Le chat dans les jeux vidéo

Un chat gris assis devant une manette de jeu vidéo

Présent dans la littérature, au cinéma, à la télévision ou encore sur internet, le chat n’est pas seulement un compagnon de vie : il trempe aussi ses moustaches dans toutes les œuvres et tous les médias créés par l’être humain. Ce n’est donc pas une surprise de le retrouver également dans le jeu vidéo.


D’abord cantonné aux jeux de plates-formes où il pouvait bondir, courir et donner des coups de patte à longueur de niveau, il s’est petit à petit immiscé dans d’autres genres et dans des productions de plus en plus ambitieuses et sophistiquées. Il a d’ailleurs laissé l’empreinte de ses coussinets dans quelques titres qui atteignent le rang de chefs-d’œuvre.


Voici 25 jeux qui prouvent que le chat et les jeux vidéo, c’est une longue histoire.

Les années 80 : un départ manqué

Jaquette du jeu « Tom & Jerry » sur Amiga

Garfield, le premier jeu vidéo basé sur un chat de l’histoire, n’a jamais été terminé et n’est jamais sorti. Le personnage iconique de Jim David devait en effet être le tout premier chat que les joueurs auraient dirigé à la manette, mais le développement de ce titre destiné à l’Atari 2600, une console 8-bits commercialisée à partir de 1977, est interrompu en 1983 en raison du krach qui touche l’industrie du jeu vidéo cette année-là. En effet, du fait de la saturation du marché, de nombreux projets sont alors annulés - dont Garfield. Une vidéo du prototype du jeu permet toutefois de se faire une petite idée de ce qu’il devait être : on y voit ainsi le héros tenter de traverser le jardin semé d’embûches avant d’aller prêter secours à son ami Nermal suspendu au toit de la maison.

 

C’est donc à un modeste chat de gouttière que revient la même année l’honneur d’être le premier chat jouable de l'histoire du jeu vidéo 8-bits. Alley Cat (« chat de gouttière », en anglais) est un titre développé pour l’Atari 800 par le game-designer américain Bill Williams, et publié par Synapse Software. Le principe est très simple : placé dans la peau de cet animal, il faut s’introduire chez les gens en passant par une des fenêtres ouvertes sur l’immeuble qui sert de premier tableau et commettre tout un tas de méfaits dans les pièces auxquels on accède, afin d’accumuler le plus de points possible.

 

Si Alley Cat n’est pas vraiment resté dans les annales, l’originalité de ses niveaux en fausse 3D et de ses objectifs est indéniable. En 2018, un fan du jeu a d’ailleurs créé un remake sur PC baptisé Alley Cat Remeow Edition, distribué gratuitement.

 

Malgré ce premier essai prometteur qu’est Alley Cat, les chats n’ont pas la cote dans les jeux 8 bits. Tom, la moitié féline du célèbre duo Tom & Jerry, tente bien une incursion en 1989, apparaissant coup dans Tom & Jerry (sur Amiga, Atari ST et Commodore 64) ainsi que dans sa suite Tom & Jerry 2 (qui sort la même année et est disponible sur les mêmes ordinateurs ainsi que sur MSX, Amstrad CPC et Sinclair ZX Spectrum). Toutefois, ces deux jeux de plates-formes dans lesquels on incarne la souris Jerry qui doit échapper aux pièges tendus par son rival de toujours se voient reprocher un gameplay médiocre et peu inventif. L’histoire se répète en 1992 avec la sortie de Tom and Jerry: The Movie (1992) sur Master System et Game Gear, un jeu qui porte opportunément le titre du film d’animation sorti la même année, mais qui n’a pourtant aucun rapport avec celui-ci. Les rôles sont inversés : le joueur incarne cette fois-ci Tom à la poursuite de Jerry, toujours présent à l’écran comme pour mieux le narguer. À ce détail près, ce jeu de plates-formes s’avère tout aussi répétitif, imprécis dans ses commandes et banal que les deux précédentes adaptations.

 

Jaquette de « Hello Kitty no Hanabatake » sur NES

La même année, Hello Kitty, le personnage inventé par Yuko Shimizu, devient elle aussi l’héroïne d’un jeu vidéo sorti sur Nintendo (NES). Celui-ci est intitulé Hello Kitty no Hanabatake, et on y dirige la célèbre chatte sans bouche dans des niveaux en vue de dessus ; le but est d’arroser des pots de fleurs tout en évitant d’entrer en collision avec des animaux, le tout en respectant un délai imparti.  Compte tenu du fait qu’il ne sort qu’au Japon, ce premier jeu issu de la licence Hello Kitty reste assez confidentiel.

