« Il n’est si petit chat qui n’égratigne » est un proverbe qu’on emploie pour signifier que tout le monde a tendance à critiquer, ou bien qu’aucun ennemi ou adversaire ne doit être considéré comme insignifiant.
Il existe depuis au moins le 18ème siècle, puisque le lexicographe français Jean-François Féraud, dit l’abbé Féraud (1725-1807), l’évoque dans l’article « égratigner » de son Dictionnaire critique de la langue française, paru en 1787 et 1788.
Comme beaucoup d’autres proverbes, il repose sur un jeu de sonorité qui le rend facile à mémoriser : en l’occurrence, la répétition des syllabes « né » et « ti ». Et comme de très nombreux proverbes, son message passe par une image.
« Égratigner » signifie au sens propre écorcher légèrement la peau. D’ailleurs, tant dans la toute première édition du Dictionnaire de l’Académie française (parue en 1694) que dans toutes les suivantes, l’exemple utilisé pour illustrer la définition de ce verbe est « Le chat lui a égratigné la peau ».
Toutefois, d’après le Dictionnaire historique de la langue français du lexicographe français Alain Rey (1928-2020), le mot prend aussi dès 1588 un sens figuré : blesser légèrement par un mot piquant. C’est sur le double sens du mot que joue le proverbe « Il n’est si petit chat qui n’égratigne ».
Du fait de sa formulation ancienne et concise, typique du genre, ce proverbe peut aujourd’hui dérouter. Il faut toutefois entendre « il n’est » dans le sens de « il n’existe pas » / « il n’y a pas », et « si » dans le sens de « aussi ». Ainsi, de nos jours, on dirait plutôt « il n’existe pas de chat, aussi petit soit-il, qui n’égratigne pas », ou, « il n’existe aucun chat, même le plus petit, qui n’égratigne pas ».
Selon Féraud, ce proverbe signifie donc que, tout comme le plus petit des chats ne peut s’empêcher de blesser, même les gens les plus humbles ou les plus ignorants se permettent de critiquer les autres ou de juger. C’est ainsi qu’il en arrive à cette définition : « tout le monde se mêle de critiquer ».
Certaines personnes en ont de nos jours une interprétation différente : au même titre que tout chat, aussi petit soit-il, peut nous égratigner, toute personne est susceptible de nous causer du tort, aussi insignifiante soit-elle. Autrement dit, les « petits » ennemis n’existent pas.
« Il n’est si petit chat qui n’égratigne » est donc un bon exemple de proverbe métaphorique reposant sur une image qui en soi est très compréhensible, mais dont l’interprétation est pour sa part sujette à débats, et qui peut être utilisé dans des situations différentes.