Béhémot dans « Le Maître et Marguerite », de Mikhaïl Boulgakov (1966)

Une illustration du chat Béhémoth assis sur un fauteuil entre le Diable et le Maitre pour « Le Maître et Marguerite », de Mikhaïl Boulgakov

Le Maître et Marguerite (Маster i Margarita, en version originale) est écrit par l’auteur russe Mikhaïl Boulgakov (1891-1940) entre 1927 et 1940 puis achevé après sa mort par sa femme, l’autrice Elena Sergeevna Boulgakova (1893-1970). Il paraît ainsi une première fois en 1966 et 1967 dans une version censurée au sein du magazine littéraire Moscou, avant d’être édité la même année en France dans une version complète par YMCA-Press, une maison d’édition dédiée aux auteurs russes. Ce n’est qu’en 1973 qu’il finit par être également publié en version non censurée dans son pays d’origine. 


Prenant place dans le Moscou des années 30, dans une société soviétique dirigée d’une main de fer par Joseph Staline (1878-1953), ce roman met en scène le diable en personne, sous les traits d’un mystérieux personnage humain nommé Woland. Ce dernier est accompagné d’une troupe de personnages étranges (notamment un démon, une femme vampire et un clown) et vient semer la zizanie dans la ville pour mieux révéler la corruption, l’hypocrisie, la vanité et la cupidité de ses dirigeants. 


La charge politique du roman est virulente, mais il dépasse le cadre de la simple satire et marque aussi les esprits pour sa galerie de personnages fantastiques qui accompagnent le diable. Parmi eux, c’est le chat noir Béhémot que le public et la critique retiennent le plus, au point d’ailleurs qu’il figure sur la couverture de nombreuses éditions de l’ouvrage. 


Il faut dire que Béhémot n’est pas un chat comme les autres : il se déplace sur deux pattes, a les proportions d’un humain et s’exprime comme eux. Espiègle et rusé, il ne cesse de se moquer des humains et adore tourner leurs comportements en dérision. Tiré de la Bible, son nom a de quoi induire le lecteur en erreur : le Béhémoth y est une créature monstrueuse et effrayante, alors que le personnage de Boulgakov a avant tout une dimension comique. Cela dit, de façon plus générale, les personnages qui accompagnent Woland ne sont pas tant des êtres maléfiques (quoiqu’ils sont capables de commettre des actes de cruauté) que des éléments perturbateurs s’attaquant aux véritables maux qui rongent Moscou : les bureaucrates, les fonctionnaires et l’élite soviétique. 


Le Maître et Marguerite n’est pas non plus qu’une simple satire. En effet, trois récits s’y mêlent et s’entrecroisent : celui des facéties du diable et des personnages qui l’accompagnent à Moscou, l’histoire d’amour entre une certaine Marguerite et « le maître », auteur d’un roman rejeté par la censure soviétique sur Ponce Pilate et Jésus, et enfin le récit du procès de ce dernier, tiré des pages du livre du maître et dont le diable semble avoir lui-même été témoin.


Tout cela en fait une des œuvres les plus ambitieuses et les plus originales de la littérature russe.  

Sommaire de l'article

  1. Page 1 :
  2. 1. Des origines antiques
  3. 2. Une présence discrète dans la littérature gréco-romaine
  4. 3. Au Moyen Âge
  5. 4. La Période baroque : un personnage de fables et de contes de fées
  6. 5. Au 19ème siècle : un personnage satirique et romantique
  7. Page 2 : « Le Chat botté », de Charles Perrault (1695)
  8. Page 3 : « Le Chat noir », de Edgar Allan Poe (1843)
  9. Page 4 : Micetto dans « Les Mémoires d’outre-tombe », de François-René de Chateaubriand (1841)
  10. Page 5 : Le chat du Cheshire dans « Alice aux pays des merveilles », de Lewis Caroll (1865)
  11. Page 6 : Saha dans « La Chatte », de Colette (1904)
  12. Page 7 : Moune dans « L'histoire édifiante et véridique du chat Moune », de Philippe Ragueneau (1981)
  13. Page 8 : Le chat anonyme dans « Je suis un chat », de Natsume Sōseki (1905-1906)
  14. Page 9 : Murr dans « Le chat Murr », d'Ernst Theodor Amadeus Hoffmann (1819 & 1821)
  15. Page 10 : Cabbage dans « Et si les chats disparaissaient du monde… », de Genki Kawamura (2012)
  16. Page 11 : Nana dans « Les mémoires d’un chat », d’Hiro Arikawa (2017)
  17. Page 12 : Le chat chapeauté dans « Le chat chapeauté », de Dr Seuss (1957)
  18. Page 13 : Church dans « Simetierre », de Stephen King (1983)
  19. Page 14 : Béhémot dans « Le Maître et Marguerite », de Mikhaïl Boulgakov (1966)
  20. Page 15 : Chibi dans « Le chat qui venait du ciel », de Takashi Hiraide (2001)
  21. Page 16 : Pattenrond et Miss Teigne dans « Harry Potter », de J.K. Rowling (1997 à 2007)
  22. Page 17 : Divers chats dans « Kafka sur le rivage », de Haruki Murakami (2002)
  23. Page 18 : Koko et Yom-Yom dans la série « Le chat qui… », de Lilian Jackson Braun (1967 à 2007)
  24. Page 19 : Bastet dans « Demain les chats », de Bernard Werber (2016)
  25. Page 20 : Le chat noir dans « Coraline », de Neil Gaiman (2002)
  26. Page 21 : Piste-fouet dans « La Légende du noble chat Piste-fouet », de Tad Williams (1987)
  27. Page 22 : « Le chat », de Charles Baudelaire (1857)