Le jaguar : histoire, morphologie, alimentation, mode de vie...

Le jaguar : histoire, morphologie, alimentation, mode de vie...

Le jaguar est le plus grand félin du continent américain et le troisième plus grand félin au monde. Il ressemble beaucoup au léopard, avec lequel il est souvent confondu, même si les deux espèces ne partagent pas le même territoire.


Compte-tenu de sa force légendaire, il inspire depuis longtemps respect et crainte aux populations locales. Pourtant, il est loin d'être le redoutable mangeur d'hommes que l'on s'imagine... Il préfère s'en prendre aux crocodiles !

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Histoire et classification du jaguar

Histoire et classification du jaguar

Le jaguar est un félin imposant qui appartient à la sous-famille des panthérinés (aussi appelés les "grands félins"), au même titre que le lion, le tigre, la panthère des neiges et le léopard, auquel il ressemble d'ailleurs beaucoup. Il est le moins connu des cinq et est également le seul de cette sous-famille à vivre sur le continent américain. Son nom scientifique est Panthera Onca.

 

Les scientifiques estiment qu'il serait apparu entre 280.000 et 510.000 ans avant notre ère. Son ancêtre direct n'est pas connu (pas plus que celui des autres grands félins d'ailleurs), mais des espèces plus anciennes et plus massives comme Panthera Atrox ou Panthera Gombaszoegensis présentent toutes deux des similitudes avec le jaguar actuel. Dans l'attente de nouvelles découvertes ou d'analyses génétiques plus poussées, le mystère reste entier sur le lien qui unit ces trois espèces...

 

Compte-tenu de sa présence historique sur le continent américain, le jaguar était très présent dans la mythologie des Aztèques, des Mayas et de nombreuses autres populations amérindiennes. Il y était un symbole de puissance et de pouvoir. Le mot Onca qui lui a valu son appellation scientifique correspond au nom qui lui a été donné par les colons portugais à leur arrivée au Brésil, et qui est d'ailleurs toujours utilisé par les Brésiliens actuellement. Les pays hispaniques d'Amérique latine l'appellent plutôt "el tigre", c'est-à-dire littéralement "le tigre".

La morphologie du jaguar

La morphologie du jaguar

Le jaguar est le 3ème plus gros félin du monde actuel, juste après le tigre et le lion. Sa corpulence varie grandement selon les pays dans lesquels il vit : il mesure en général entre 1 et 1,8 mètre de long sans la queue et pèse entre 50 et 100 kg à l'âge adulte, l'individu le plus lourd jamais atteignant les 158 kg. Sa hauteur au garrot varie entre 68 et 76 cm. Le dimorphisme sexuel est bien marqué, les mâles étant en moyenne 20% plus grands que les femelles.

 

Si le jaguar ressemble beaucoup au léopard, il est tout de même plus trapu et a des membres plus courts et plus épais. Sa tête est courte mais plutôt large, et ses canines sont suffisamment robustes pour percer la boîte crânienne d'un grand mammifère ou la carapace d'une tortue. D'ailleurs, d'après une étude intitulée « Bite club: comparative bite force in big biting mammals and the prediction of predatory behaviour in fossil taxa » et publiée en 2005 dans la revue Biological Science, sa morsure est la plus puissante des félins actuels, à égalité avec celle de la panthère nébuleuse, qui possède des dents d'une longueur impressionnante compte-tenu de sa taille.

 

La fourrure courte et raide du jaguar ressemble beaucoup à celle du léopard. Sa couleur varie de l'or pâle au brun en passant par le rouille chaud, sachant que les individus vivant dans les savanes sont généralement plus clairs que ceux de la forêt. Comme chez son cousin, il existe aussi des individus entièrement noirs qui peuvent naître au sein de portées parfaitement "normales" : ce phénomène encore mal compris est appelé mélanisme et semble plus fréquent chez les félins des forêts tropicales.

 

Le pelage du jaguar est celui dont le motif est le plus complexe parmi les félins. Comme le léopard, il possède des séries d'ocelles sombres sur l'ensemble du corps, mais contrairement à celles de son cousin, ses ocelles sont moins nombreuses, plus espacées, et contiennent souvent une ou deux petites taches noires de forme variable. Sur l'échine, la poitrine et la gorge, les rosettes du jaguar se groupent pour former des rayures, tandis que la tête, les pattes et le ventre portent de grandes taches complètement noires.

