« Il ne faut pas faire passer tous les chats pour des sorciers » est un proverbe qu’on utilise pour signifier qu’il ne faut pas imputer à tout un groupe les défauts ou les fautes observés de seulement quelques individus qui en font partie - ou plus largement, qu’il ne faut pas tirer des conclusions générales à partir d’un cas particulier.
Son usage remonte au moins au 19ème siècle, puisqu’il figure dans le Dictionnaire étymologique, historique et anecdotique des proverbes et des locutions proverbiales de la langue française, écrit par le lexicographe français Pierre-Marie Quitard (1792-1882) et publié en 1842.
Toutefois, ce dernier avance que ce proverbe, ou du moins l’histoire sur laquelle sa métaphore s’appuie, est plus ancien : « ce proverbe fut sans doute originairement une réclamation de quelque bonne femme amie des chats contre une croyance superstitieuse qui les faisait regarder non-seulement comme inséparables compagnons des sorciers, mais comme sorciers eux-mêmes ».
Il est vrai que l’image des chats dans l’Europe du Moyen Âge et de la Renaissance est plutôt mauvaise, en particulier à partir du 12ème siècle : l’Église s’attèle alors à les diaboliser, notamment parce qu’ils sont associés aux cultes païens de déesses comme Hécate ou Freyja.
On leur reproche aussi leurs longues périodes de sommeil et leur paresse. Ils sont en outre associés à la féminité, alors que les femmes sont jugées responsables du péché originel. Leurs yeux brillants dans l’obscurité sont mêmes assimilés aux flammes de l’Enfer.
Les chats sont aussi accusés d’être les compagnons des sorcières, voire des démons déguisés. On les accuse de participer au sabbat et toutes sortes de légendes circulent à leur sujet, notamment celle des neuf vies du chat.
C’est dans ce contexte historique que s’inscrit le proverbe « Il ne faut pas faire passer tous les chats pour des sorciers ». Pierre-Marie Quitard se plaît à imaginer que cette phrase aurait au départ été une simple défense de la gent féline contre l’obscurantisme, avant de prendre un sens métaphorique en mettent en garde sur les dangers de la généralisation abusive et des préjugés – ou de ces fameux « amalgames » dont il est si souvent question de nos jours.
La leçon de vie qui est donnée ici est une leçon de tolérance. Elle passe par un avertissement qui s’appuie sur la construction impersonnelle « Il ne faut pas… », qu’on retrouve dans de nombreux autres proverbes : par exemple « Il ne faut pas mettre tous ses œufs dans le même panier », « Il ne faut pas mettre la charrue avant les bœufs », ou encore « Il ne faut pas se fier aux apparences ».
La structure binaire est elle aussi tout à fait typique des proverbes, et elle est ici soulignée par la rime en « er ». La répétition de la syllabe « pa » dans la première partie renforce aussi la musicalité du propos, le rendant plus percutant et facile à mémoriser.