À bon chat bon rat

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« À bon chat bon rat » est un proverbe qu’on emploie dans le cadre d’un conflit ou d’une compétition pour signifier que la défense doit être proportionnée à l’attaque, c'est-à-dire qu’il faut répondre à son adversaire avec une ingéniosité ou une énergie similaire à celle qu’il a employée.

 

Son origine remonte au moins au début du 17ème siècle, puisqu’il fait partie des proverbes français mentionnés par l’écrivain et philologue flamand Jean Gruter (1560-1627) dans son recueil Florilegium ethico-politicum, cum gnomis Græcorum, proverbiis germanicis, belgicis, britannicis, italicis, gallicis, hispanicis, qui paraît entre 1610 et 1612.

 

L’Académie française le recense également dès la toute première édition de son Dictionnaire, publié en 1694. Elle y explique ainsi que « on dit encore, A bon chat bon rat, pour dire, Bien attaqué, bien défendu ». On le retrouve aussi dans l’ensemble des éditions parues depuis lors.

 

Comme beaucoup de proverbes, il est construit sur une métaphore : le chat symbolise bien sûr l’attaquant, et le rat celui qui va riposter. C’est donc en chasseur que le chat est ici représenté, face à une des proies les plus communes des représentants de la gent féline.

 

Il faut dire qu’à l’époque où ce proverbe apparaît, ces derniers ne sont pas encore considérés comme des animaux de compagnie : leur présence est tout juste tolérée pour leur utilité à éliminer les rongeurs et autres nuisibles. Cette image continue d’ailleurs de marquer les esprits, d’autant qu’elle a laissé sa trace dans la langue française. Il existe en particulier plusieurs autres proverbes qui mettent en scène cet animal dans son rôle de chasseur : « Qui naquit chat court après les souris », « Chat ganté n’a jamais pris de souris », « Quand le chat n’est pas là, les souris dansent », etc.

 

Comme ce dernier, « À bon chat bon rat » met l’accent sur le comportement de l’agressé. D’ailleurs, force est de constater que les ingénieux moyens que les petits rongeurs peuvent déployer pour riposter, échapper à leur oppresseur ou profiter de son absence ont également marqué les esprits. On retrouve ainsi cette métaphore de la revanche des faibles dans plusieurs fables, notamment « Le Chat et les rats », du Grec Ésope (6ème-7ème siècle avant J.-C.), dont le poète français Jean de La Fontaine (1621-1695) s’est inspiré pour « Le Chat et le vieux rat » (1668). Elle est au centre également de « De muribus et catto et cetera », une fable composée vers 1220 par le fabuliste anglais Eudes de Cheriton (qui naît en 1185 et meurt vers 1247). Celle-ci est reprise dans la deuxième moitié du 14ème siècle par le poète français Eustache Deschamps (1340-1405), sous le titre « Le Chat et les souris »

 

Il est d’autant moins d’étonnant que « À bon chat bon rat » soit resté dans la langue courante qu’il s’appuie sur plusieurs procédés typiques des proverbes, qui tendent à renforcer sa musicalité et donc à faciliter sa mémorisation : une structure binaire, renforcée par une rime (« chat » / « rat ») et par une répétition (« bon »). 

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Dernière modification : 05/08/2026

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