 

Toujours en 1992, et toujours sur Nintendo (NES), le célèbre chat héros de dessin animé Félix tente lui aussi sa chance dans un jeu vidéo développé par Hudson Soft. S’il s’agit encore et toujours d’un jeu de plates-formes en 2D, Félix le chat place cependant son héros félin aux manettes de divers véhicules terrestres, volants et aquatiques grâce auxquels il peut arpenter des niveaux remplis d’obstacles et d’ennemis. Le résultat est positivement surprenant : le gameplay s’avère plus nerveux et plus vertical que dans les autres jeux de plate-formes, et le tout est salué par des critiques globalement très positives.
 

Quant à celui qu’on pensait être le chat le plus fainéant du monde, Garfield, il fait l’objet d’une seconde tentative d’adaptation avec Garfield: Winter’s Tail, paru en 1989 sur Amiga, Amstrad CPC, Atari ST, Commodore 64 et ZX Spectrum. Le célèbre chat pacha s’endort devant la porte grande ouverte du réfrigérateur et se met à rêver de lasagnes en Italie et d’œufs en chocolat en Suisse. C’est dans ces rêves-là que ce titre plonge le joueur, puisqu’il consiste en une bien curieuse compilation de trois mini-jeux mêlant adresse et réflexion : un premier dans lequel Garfield fait du ski et doit éviter des obstacles, un deuxième qui se déroule dans une chocolaterie et où il faut récupérer certains aliments, et un troisième où Garfield fait du patin à glace. Joli et fidèle à la bande dessinée, le jeu pêche au même titre que de nombreux autres adaptations par un manque d'originalité dans le gameplay et de précision dans les commandes.

Mascottes, licences et (encore plus de) jeux de plates-formes

Écran d'accueil du jeu vidéo « Bubsy in Claws Encounters of the Furred Kind »

Les années 90 sont marquées par l’arrivée des premières consoles 16 bits : la Megadrive et la Super Nintendo, deux machines puissantes et à la ludothèque bien fournie qui se font la guerre à grand renfort de titres qui marqueront de manière indélébile l’histoire du jeu vidéo. C’est aussi la décennie des mascottes (Mario, Sonic, Donkey Kong…), et nombreux sont donc les développeurs à tenter de faire adopter aux joueurs des personnages mignons et charismatiques qu’ils espèrent ensuite pouvoir faire vivre pendant de longues années en lançant régulièrement de nouveaux titres les mettant en scène.

 

Parmi ceux-ci, Bubsy le lynx est l’un des rares personnages de la génération 16-bits à rester dans les annales. Imaginé en 1993 par l’Américain Michael Berlyn, ce drôle de matou au poil roux qui marche à deux pattes, porte un t-shirt blanc et des chaussures de course, devient la vedette d’un jeu de plates-formes aussi dynamique que coloré disponible sur Super Nintendo, Megadrive et PC. Beau, rapide et exigeant, Bubsy est pensé pour concurrencer Sonic, mais le look cartoonesque de son héros et ses morts plus insolites les unes que les autres en font bien plus qu’un ersatz de la mascotte de Sega. Si Bubsy est un lynx, les développeurs ont cependant travaillé la personnalité de leur mascotte et le game design de leur titre en ayant recours à de nombreux stéréotypes associés aux chats domestiques. Par exemple, les objets que l’on collecte dans les niveaux sont des pelotes de laine, et Busby ne supporte pas de mettre la patte dans l’eau.

 

Le jeu connaît de nombreuses suites dont Bubsy II, sorti en 1995 sur Megadrive, Super Nintendo, Game Boy et PC, qui rencontre le même succès ; Busby in: Fractured Furry Tales (1994) un titre exclusivement disponible sur la Jaguar d’Atari ; Bubsy 3D: Furbidden Planet (1996), sorti sur PlayStation ; Bubsy: The Woolies Strike Back (2017), proposé sur PlayStation 4 et PC, et enfin Bubsy: Paws on Fire (2018), paru sur PlayStation 4, Switch et PC.

 

De leur côté, Garfield ainsi que Tom & Jerry sont bien décidés à prendre leur revanche après de premières tentatives assez médiocres. D’un point de vue technologique, Tom and Jerry: Frantic Antics, paru en 1993 sur Megadrive et Game Boy, ainsi que Garfield: Caught in the Act, sorti en 1995 sur Megadrive, Game Gear et PC sont tous les deux des jeux très jolis, bien animés et fidèles à leurs licences respectives. Les mauvaises habitudes sont toutefois difficiles à corriger, et les critiques leur reprochent peu ou prou les mêmes défauts qu’aux précédentes adaptations de ces licences : un manque d’idées nouvelles en termes de gameplay, et une grande imprécision dans les contrôles.