L'habitat du jaguar

L'habitat du jaguar

On ne trouve le jaguar que sur le continent américain. Son domaine actuel s'étend du Mexique au nord de l'Argentine, et de la côte aux versants andins du Pérou septentrional. On peut donc le rencontrer dans la plupart des pays d'Amérique Centrale et d'Amérique du Sud : Mexique, Venezuela, Equateur, Argentine, Bélize, Guyane, Guatemala, Costa Rica, Panama, Nicaragua, etc.

 

Jusqu'au 20ème siècle, le jaguar était également présent aux Etats-Unis : on en trouvait dans toute l'aire située entre le parc national du Grand Canyon au nord et la Californie du Sud à l'ouest. Mais désormais, il y est devenu très rare, du fait de l'urbanisation et de l'activité humaine. Depuis 1970, seuls quelques spécimens ont été aperçus en Arizona : ils provenaient probablement du Mexique, où l'espèce est encore répandue.

 

Le jaguar semble avoir une préférence pour les régions où l'eau et les proies abondent. Il vit surtout dans les forêts humides et la savane tropicale, généralement à proximité de rivières, de marais, d'eaux intérieures ou de marécages à mangroves. Mais il peut également survivre dans des endroits plus secs : c'est ainsi qu'on a trouvé des jaguars dans le désert de Sonora, en Arizona et dans des régions de broussailles sèches. Par le passé, il était également répandu dans les vastes forêts ouvertes d'Amazonie et du Mato Grosso, au Brésil. Il évite en revanche les vastes zones inondées de l'Amazonie et les forêts les plus denses qui n'abritent que peu de gibier.

 

En principe, le jaguar ne s'aventure pas à des altitudes au-delà de 1000 mètres, mais sa présence a parfois été détectée jusqu'à des hauteurs de 3000 mètres, dans la cordillère bolivienne, où la température annuelle varie de -40°C l'hiver à + 25°C l'été.

Le mode de vie du jaguar

Le jaguar fait partie des rares félins à aimer l'eau
Le jaguar fait partie des rares félins à aimer l'eau

Le jaguar est, comme la plupart des autres félins, un animal solitaire et territorial.

 

La superficie de son domaine varie considérablement selon les régions et l'abondance des proies : par exemple, au Mexique, il s'étend en général sur 100 à 200 km2, tandis qu'au Bélize, il dépasse rarement les 35 km2. Les mâles ont des territoires en moyenne deux fois plus grands que ceux des femelles. Une femelle peut aussi partager une partie de son territoire avec une de ses consoeurs sans que cela ne soit réellement problématique. En revanche, deux mâles ne partagent jamais un même emplacement, même partiellement.

 

Le jaguar est, comme beaucoup de félins, surtout actif à l'aube et au crépuscule. Le reste du temps, il se repose à l'abri de la chaleur ou se baigne dans les étangs et les rivières. Il affectionne particulièrement l'eau et n'hésite pas d'ailleurs à s'y aventurer pour chasser.

Le régime alimentaire du jaguar

Le jaguar n'héiste pas à chasser du caïman pour se nourrir
Le jaguar n'héiste pas à chasser du caïman pour se nourrir

Le jaguar est un chasseur qui opère principalement la nuit, excepté dans certaines régions isolées des Hommes. Comme la plupart des félins, c'est un animal opportuniste, qui adapte son régime alimentaire aux proies qu'il trouve sur son territoire. Ses talents de nageur et de grimpeur lui permettent de chasser aussi bien dans l'eau que sur terre ou dans les arbres.

 

Dans la mesure où il s'agit d'un prédateur de grande taille, il privilégie les grandes proies, telles que les cerfs, les tapirs, les fourmiliers géants, les capybaras, les pécaris, les tortues et même les caïmans ! Il se nourrit aussi d'espèces plus petites, comme des singes, des oiseaux, des poissons, ou des batraciens, et peut également se montrer charognard à l'occasion. Lorsqu'il vit à proximité de l'Homme, il s'en prend parfois au bétail et aux animaux domestiques, qu'il n'a pas beaucoup de mal à terrasser compte-tenu de son gabarit et de sa musculature. En revanche, contrairement aux autres grands félins, il s'en prend très rarement à l'être humain et ne semble pas pouvoir se transformer en « mangeur d'hommes ».

