« Chat ganté n’a jamais pris de souris » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’on a besoin d’avoir les mains libres pour exécuter certaines actions, ou bien qu’il faut parfois mettre la main à la pâte pour obtenir l’objet de ses désirs.
Son origine remonte au moins au début du 19ème siècle, puisqu’il est cité dans le Dictionnaire du bas-langage, ou Des manières de parler usitées parmi le peuple, publié en 1808 par Charles-Louis d’Hautel (né en 1780). Ce dernier l’évoque en effet à l’article « emmitoufler », ainsi d’ailleurs qu’une variante : « Jamais chat emmitouflé ne prit souris. Signifie que pour faire une chose qui demande quelque liberté d’action, il faut avoir les bras et les mains entièrement libres ; ce proverbe est le même que, chat ganté n’a jamais pris de souris. »
Quelques années plus tard, ce proverbe est mis à l’honneur dans Cent Proverbes (1845), un recueil d’histoires écrit par un ou des auteurs anonymes sous le pseudonyme « Trois Têtes dans un bonnet ». Dans cet ouvrage illustré par le célèbre dessinateur français Jean Ignace Isidore Gérard, dit Grandville (1803-1847), chacun des cent proverbes choisis est le titre d’un petit conte plein d’humour qui en constitue en quelque sorte le développement ou l’illustration.
Pour « Chat ganté n’a jamais pris de souris », l’auteur s’amuse à imaginer la suite d’une célèbre histoire mettant en scène un chat portant lui aussi des accessoires destinés aux humains : « Le Chat botté », qui doit sa notoriété au conte éponyme publié en 1695 par l’écrivain français Charles Perrault (1628-1703) dans son recueil Les Contes de ma mère l’Oye.
Bien qu’il soit devenu riche, le Chat botté refuse de se départir de ses bottes, dont l’auteur des Cent Proverbes fait un symbole de la ruse et de la débrouillardise qui lui ont permis de réussir. Elles sont toutefois abandonnées par ses descendants, qui traversent les bouleversements politiques du 18ème et du début du 19ème siècle en se vautrant dans le luxe et le confort, finissant par dilapider leur héritage. Ruiné, le dernier représentant de la lignée tombe un beau jour sur une lettre de son aïeul le Chat botté, dans laquelle celui-ci affirme qu’il faut passer à l’action pour poursuivre ses rêves et que sa devise a toujours été « Chat ganté n’a jamais pris de souris ».
Ainsi, alors que la botte est le symbole de ceux qui ont les deux pieds sur terre (voire dans la glaise) et n’hésitent pas à se salir les mains pour obtenir ce qu’ils souhaitent, le gant est évidemment celui de l’embourgeoisement, de la recherche du confort, du manque d’audace qui empêche d’agir pour tâcher de réaliser ses rêves.
Associée à un chat, qui a naturellement besoin de ses griffes pour chasser, cette image semble encore plus parlante, mais elle a aussi un petit côté saugrenu qui n’est sans doute pas étranger au succès de cet amusant proverbe.