 

Au final, on retient des années 90 des jeux colorés et amusants mais sans grande originalité, dans lesquels les chats sont exclusivement des personnages cartoonesques et anthropomorphiques qui n’ont qu’un lointain rapport avec les félins du monde réel.

Les jeux de plates-formes et le passage à la 3D

Le jeu vidéo « Blinx: The Time Sweeper »

Pour certaines des mascottes qui ont fait le bonheur des joueurs de l’ère Megadrive vs Super Nintendo, le passage à la 3D est on ne peut plus délicat.

 

Nommé « meilleure mascotte de jeu vidéo » en 1993, Bubsy voit par exemple sa réputation ruinée par la sortie en 1997 de Bubsy 3D: Furbidden Planet, qui reste aujourd’hui encore considéré comme l’un des pires jeux vidéo de l'époque en raison de ses graphismes criards, de ses nombreux bugs et de sa maniabilité très mal pensée. L’échec est tel que la licence est enterrée pendant plus de 20 ans.

 

En 2002, alors que Microsoft se lance dans la production de consoles avec la Xbox, il tente lui aussi de créer une mascotte féline pour attirer un public jeune. C’est ainsi que naît Blinx, chat anthropomorphique pouvant voyager dans le temps. Il est le héros de Blinx: The Time Sweeper (2002) et Blinx 2: Masters of Time and Space (2004). Même s’ils se démarquent en permettant au joueur de manipuler le temps de bien des façons, les deux titres sont moyennement reçus par la presse et le public. La faute, encore et toujours, a un gameplay répétitif. Il faut aussi dire que les temps ont changé et qu’à l’aube du 21ème siècle, les mascottes ne passionnent plus des joueurs qui ont grandi et qui recherchent désormais des expériences plus originales ou plus réalistes.

 

Tom & Jerry font quant à eux une nouvelle apparition sur console en 2002. Toutefois, ayant, semble-t-il, compris la leçon, ils délaissent la plate-forme pour le jeu de combat. Tom & Jerry sèment la pagaille permet ainsi d’incarner chacun des deux héros ainsi que d’autres personnages secondaires issus du dessin animé au cours de combats jouables à plusieurs et qui se déroulent dans des arènes fermées. Le titre sort sur PlayStation 2, Gamecube et Xbox, et s’avère être une adaptation rafraîchissante.

 

Quant à Garfield, il aimerait probablement faire oublier son passage à la 3D. Garfield, sorti en 2004 sur PC et PlayStation 2, énième jeu de plates-formes aux graphismes indignes de son époque et à la jouabilité exécrable, est généralement considéré par le public et la critique comme le pire opus de la franchise.

Vers une reconversion vidéoludique réussie

Le jeu vidéo « Firo & Klawd »

De manière globale, le passage à la 3D est synonyme de perte de vitesse pour les jeux de plates-formes. En effet, les joueurs qui ont grandi avec (notamment sur Megadrive et Super Nintendo) veulent des expériences plus originales que ce qu’ils peuvent trouver dans ce genre de titres qui, même passés en 3D, peinent à se renouveler. En outre, cette évolution du rendu visuel ne se fait pas forcément à leur avantage, car ils sont souvent handicapés par des problèmes de jouabilité et de caméra.

 

Alors que le secteur est en pleine mutation tant sur le plan de la technologie que sur le terrain des idées, il faut donc vraisemblablement s’éloigner des jeux de plates-formes et des licences connues pour trouver des titres réussis mettant en scène des chats. L’un d’entre eux est sans doute Firo & Klawd, jeu d’action en 3D isométrique sorti en 1996 sur PlayStation et PC. Il parodie les Buddy Movies, et le joueur y incarne un policier orang-outan faisant équipe avec un chat de gouttière dont la tête a été mise à prix parce qu’il a tenté de voler une mallette de faux billets aux gangsters qui l’emploient. Peu connu du grand public, cet étonnant jeu d’action jouable seul ou en coopération montre pourtant qu’on peut utiliser les animaux de manière originale dans un jeu vidéo.

 

Satoshi Tajiri le prouve lui aussi en 1996 avec Pokémon, l’une des plus célèbres licences du jeu vidéo. Parmi les 151 premiers monstres disponibles dans Pokémon Rouge et Pokémon Bleu, les deux versions du premier opus de la série (sorti sur Game Boy), figure un certain Miaouss, un chat avec une pièce d’or collée sur le front. Il doit sa notoriété à l’adaptation animée lancée en 1997, dans lequel un Miaouss appartenant aux malfrats de la Team Rocket est aussi le seul Pokémon au monde doué de parole.

