La persécution des chats dans l'Histoire

La persécution des chats dans l'Histoire

La domestication des chats a débuté il y a environ 7500 ans. Considérés comme des divinités, particulièrement à l'époque de l'Égypte antique, puis comme des créatures sataniques durant le Moyen-Âge, les chats n'ont jamais vraiment laissé les êtres humains indifférents.


L'histoire des chats a été très mouvementée : après avoir vécu des années très sombres, ils ont réussi à regagner le respect et la considération qu'ils méritent, de façon progressive.

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Le chat dans l'Antiquité : un être sacré

Statue de la déesse Bastet
Statue de la déesse Bastet

Durant l'Antiquité, le chat était adoré et même déifié, particulièrement en Égypte où il jouissait d'un statut sacré. Cette déification avait pour conséquence la peine de mort en cas de maltraitance d'un chat ayant entraîné les blessures ou la mort de l'animal.

 

Les légendes égyptiennes ont d'ailleurs consacré une place particulièrement prestigieuse à ce félin. En effet, ce dernier fût utilisé comme représentation de la déesse Bastet, une divinité considérée comme protectrice du foyer. Les sites archéologiques révèlent ainsi de nombreuses nécropoles de chats dédiées au culte de Bastet.

 

Quant aux citoyens égyptiens les plus aisés, ils offraient même de la joaillerie (sous forme de colliers ou de boucles d'oreille) à leurs animaux domestiques. 

 

Par ailleurs, le musée du Louvre expose des sarcophages de chats, preuve de la haute considération qui leurs était portée durant cette période historique.

 

En 525 avant Jésus-Christ, le roi de Perse Cambyse II décide d'attaquer l'Égypte. Il ordonne alors de faire graver des têtes de chats sur les boucliers de ses soldats. Ainsi, la légende raconte que les militaires égyptiens n'auraient pas osé attaquer leurs adversaires afin d'éviter de profaner cet animal qu'ils vénéraient tant.

 

Toutefois, malgré un statut privilégié durant l'Antiquité, le chat paya ensuite un lourd tribut aux croyances et superstitions concernant son espèce.

Le chat au Moyen-Âge : un statut diabolisé

Durant le Moyen-Âge, qui évoque pour beaucoup des années noires où les mentalités furent grandement influencées par diverses superstitions concernant les chats, la situation change. En effet, la vindicte populaire, encouragée par l'Église, eût vite fait de transformer cet animal vénéré en suppôt de Satan, complice des sorcières. Des rumeurs originaires d'Allemagne rapportaient que d'effroyables pratiques orchestrées par des sorcières mettaient en scène ces dernières déguisées en chats noirs. Il s'agit du culte de Freya, qui honorait la fécondité tout en consacrant les plus vils instincts.

 

Afin de l'exterminer, ses bourreaux rivalisaient de trouvailles odieuses pour la mise à mort du chat : tortures, pendaisons, démembrements n'étaient que le prélude à une mort lente et douloureuse. On trouve dans les récits de l'époque de nombreux témoignages de ce genre d'exécutions : chats enterrés vivants, bouillis dans des chaudrons ou brûlés sur des bûchers.

 

Le noir étant la couleur associée au diable, les chats noirs en devinrent la représentation et subirent le sort que l'on rêvait d'appliquer au prince des ténèbres. En effet, à l'époque de l'Inquisition, qui est marquée par une répression de la sorcellerie ainsi qu'une pratique récurrente des autodafés, la chasse aux sorcières est lancée en même tant que celle aux chats.

 

Le chat noir est alors associé aux sorcières qui se rendent au sabbat. Les autorités trouvent donc en lui un bouc émissaire idéal à qui il est possible d'imputer tous les crimes, afin de faire oublier leurs propres transgressions. En 1232, le pape Grégoire IX associe les chats noirs au diable. Puis, en 1484, le pape Innocent VIII poursuit la persécution en réprimant les amis des chats, ces derniers étant accusés de connivence avec le diable. En France, en Allemagne mais aussi en Belgique, des prétendues sorcières finissent par avouer sous la torture qu'elles ont pris la forme de chats afin d'accomplir leurs méfaits. En effet, les individus qui prenaient le risque de prendre soin des félins ou de les héberger étaient accusés de sorcellerie.

La violence envers les chats devient alors exacerbée, et des bûchers se dressent dans toute l'Europe. A Ypres, en Flandres (Belgique), des félins sont jetés vivants depuis la tour du château. Pendant la seconde semaine du Carême, ils sont lancés du haut du beffroi suite à une décision du comte selon laquelle ces animaux étaient devenus indésirables. C'est d'ailleurs dans cette même ville que son ancêtre inaugura en 962 le mercredi des chats, événement précurseur de la tradition du lancer de chats.

 

Quant au château des comtes de Flandres à Gand, il comporte une immense salle de torture qui rappelle l'effroyable sort réservé aux amis des chats.

 

En Allemagne, comme par exemple dans le Schleswig-Holstein, un Land situé au nord du pays, des cérémonies similaires se sont déroulées : des chats personnifiant Judas furent ainsi jetés de la tour des églises. En Westphalie, dans l'ouest du pays, la méthode de torture des chats se résume à les jeter vivants dans des chaudrons d'eau bouillante. 

