Les neuf (ou sept) vies du chat : pourquoi dit-on qu'un chat a plusieurs vies ?

Un chat en pleine chute, et ayant les pattes écartées

La domestication des chats remontant à environ 9 000 ans, il n’est guère surprenant qu’au fil des siècles soient apparus toutes sortes de mythes et légendes à leur sujet.


Parmi eux figure notamment l’idée qu’un chat a plusieurs vies – généralement neuf ou sept. Qu’on y croie ou pas, il s’agit là d’une affirmation que l’on entend régulièrement, tant elle est bien ancrée dans la culture de très nombreux pays.


Quelle sont les origines de cette légende de la quasi-immortalité des chats ? Comment peut-elle s’expliquer ? Pourquoi le chiffre de neuf vies et celui de sept sont-ils ceux qui reviennent le plus souvent ? 

Une légende anglaise ?

C’est sans doute au Moyen Âge et du côté de la Grande-Bretagne qu’il faut rechercher l’origine de la légende des vies multiples du chat, tandis que les premiers écrits qui y font référence remontent pour leur part à la Renaissance.

L’association du chat à la sorcellerie dans l’Occident médiéval

Une enluminure d'un manuscrit du Moyen Âge représentant des chasseurs et leurs chiens s'attaquant à un chat blessé qui s'accroche à un arbre
Une enluminure médiévale avec des chasseurs s'en prenant à un chat

Alors qu’ils étaient vénérés dans certaines cultures de l’Antiquité (en particulier chez les Égyptiens), les chats souffrent d’une mauvaise image dans l’Occident médiéval. C’est en bonne partie lié au fait qu’ils sont mal vus par les autorités religieuses chrétiennes, à une époque où ces dernières exercent une forte emprise sur les esprits. En effet, ils sont associés au culte de déesses païennes (c’est-à-dire appartenant à des religions polythéistes) déjà vénérées avant l’implantation du christianisme.


Ils sont par exemple liés à la déesse Freyja, divinité de l’amour, de la sexualité et de la fécondité dans la mythologie germanique et nordique. Ils sont aussi étroitement associés à la déesse grecque Hécate (Trivia chez les Romains), divinité de la mort, des ténèbres et de la magie. Or, comme le souligne notamment un article intitulé « Le Chat au Moyen Âge » publié dans World History Encyclopedia, ces cultes perduraient dans une moindre mesure à cette époque, transmis oralement depuis des générations – au grand dam des autorités religieuses chrétiennes.


C’est au 14ème siècle que la condamnation des chats atteint son apogée. Du fait de leur besoin de sommeil conséquent et de leurs comportements sexuels, l’Église les associe à la paresse et à la féminité, sachant que les femmes sont elles-mêmes pointées du doigt comme étant responsables de la chute de l’Homme dans le jardin d’Eden. On en vient même à considérer que la couleur jaune que prennent leurs yeux chez certains spécimens est le reflet des flammes de l’Enfer. De fil en aiguille, les chats finissent par être associés aux sorcières ainsi qu’aux cultes démoniaques. Ils deviennent l’objet de toutes sortes de croyances négatives, aboutissant à la légende des neuf vies du chats mais aussi par exemple aux superstitions sur les chats noirs.

Les premières références écrites aux neuf vies du chat

Une gravure sur bois tirée d'une édition parue en 1570 de l'ouvrage de William Baldwin intitulé « Beware the Cat », représentant un chat
Une gravure sur bois figurant dans « Beware the Cat »

Les premières références écrites connues aux neuf vies du chat se trouvent dans la littérature anglaise de la Renaissance.


On peut citer en particulier Beware the Cat, publié en 1553 par William Baldwin et que certains spécialistes considèrent comme le tout premier roman anglais. Satire du rite catholique, ce texte repose sur une discussion entre différents humains sur le langage des animaux, et plus particulièrement celui des chats. Les supposées neuf vies de ces derniers y sont abordées en évoquant un lien très clair avec la sorcellerie :


« But as touching this Grimmalkin: I take rather to be an Hagat or a Witch then a Cat.  For witches have gone often in that likenes, And therof hath come the proverb as trew as common, that a Cat hath nine lives, that is to say, a witch may take on her a Cats body nine times. »

 

Ce qui peut se traduire ainsi en français contemporain :
« Mais en ce qui concerne ce Grimmalkin, je le considère plutôt comme une sorcière ou une vieille femme que comme un chat. Car les sorcières ont souvent pris cette apparence, et de là vient le proverbe, aussi vrai que courant, qu’un chat a neuf vies, c’est-à-dire qu’une sorcière peut prendre le corps d’un chat neuf fois. »


Ainsi, certains pensaient apparemment à l’époque qu’une sorcière pouvait habiter le corps d’un chat jusqu’à neuf fois, et c’est de cette croyance que découlerait celle voulant que les chats ont neuf vies.


