Félins : Xsapi, le lion de l’Atlas, passe à l'électro-éjaculateur

07/08/2009
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GRAND FAUVE - Xsapi le lion n’est pas content. Il a vu le fusil qui contient la seringue hypodermique, dans les mains du vétérinaire, de l’autre côté de la grille. “Il sait ce que c’est”, commente Eric Plouzeau, vétérinaire et directeur du jardin zoologique du parc de la tête d’Or. Le lion attaque immédiatement l'homme. Se précipite, rugissant, contre les barreaux de sa loge, sa “chambre”, à l’intérieur du bâtiment de la fauverie. C’est un lion de l’Atlas. Le plus spectaculaire, le plus grand des lions, disparu à l’état naturel. Les vétérinaires veulent comprendre pourquoi il ne s'est pas reproduit. Maintenant, le voilà qui gronde tapi au fond de la pièce et les vibrations sourdes, graves, se cognent contre les murs en béton. Une injection, deux injections, et le roi des animaux, se couche. L'une de ses énormes pattes bat l’air, dans un spasme...



Il y a du monde, ce mardi 7 juillet, autour du lion endormi. Dans l'assemblée silencieuse, une bonne partie de l’équipe du jardin zoologique ; les étudiants, enseignants et chercheurs de l’école vétérinaire de Lyon ; quelques-uns de l’Isara (institut supérieur d’agriculture). Tous les deux ans, il faut couper les griffes du lion. On ne peut faire autrement que l’anesthésier et c’est l’occasion de lui faire un bilan de santé. Xsapi a 10 ans, est en pleine force de l’âge, mais il a peut-être un souci. Sa lionne est décédée à la fin de l’année dernière, sans progéniture. Elle avait 18 ans ; on la pensait trop vieille. Et puis on a découvert qu’elle était probablement fertile, en tout cas qu’elle avait un ovule prêt à être fécondé.

“Avant de lui faire venir une femelle, nous allons faire un spermogramme, observer la concentration de spermatozoïdes, leurs mobilité, pour définir son potentiel de reproduction”, explique Eric Plouzeau. Et puis congeler et conserver la semence. “Cela n’a jamais été fait auparavant pour ce lion. A ma connaissance, c’est une première, au monde”, ajoute Thierry Joly, de l’Isara, spécialiste de cryoconservation. “Il n’existe qu’entre cinquante et cent lions de l’Atlas, tous en captivité, poursuit-il. Il est important de garder le patrimoine génétique de ce lion, pour contribuer à maintenir la sous-espèce.”

Le lion est désormais tout à fait tranquille, allongé sur le flanc. Sa gueule, ses pattes sont entravées par des sangles mais il garde les yeux ouverts. Courant, paraît-il, chez les animaux anesthésiés. On prélève la semence à l’aide d’un électro-éjaculateur : une sonde qui stimule d’une légère décharge le “nerf honteux”, celui qui innerve les organes génitaux. Le premier liquide est clair, trop clair. Un laboratoire de campagne est installé dans un coin de la fauverie, à même le sol, le microscope posé sur un bloc en béton. La technicienne, pliée en deux, scrute l’échantillon. “Rien.” Emilie Rosset, docteur à l’école vétérinaire, commente : “Ce n’est pas très surprenant. Selon le peu de littérature dont nous disposons sur le sujet, on sait qu’il y a plusieurs phases chez le lion. Comme chez le chat ou le chien, mieux connus. Seuls certains éjaculats contiennent des spermatozoïdes”. Certes, l’échographie des testicules n’est pas satisfaisante. Le pénis ne présente pas les “piquants” habituels observés chez les félins, ces aspérités qui disparaissent chez les matous castrés. On réessaye. On attend les résultats. Sept fois de suite. Sept fois “rien”. Le lion est aspermique, stérile. Déception. “Ce n’est pas une bonne nouvelle. Au moins, là, on sait”, lâche Eric Plouzeau. Xsapi ne pourra pas contribuer à préserver l'existence des lions de l'Atlas. “Désormais, il nous va falloir chercher une femelle, mais aussi un mâle.” Le fauve est libéré de ses liens. Il se lèche le museau. Il se réveillera tout à fait dans la nuit.

Sandrine BOUCHER