 

Dans certaines régions, on pensait que sorciers et jeteuses de sort avaient le pouvoir de se métamorphoser en chat lors des sabbats, et tout particulièrement le Mardi Gras, où ils s'attroupaient pour venir saluer leur maître diabolique. En France, lors des fêtes de la Saint Jean, des centaines de chats vivants furent entassés sur des feux de joie. Les pauvres bêtes rôtissaient alors en poussant d'horribles hurlements devant une foule de spectateurs hilares. Par ailleurs, les rois de France, le clergé et les autorités civiles honoraient de leur présence ces tristes cérémonies.

 

En 1545, le roi Philippe II d'Espagne, en visite à Bruxelles, se réjouit à la vue d'un orgue dont les claviers étaient reliés par des cordes composées de queues de chats. Les cris douloureux des animaux produisaient un son étrange qui satisfaisait néanmoins les gens présents sur place.

  
Récemment, lors de travaux dans le château de Saint-Germain-en-Laye (France), fût mise à jour une pierre de taille contenant le cadavre d'un chat parfaitement conservé. Selon la croyance en vigueur à cette époque (1547), un chat enfoui vivant dans les fondations d'un bâtiment en assurait la solidité et la durabilité !

 

Au final, le Moyen-Âge semble être la période noire des chats. Cependant, à partir de la Renaissance, un changement des mentalités va permettre, graduellement, la mise en place d'une nouvelle ère de répit pour ces animaux. 

De la Renaissance à nos jours : vers un regain de considération

Favorisant la diffusion à travers toute l'Europe de certaines maladies mortelles comme la peste, la prolifération des rats fut un réel problème au Moyen-Âge comme à la Renaissance.

 

Durant la période médiévale, le nombre de chats, prédateurs naturels des rats, a drastiquement diminué du fait de leur persécution. Dans le même temps, celle des rats, vecteurs de pathologies, a augmenté de façon très conséquente. 

 

À partir de la Renaissance, les chats furent perçus comme une solution fiable afin d'éradiquer ce problème.

 

Ainsi, au XVIIème siècle, le ministre de Louis XIV Colbert impose la présence d'un minimum de deux chats mâles à bord de chaque navire français afin de lutter contre la présence de rats.

 

Plus tard, sous le règne de Louis XV, dit le « Bien-Aimé » ,  les persécutions s'estompèrent. Ce phénomène d'apaisement fut favorisé par la passion pour les chats angoras blancs dont était animé le roi. 

 

Toutefois, même au siècle des Lumières,  une certaine cruauté pouvait perdurer dans certains endroits. En témoigne par exemple la décision de l'archevêque de Cologne qui, en 1747, ordonna que tous les chats eurent les oreilles coupées. En effet, il existait alors une croyance selon laquelle cette mutilation rendait les chats inaptes aux sabbats.

 

Au XIXème siècle, avec les travaux scientifiques de Louis Pasteur ainsi que la découverte de la relation entre les maladies microbiennes et l'hygiène, le chat - qui passe une grande partie de son temps à faire sa toilette - devint une référence.

En outre, cet animal solitaire et fréquentant peu les autres espèces n'est pas un vecteur efficace en ce qui concerne la transmission des maladies. 

Comme à l'époque de l'Égypte antique, la passion pour les chats renaît peu à peu. Le félin retrouve une place de choix auprès d'artistes tels que des sculpteurs, des peintres et même certains écrivains. 

Le mot de la fin

L'étude du traitement réservé aux chats à travers les siècles rappelle la cruauté de l'être humain et permet de prendre la mesure du chemin parcouru quant au respect de la dignité et des droits universels des animaux

 

Ainsi, les animaux domestiques sont aujourd'hui reconnus par le code civil français (article 515-14) comme étant des êtres vivants doués de sensibilité. Néanmoins, en dépit de cette évolution introduite en 2015, les animaux restent toujours soumis au régime du droit des biens.  

 

Dans le reste de l'Europe, certains pays accordent au bien-être des animaux une place encore plus élevée. C'est le cas par exemple des Pays-Bas, où le « Parti pour les animaux » a obtenu deux sièges au Parlement en 2006. Aux États-Unis, existe même depuis 1977 une matière juridique intitulée « The Law and Animals »  (la loi et les animaux) qui a pour objectif de prendre en considération les litiges concernant les animaux et de les résoudre. 

 

Toutes ces avancées juridiques marquent une véritable rupture avec la mentalité et les pratiques moyenâgeuses. Peu à peu, des outils juridiques sont mis en place contre la maltraitance et la persécution des chats, mais aussi des animaux en général.

 

Au final, les chats semblent avoir regagné la popularité qui était la leur dans l'Égypte antique. Cela ne doit pas pour autant faire oublier qu'aujourd'hui encore, la S.P.A. signale chaque année des milliers de cas de maltraitance envers les animaux domestiques, dont des chats (8300 en 2018). De plus, les mauvaises réputations semblent quelques fois avoir la peau dure : combien de gens frémissent encore en croisant la route d'un chat noir ?

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Commentaires sur cet article

Bel article, touchant et très instructif .. La folie de l'Homme!

   
Par Vanissala
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