À en croire Baldwin, cette idée se serait popularisée dans le folklore par le biais d’un proverbe. Il pourrait s’agir de celui-ci, encore présent de nos jours dans la langue anglaise : « A cat has nine lives. For three he plays, for three he strays, and for the last three he stays » (« Un chat a neuf vies. Trois pour jouer, trois pour s’égarer et trois pour s’installer »). Mais son propos pourrait aussi être une référence à un autre proverbe, recensé par l’écrivain anglais John Heywood (1497-1580) dans un recueil intitulé The Proverbs of John Heywood et publié en 1546 : « A woman hath nine lives like a cat » (« Comme les chats, les femmes ont neuf vies »).

Shakespeare et les neuf vies du chat

Une lithographie représentant Roméo et Juliette, issue de l'ouvrage « The Illustrated Library Shakespeare » (1890)
Roméo et Juliette

Les neuf vies du chat sont également évoquées à la toute fin du 16ème siècle par le plus célèbre des écrivains anglais, William Shakespeare (1564-1616), dans ce qui est sans doute sa pièce la plus célèbre : Roméo et Juliette. On y trouve en effet l’échange qui suit dans la première scène de l’acte III :


TYBALT
What wouldst thou have with me? 


MERCUTIO
Good king of cats, nothing but one of your nine lives
that I mean to make bold withal, and, as you shall use
me hereafter, dry beat the rest of the eight. 

 

Cet échange est traduit ainsi en français par François-Victor Hugo :


TYBALT
Que veux-tu de moi ?


MERCUTIO
Rien, bon roi des chats, rien qu’une de vos neuf vies ; celle-là, j’entends m’en régaler, me réservant, selon votre conduite future à mon égard, de mettre en hachis les huit autres.


Comme chacun le sait, cette pièce est ensuite traduite dans de nombreuses langues et se diffuse très largement un peu partout dans le monde, surtout à partir du 18ème siècle : cela pourrait avoir contribué à la popularisation de la légende des multiples vies du chat, tant en Occident qu’au-delà.


Cependant, le fait que cette dernière ait tellement perduré dans le temps et soit présente dans un si grand nombre de pays s’explique nécessairement aussi par d’autres facteurs.

Pourquoi un chat pourrait-il avoir plusieurs vies ?

La croyance que les chats ont plusieurs vies est apparemment liée au fait qu’à une époque on pensait que les sorcières pouvaient s’incarner à plusieurs reprises dans leurs corps. De là aurait découlé l’idée qu’ils peuvent en quelque sorte se réincarner après leur décès.


Si cette légende s’est autant diffusée et perdure de nos jours, c’est aussi sans doute du fait des indéniables capacités qu’ont les petits félins de braver la mort et de survivre à toutes sortes de situations périlleuses – notamment des chutes.

Se réincarner ou braver la mort ?

Un chat essayant d'attraper un poisson servi sur une table

Dans l’affirmation qu’un chat a plusieurs vies, on retrouve aussi parfois l’idée un peu plus rationnelle qu’il serait capable d’échapper à des dangers mortels, c’est-à-dire de braver la mort.


C’est le cas par exemple dans une fable anglaise non signée intitulée « The Greedy and Ambitious Cat », parue en 1699 et que son auteur attribue à tort à Pilpay – nom donné alors au brahmane du Cachemire Vichnou-Sarma, qui vécut au 3ème siècle et est l’auteur présumé d’un recueil de fables intitulé Pañchatantra. En effet, elle est publiée dans un ouvrage intitulé The Fables of Pilpay, a Famous Indian Phylosopher Containing Many Useful Rules for the Conduct of Humane Life – Made English and Address'd to His Highness the Duke of Gloucester.


En réalité, « The Greedy and Ambitious Cat » est probablement adaptée d’une fable française intitulée « Le Chat gourmand et ambitieux ». Cette dernière est elle aussi injustement attribuée au Pañchatantra, et publiée un an plus tôt (soit en 1698) dans un recueil également non signé, Les Fables de Pilpay philosophe indien ou La Conduite des rois.


L’une comme l’autre traitent d’une chatte qui vit recluse chez une vieille femme pauvre et qui décide, sur les conseils de ses congénères, d’aller voler de la nourriture dans les cuisines du roi.


