en général minimes, on fait avec. Sauf quand la vie vous oblige à des confrontations insupportables. J’ai vu par exemple des chauffeurs de profession en difficulté car devenus soudainement phobiques de la conduite automobile, ou des acrophobes (phobie des hauteurs) démissionner quand leur société a déménagé au 22e étage d’une tour d’affaire.

Malgré l’amour béat de 90% de la population pour les chatons, notamment sur le web, il existe bel et bien de grands phobiques des chats (ailourophobie ).

 

On ne dispose pas de statistiques officielles, mais les phobies des animaux sont estimées à 5% de la population, les chats venant en général un peu après les araignées, les souris et les chiens. On peut donc dire environ 1-2%, ce qui fait déjà pas mal de monde. Deux fois plus de phobies chez les femmes, mais les hommes sont également concernés…

L'ailurophobie, une phobie difficile à soigner

L'ailurophobie, une phobie difficile à soigner

Ces hypothèses, et leur combinaison possible, permettent de comprendre l’existence de la phobie des chats, en grand nombre, dans la population.Pour autant, les explications doivent toujours être analysées de manière individuelle, replacées dans la perspective de l’histoire de chacun. C’est ce que font les thérapeutes quand ils sont consultés, avant de proposer le traitement adéquat quand cela est nécessaire.

 

Le plus souvent, les thérapies comportementales et cognitives, qui visent à annuler progressivement la peur par des confrontations successives et accompagnées, sont les plus efficaces.

Car, en dehors de la cause initiale, toutes les phobies se maintiennent voire s’étendent par un mécanisme simple d’auto-renforcement par l’évitement : plus vous avez peur plus vous évitez, et plus vous évitez plus vous avez peur. Il faut donc "casser" cette spirale en se confrontant à la réalité : l’absence de danger.

Mais il faut reconnaître que l’ailurophobie n’est pas la phobie la plus facile à soigner, de l’avis de la plupart des thérapeutes expérimentés.

 

D’abord les chats ne se laissent pas manipuler aussi facilement que ça, pour les exercices à réaliser et à répéter souvent longtemps. Et, d’autre part, la composante "ancestrale" et "viscérale" de cette phobie peut expliquer qu’elle soit plus difficile à modifier que des peurs plus récentes et moins profondes dans l’espèce et dans l’histoire de chacun.

 

Mais, rassurons-nous, il est quand même toujours possible d’en sortir…

Dernière modification : 03/11/2021.

Auteur

Antoine Pelissolo

Professeur de psychiatrie


Article édité par Rozenn Le Carboulec
Journaliste au Plus


 

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