
L’autrice française Sidonie-Gabrielle Colette (1873-1954) est connue pour son amour envers les chats, qui s’illustre dans plusieurs de ses œuvres. C’est le cas notamment du recueil de nouvelles Dialogues de bêtes, publié pour la première fois en 1904, ainsi que de la nouvelle La Chatte, parue en 1933 et qui traite de la passion d’un jeune homme, Alain, pour sa chatte Chartreuse Saha.
Lorsque son mariage avec son amie d’enfance Camille commence à vaciller, il se tourne de plus en plus vers cette dernière – d’autant qu’il la trouve sublime. Délaissée, Camille cède à la jalousie et se met à détester cette chatte avec qui elle doit rivaliser pour l’attention de son mari.
Figurant parmi les œuvres emblématiques de Colette, La Chatte est un roman psychologique particulièrement cynique dans lequel Saha est avant tout une métaphore représentant la jeunesse insouciante qu’Alain peine à abandonner pour sa femme, ses nouvelles responsabilités d’époux, et une intimité qui l’effraie.
Toute la puissance de ce court roman d’environ 150 pages réside dans la réserve avec laquelle Colette traite la relation entre Alain et Saha. En effet, elle préfère s’abstenir d’expliquer pourquoi ce jeune homme irait préférer ce simple chat à sa femme, obligeant le lecteur à imaginer ses propres réponses à cette question.
En ce sens, La Chatte n’est pas sans rappeler Le chat noir d’Edgar Allan Poe (1809-1849), qui dans un registre bien différent montre aussi combien ce petit animal peut déchaîner les passions.