Quand le chat n’est pas là, les souris dansent

« Quand le chat n’est pas là, les souris dansent » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’en l’absence de la personne qui incarne l’autorité, les subordonnés en profitent pour transgresser les règles, généralement de manière festive.


Sa forme actuelle semble assez récente : elle n’apparaît que dans l’édition actuelle du Dictionnaire de l’Académie française, parue en 1992. Cela dit, une forme très proche est recensée à partir de la septième édition, publiée en 1878 : « Quand les chats n’y sont pas les souris dansent ». C’est également celle que relève le lexicographe français Émile Littré (1801-1881) dans son Dictionnaire de la langue française, paru en 1873 et 1874.


On recense également un certain nombre de variantes plus anciennes, transmettant une vérité générale similaire en s’appuyant sur une métaphore comparable.


C’est le cas en particulier de « Là où chat n’est, souris y révèle » : c'est-à-dire que là où il n’y a pas de chat, la souris se manifeste ou se montre. Elle est mentionnée dans un recueil de proverbes daté du 13ème siècle et intitulé Anciens Proverbes.


L’idée de danse, laissant imaginer une scène assez amusante de joyeux désordre qui a sans doute participé à la popularisation du proverbe, semble avoir été introduite trois siècles plus tard par le poète français Jean-Antoine de Baïf (1535-1589). Dans un ouvrage paru en 1581 et intitulé Les Mimes, enseignements et proverbes, il recense un très grand nombre de proverbes populaires à son époque, et s’attèle ensuite à retravailler leur forme afin d’en proposer une version plus poétique. On trouve ainsi dans le Premier Livre cet octosyllabe : « Absent le chat, les souris dansent ».


On retrouve cette métaphore dans « Colin-Maillard », une pièce pour la jeunesse issue du recueil L’Ami des enfants, publié en 1782-1783 et dont l’auteur est le dramaturge français Arnaud Berquin (1749-1791) : « quand le chat est hors de la maison, les souris dansent sous la table », peut-on ainsi lire au début de la première scène.


Un peu plus tard, dans son célèbre roman Eugénie Grandet (1834), l’écrivain français Honoré de Balzac (1799-1850) se plaît lui aussi à jouer avec cette image : « quand le chat court sur les toits, les souris dansent sur le plancher ».


La forme actuelle, où le chat symbolise l’autorité, le contrôle et la menace tandis que les souris incarnent les subordonnés qui, en temps normal, se tiennent tranquilles de peur de se faire « attraper », semble donc s’être fixée au fil du temps notamment avec l’ajout de l’image de la danse, qui symbolise le désordre festif - ou plus généralement l’euphorie de la transgression.


Par ailleurs, sa structure binaire, renforcée par une assonance en « a » dans la première partie et une allitération en « s » dans la deuxième, participe de la musicalité de l’affirmation et la rend particulièrement facile à mémoriser.


On remarque en tout cas que les proverbes opposant chat et souris ne sont pas rares, et que le premier y est généralement représenté avant tout comme chasseur. C’est le cas par exemple dans « À bon chat bon rat », « À vieux chat jeune souris » ou encore « Chat ganté n’a jamais pris de souris ».


Ce n’est pas le fruit du hasard, car ces proverbes datent d’il y a plusieurs siècles. À l’époque, et contrairement à aujourd’hui, les chats n’étaient pas vu comme des animaux de compagnie : ils étaient tout juste tolérés pour leur utilité afin d’éliminer des nuisibles, et ainsi de protéger les denrées alimentaires.


Il semble donc que cette image a marqué les esprits et laissé une trace durable dans l’imaginaire collectif : le chat est le prédateur chargé de préserver les aliments en tenant les souris en respect. Sans lui, celles-ci peuvent sortir librement et festoyer en s’en prenant à la nourriture.

Dernière modification : 05/08/2026

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