 

Jaquette du jeu « Les Sims 2 : Animaux et cie » sur Nintendo DS

La première PlayStation voit aussi l’arrivée d’un titre singulier demandant au joueur de s’occuper d’un chat. Sorti en 1998, Jingle Cats montre à quel point un animal de compagnie peut animer le quotidien de ses maîtres, et est sans doute la simulation la plus originale et la plus loufoque jamais consacrée à nos amis les félins. En outre, avec ses graphismes dignes d’un dessin animé, il a très bien vieilli.

 

Plus la technologie évolue, plus les simulateurs de ce type se multiplient. Deux ans après la sortie du jeu original, soit en 2002, les célèbres Sims se voient offrir une première extension entièrement dédiée à nos amis les bêtes, avec Les Sims : Entre chiens et chats (PC). Le principe est repris dans les différentes suites de cette célèbre licence avec les extensions Les Sims 2 : Animaux et cie (paru en 2006 et disponible sur PC, GameCube, PlayStation 2, Nintendo DS, Game Boy Advance, PSP et Wii), Les Sims 3 : Animaux & cie (sorti en 2011 sur PC, Mac, Xbox 360, PlayStation 3 et Nintendo 3DS) puis Les Sims 4 : Chiens et chats (proposé en 2017 sur PC, Mac, PlayStation 4 et Xbox One).

 

Dans le même registre paraît en 2011 Nintendogs + Cats (Nintendo 3DS), qui est la suite du célèbre Nintendogs (paru en 2005 sur Nintendo DS) et permet lui aussi de s’occuper de plusieurs félins. Toutefois, ceux-ci ne peuvent pas grandir : ils restent durant toute l’aventure au stade de chatons.

Un personnage devenu peu à peu un incontournable des productions japonaises

Le jeu vidéo « Super Mario 3D World »

Très apprécié au Japon, le chat commence à s’imposer dès la fin des années 90 dans les productions vidéoludiques nippones - au point qu’il est aujourd’hui rare de trouver un jeu japonais ne contenant pas au moins un chat ou un personnage représentant un chat. De Caith Sid dans Final Fantasy VII (sorti en 1997 sur PlayStation) à Morgana dans Persona 5 (paru en 2016 sur PlayStation 3 et PlayStation 4), il fait même parfois office de personnage jouable dans les jeux de rôle (RPG). Il sert aussi de mascotte dans des séries de titres aussi populaires que Monster Hunter ou Animal Crossing.

 

Même l’illustre Mario se glisse le temps d’un épisode dans la peau d’un chat avec Super Mario 3D World, proposé en 2013 sur WiiU puis en 2021 sur Switch dans une version remastérisée. Loin de n’être qu’un simple déguisement, le costume de chat transforme le plus célèbre des plombiers italiens en un véritable félin. Il reprend alors à la lettre les mimiques et les caractéristiques des chats, comme la capacité à grimper sur des surfaces verticales. Autant dire que cette initiative permet de renouveler le gameplay de la série d’une bien jolie manière…

Des titres indépendants de plus en plus originaux

Le jeu vidéo Rain World

Le jeu indépendant connaît un véritable essor dans les années 2010, si bien que des titres de plus en plus originaux s’offrent aux joueurs consoles comme PC. Cela conduit notamment le chat à multiplier les apparitions là où on ne l’attend pas.

 

Parmi les titres les plus réussis, on peut citer :

  • Neko Atsume (2014), jeu mobile dans lequel le but est d’attirer le plus de chats possible dans sa maison ;
  • Cat Quest, un RPG qui sort en 2017 sur PC, Mac, PS4, Switch et mobile, dans lequel le joueur incarne un chat chevalier dans un monde entièrement peuplé de ces félins ;
  • Rain World, qui paraît en 2017 sur PC, Switch et PS4 et invite le joueur à se glisser dans la peau du slugcat, une étrange créature mi-chat mi-limace séparée de sa famille par une tempête, et qui doit désormais survivre dans un monde hostile dont elle ignore tout.

Conclusion

Comme pour les jeux vidéo avec des chiens, les développeurs ont proposé progressivement des titres de plus en plus complexes qui témoignent d’un véritable amour pour les chats. Si c’est encore bien souvent avec humour qu’ils sont traités, des titres très adultes comme Stray (2021) montrent qu’ils ne sont pas non plus cantonnés à la comédie et qu’ils restent une source d’inspiration constante pour les artistes du monde entier.

 

La sélection qui suit montre d’ailleurs à quel point la diversité est au rendez-vous...

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L’histoire du chat dans les jeux vidéo
Dernière modification : 07/11/2024.