 

Le jaguar chasse principalement à l'affût, guettant sa proie d'un emplacement où elle ne peut le voir, par exemple un fourré ou en haut d'un arbre. Mais contrairement aux autres félins, il ne tue pas les grands animaux d'une morsure à la nuque : il utilise plutôt ses canines incroyablement puissantes pour percer leur crâne et leur transpercer le cerveau, ce qui provoque une mort quasi immédiate. Les scientifiques supposent que cette technique de mise à mort unique chez les félins serait due au fait que les tortues et d'autres animaux à carapace ont longtemps constitué une part importante de son régime alimentaire : pour pouvoir les manger, il aurait donc été contraint de développer des canines particulièrement robustes.

 

Une fois la proie abattue, le jaguar ne la dévore pas sur place : il l'emporte d'abord dans un endroit isolé avant de la manger. Sa grande force lui permet de traîner une carcasse de la taille d'une vache sur de longues distances, de traverser une rivière en la tenant dans sa gueule, et même de la hisser en haut d'un arbre pour pouvoir la manger au calme. Il peut ingurgiter jusqu'à 25 kg de viande en une seule fois, et rester ensuite plusieurs jours sans nourriture.

La queue qui pêche...

Beaucoup d'histoires courent sur la faculté que le jaguar aurait de se servir de sa queue pour pêcher. Il est vrai que l'animal a été observé, allongé sur une branche, sa queue pendant au-dessus de l'eau. Certains suggèrent qu'en frappant l'eau de sa queue, il imite les fruits qui tombent des arbres et attire ainsi les poissons fructivores qu'il saisit alors d'un coup de patte rapide. On dit aussi qu'il utilise sa salive pour attirer le poisson. Il est possible que, par hasard, la salive s'écoule de sa bouche alors que l'animal scrute l'eau et que cela conduise des poissons curieux et imprudents à finir dans son estomac.

La reproduction chez le jaguar

La reproduction chez le jaguar

La période de reproduction du jaguar varie en fonction de son lieu de vie. Sur la plus grande partie de son territoire, où le climat est tropical, les proies restent abondantes et les températures clémentes toute l'année : il n'a alors pas de saison de reproduction particulière. En revanche, au nord de son aire de répartition, là où le climat est plus tempéré, il s'accouple plutôt pendant l'hiver, en décembre-janvier.

 

La gestation dure entre 90 et 110 jours en moyenne, après quoi, entre 1 et 4 petits voient le jour. Les "chatons" pèsent moins de 1 kg à la naissance et sont aveugles. Ils n'ouvrent les yeux qu'à l'âge de 2 semaines, sont sevrés à 5 mois et restent avec leur mère pendant un an ou deux, pour perfectionner leurs techniques de chasse avant de partir à la recherche de leur propre territoire. Après leur départ du domaine maternel, ils peuvent rester nomades un certain temps, jusqu'à ce qu'ils soient suffisamment forts pour revendiquer un territoire et le défendre contre leurs rivaux. Les mâles atteignent leu maturité sexuelle vers l'âge de 3 ou 4 ans, et les femelles un peu plus tôt, à l'âge de 2 ou 3 ans.

 

Le jaguar est l'un des félins dont l'espérance de vie est la plus longue. En effet, les scientifiques estiment qu'il peut vivre entre 14 et 16 ans dans la nature, sachant que les femelles vivent généralement plusieurs années de moins que leurs compères. En captivité, le jaguar s'éteint en moyenne à l'âge de 23 ans ; à titre de comparaison, l'espérance de vie du chat domestique se situe plutôt autour de 15 ans.

Le jaguar, une espèce menacée

Le jaguar, une espèce menacée

Le jaguar est un super prédateur, c'est-à-dire qu'il n'est pas considéré lui-même comme une proie dans la nature. En Amérique du Nord, il partage une partie de son territoire avec le puma, sans que cette cohabitation soit particulièrement problématique. En effet, ce dernier semble avoir modifié son mode de vie et adopté un comportement plutôt diurne pour éviter tout risque de concurrence directe avec un prédateur plus puissant et plus massif que lui.

