On ne saurait retenir le chat quand il a goûté à la crème

« On ne saurait retenir le chat quand il a goûté à la crème » est un proverbe qu’on emploie pour signifier qu’une fois qu’on a goûté à un plaisir, un avantage ou un interdit, il est impossible – ou au moins difficile - de s’empêcher de le faire à nouveau par la suite.


Son usage remonte au moins au 18ème siècle, puisqu’il est mentionné dans le Dictionnaire de Trévoux, ouvrage rédigé par des jésuites et publié entre 1704 et 1771 : « on ne sçauroit retenir le chat quand il a goûté à la crème, pour dire qu’on a bien de la peine à corriger un homme qui est affriolé à quelque chose ». Il faut ici entendre « affriolé » dans le sens de « attiré par des choses agréables ».


Un siècle plus tard, dans son Dictionnaire de la langue française, publié en 1873 et 1874, le lexicographe français Émile Littré (1801-1881) en donne une définition un peu plus précise : « on ne résiste pas aux habitudes déjà prises, aux tentations déjà goûtées ».


La métaphore repose ici sur une observation du comportement des chats : en général, ils aiment les produits laitiers, même si leur système digestif ne leur permet plus de les digérer correctement une fois qu’ils sont sevrés. Donner de la crème à son chat est d’ailleurs d’autant moins une bonne idée que c’est un aliment très calorique : on risquerait donc de le faire grossir, en plus de lui causer des troubles digestifs.


La métaphore est donc claire : la crème représente la tentation, le fruit défendu, le plaisir interdit qui a tôt fait de devenir addictif (gourmandise, drogue, sexe, argent facile…). Le chat quant à lui symbolise la faiblesse humaine face à ce type de plaisirs ; l’addiction qui ne se laisse plus dompter une fois éveillée, rendant tout retour en arrière impossible.


La vérité générale énoncée par ce proverbe est donc plutôt pessimiste. La tournure « On ne saurait », qu’il faut bien sûr ici entendre dans le sens de « On ne pourrait » ou « Il est impossible de », exprime une véritable résignation quant à la nature humaine. On retrouve d’ailleurs cette tournure dans d’autres proverbes : par exemple « On ne saurait faire d’une buse un épervier » ou « On ne saurait faire boire un âne s’il n’a soif ».

Dernière modification : 05/08/2026

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