« Qui naquit chat court après les souris » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’on ne peut lutter contre sa véritable nature, que les inclinations innées finissent toujours par revenir.
Il est employé depuis au moins le 19ème siècle, puisqu’en 1842 le lexicographe français Pierre-Marie Quitard (1792-1882) le mentionne dans son Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française : « c’est-à-dire que les inclinations originelles conservent leur influence, et que le naturel perce toujours en dépit de l’éducation ».
Le petit félin est présenté ici dans son rôle de chasseur de rongeurs, qui a longtemps constitué sa seule source d’intérêt aux yeux des humains : ce n’est que depuis très récemment qu’on le voit comme un animal de compagnie. On retrouve cette image dans bon nombre d’autres proverbes avec un chat : par exemple « À bon chat bon rat » ou « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent ».
Ici, c’est l’instinct de chasse qui est mis en valeur : le chat court après les souris parce qu’il est né chat, c’est dans sa nature intrinsèque. Rien ne peut effacer cet élan primordial : ni la tendresse, ni l’éducation, ni même une métamorphose.
Comme le souligne Pierre-Marie Quitard, il est possible que cette affirmation soit inspirée d’une fable du Grec Ésope (7ème-6ème siècle avant J.-C.) intitulée « La Chatte et Aphrodite ». Celle-ci narre l’histoire d’une chatte éprise d’un jeune homme, qui supplie la déesse de l’amour de la transformer en belle jeune fille. Aphrodite accède à sa demande et le mariage est sur le point d’être consommé lorsque la déesse, curieuse de savoir si le changement de corps a été accompagné d’un changement de caractère, lâche une souris dans la chambre. Aussitôt, la jeune femme se jette à quatre pattes pour la poursuivre. Constatant que sa nature profonde demeure inchangée, Aphrodite, indignée, la retransforme immédiatement en chatte. « Les hommes naturellement méchants ont beau changer d’état, ils ne changent point de caractère », conclut Ésope.
Cette histoire inspire plus tard le célèbre fabuliste français Jean de La Fontaine (1621-1695) pour la fable « La Chatte métamorphosée en femme » (1668), dont la trame est très proche de celle imaginée par Ésope. Dans sa longue morale, La Fontaine s’attèle à décrire la ténacité de ce que son prédécesseur appelait « le caractère », mais qu’il préfère nommer « le naturel ». Pour lui, ce dernier se renforce avec le temps et devient à partir d’un certain point impossible à changer.
« Chassez le naturel, et il revient au galop », dit d’ailleurs un autre proverbe, dont le sens est semblable à celui de « Qui naquit chat court après les souris ».
La vérité générale que transmettent ces proverbes et ces deux fables est assez fataliste : ils rappellent avec une pointe d’ironie que l’éducation a ses limites face à la force de l’instinct et de l’hérédité. L’idée est simple : on a beau polir un individu, le former et l’élever dans un environnement raffiné, parvenir en apparence à le transformer, sa nature profonde finit presque toujours par resurgir, parfois au moment où l’on s’y attend le moins. Tel le chat élevé dans un salon bourgeois qui, malgré les caresses et les coussins de soie, bondit irrésistiblement dès qu’une souris passe à sa portée, l’être humain porterait en lui des penchants originels que nulle éducation ne parviendrait totalement à effacer — qu’ils soient bons ou mauvais.