 

En réalité, la plus grande menace qui pèse sur ce félin pourtant redoutable est l'activité humaine en général.


Comme beaucoup de ses compères, il a longtemps été chassé pour sa magnifique fourrure, en particulier en Amazonie. À titre d'exemple, les seuls Etats-Unis ont importé 13.516 peaux de jaguars en 1968 et 9.831 en 1969... Le massacre a finalement pris fin en 1973, date de la mise en place d'une convention sur le commerce des espèces menacées d'extinction. Désormais, sa chasse est interdite aux Etats-Unis et dans la plupart des pays d'Amérique latine, à l'exception de la Bolivie, de l'Equateur et du Guyana.

 

En revanche, les confrontations avec les éleveurs sont toujours d'actualité : en effet, l'élevage s'étant largement répandu sur le continent, l'habitat naturel du jaguar a été fortement dégradé et ses proies naturelles drastiquement réduites. En conséquence, le gros félin s'en prend régulièrement au bétail domestique : bœufs, chevaux, mules, moutons, chèvres, ânes, lamas... Les éleveurs, qui voient donc en lui « l'ennemi numéro 1 », font appel à des équipes de « tigreros » (chasseurs de tigres) pour l'éliminer. Les « tigreros » en question se servent généralement de chiens pour le traquer, puis le tuent à coups de lances ou de fusils. Les conflits entre humains et jaguar risquent de ne pas prendre fin de sitôt, compte-tenu du fait que l'élevage et les constructions continuent de s'étendre en Amérique centrale et en Amazonie, au grand dam des forêts tropicales et des animaux qu'elles abritent.

 

À l'heure d'aujourd'hui, le territoire du jaguar ne représente plus que les deux-tiers de son aire de répartition historique, qui s'étendait alors depuis le sud des Etats-Unis jusqu'au centre de l'Argentine. Les autorités ne disposent pour l'instant d'aucune statistique fiable à l'échelle du continent, mais elles s'accordent généralement à dire que ses effectifs continuent de diminuer sur la plus grande partie de son territoire. Au Bélize, qui constitue un des refuges les plus importants pour l'espèce, sa population est estimée à moins de 1000 individus. Le jaguar est aujourd'hui considéré comme "quasi menacée" par l'Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN).

Le jaguar dans le folklore

Le jaguar dans le folklore

À travers les siècles, le jaguar a joué un rôle essentiel dans le folklore des peuples qui partagent son domaine. Dans les forêts oppressantes d'Amérique latine, il était considéré comme un être mystérieux et doté de pouvoirs surnaturels, tandis que ses grognements saccadés, rappelant la phase finale du rugissement du lion, semaient la terreur. On a retrouvé des jaguars sculptés vieux de 5000 à 6000 ans. Les Olmèques, peuple du Mexique, déformaient même leurs propres têtes pour les faire ressembler à celle du jaguar.

 

Au sommet de la colline qui surplombe Oaxaca, au Mexique, les Zatopèques ont construit la citadelle de Cosijo, le Dieu-Jaguar, et on a même retrouvé des os de jaguar minutieusement sculptés dans les tombes creusées dans les flancs de la colline. Pendant la domination espagnole, des « hommes-jaguars », un peu comme les « hommes-panthères » africains, pratiquaient des assassinats rituels, portant pour ornements la peau, des dents et des griffes de ce redoutable félin.

 

Pour les Mayas du Guatemala, du Honduras et du Yucatan, le jaguar soutenait le monde avec le crocodile ; les dieux de la pluie étaient ainsi représentés sous les traits de jaguars. Les tribus de Guyane considèrent ce félin comme leur ancêtre. Dans le temple de Chichén Itza, au Yucatan, une frise représente des jaguars sculptés tenant des cœurs humains dans leurs griffes, tandis que des guerriers nus leur lancent des torches en flammes. Il y a également un jaguar sculpté, laqué de rouge brillant, aux dents de pierre blanche et aux yeux de jade étincelants.

Vidéo documentaire sur le jaguar

Cette vidéo montre une scène incroyable d'un jaguar qui attaque un caïman par surprise. Âmes sensibles s'abstenir !

 

Dernière modification : 09/08/2020.
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Auteur

Phyto-aromatologue spécialisée Canins & Félins

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