La référence aux neuf vies du chat n’apparaît toutefois que dans la fable anglaise, plus précisément à sa toute fin :


« […] but as she was enjoying her self under the Dresser-board, and feeding heartily upon her stollen Morsels, one of the Testy Officers of the Kitchin, missing his Meat, and seeing where the Cat was Solacing her self with the Kings Mess, threw his Knife at the Cat with such an unlucky hand, that he stuck her full i the Breast. However, as a Cat has Nine Lives, the Cat made a shift to get away for all that. But, in her flight observing the Blood come streaming from her Wound, well said she, let me but escape this Accident, and if ever I quit my old Hold and my own Mice for all the Rarities i'the Kings Kitchin, may I lose all my Nine Lives at once. »

 

En français contemporain, ce passage peut se traduire ainsi :


« […] mais alors qu’elle se régalait sous le buffet, se délectant avidement de ses morceaux volés, l’un des officiers irascibles de la cuisine, constatant la disparition de sa viande et voyant la chatte se délecter du repas du roi, lança son couteau sur elle avec une main si malchanceuse qu’il le lui planta en plein dans la poitrine. Cependant, comme un chat a neuf vies, elle parvint à s’échapper. Mais dans sa fuite, observant le sang qui coulait de sa blessure, elle dit : « Si je survis à cet accident et quitte un jour mon vieux repaire et mes souris pour tous les trésors des cuisines royales, que je perde mes neuf vies en une seule fois. »

D’extraordinaires capacités de survie

Un chat courant vite dans l'herbe

Si un chat aurait sans doute beaucoup de mal à se remettre d’une grave blessure assenée par un humain armé d’un couteau, force est de constater en revanche que les petits félins sont des animaux de compagnie particulièrement résilients. Il faut dire que, contrairement aux chiens, ils n’ont jamais été totalement domestiqués. Ainsi, ils conservent notamment un instinct de chasse et de fuite très prononcé, et sont parfaitement capables de se débrouiller pour survivre sans leur propriétaire ainsi que de faire face à toutes sortes de dangers.


Hier comme aujourd’hui, leurs réflexes impressionnants, leur rapidité et leur grande agilité ne cessent d’impressionner – voire de fasciner. Ces atouts leur permettent notamment de disparaître en un éclair au moindre signal d’alarme, ou encore de sauter à une hauteur impressionnante pour aller se percher quelque part afin d’éviter un danger.


Au demeurant, leur anatomie n’est pas étrangère à leur capacité de « braver la mort ». En effet, la forme de leurs pattes, leur musculature puissante ainsi que leur colonne vertébrale très flexible les rendent particulièrement performants pour sauter, grimper et absorber les chocs en cas de chute.

La fascination de l’homme pour le réflexe de redressement

La chronophotographie du retournement d'un chat par Étienne-Jules Marey dans « Chat en chute libre »
« Chat en chute libre », par Etienne-Jules Marey

De toutes les particularités des chats, c’est sans doute leur capacité prodigieuse à survivre aux chutes qui fascine le plus les humains.


D’ailleurs, au Moyen Âge (c’est-à-dire au cours de la période où la légende semble être née), dans la ville belge d’Ypres, se tenait apparemment tous les trois ans une fête consistant à jeter des chats du haut d’une tour de 70 mètres de haut. Nommé Kattenstoet (« cortège des chats ») et apparu pour une raison obscure, cet évènement continue d’être célébré de nos jours, si ce n’est que depuis 1817 les petits félins sont remplacés par des faux.


Bien des siècles plus tard, leur capacité à se redresser dans leur chute est l’objet de l’une des toutes premières vidéos avec un chat. On la doit au physiologiste français Etienne-Jules Marey (1830-1904) qui, en 1894, a l’idée de se servir d’un objet dont il est l’inventeur, une caméra chronophotographique (c'est-à-dire capable de prendre en rafale soixante images par seconde) pour découvrir ce qu’il se passe lorsqu’il tient son chat à l’envers et le laisse tomber. Sur cette vidéo, intitulée Chat en chute libre, on peut voir ce dernier se contorsionner pour retourner son corps afin d’amortir l’impact de sa chute.


Ce que Marey a capturé à l’écran est ce que les scientifiques nomment aujourd’hui « réflexe de redressement » : il s’agit d’un mécanisme de contrôle de l’équilibre et de l’orientation commandé par l’oreille interne des petits félins.


Cet extraordinaire atout peut en effet leur permettre au défier la faucheuse. D’ailleurs, une étude intitulée « High-Rise Syndrome in Cats », publiée en 1987 dans le Journal of the American Veterinary Medical Association et portant sur 132 chats admis dans une clinique new-yorkaise après avoir fait une chute d’une hauteur allant de 3 à 32 étages, fait état d’un taux de survie de 90%. Cela dit, il est possible bien sûr que leur cas soit minoritaire, puisqu’un petit félin qui décède sur le coup n’est pour sa part pas pris en charge par une clinique.

Pourquoi un chat aurait-il neuf vies ?

Dotés d’atouts physiques et comportementaux leur permettant d’échapper à bien des dangers, les chats peuvent apparaître comme particulièrement bien armés face à la mort. Cela contribue sans doute à expliquer pourquoi l’idée qu’ils ont plusieurs vies est autant diffusée et ancrée dans les esprits un peu partout dans le monde.


Concernant le fait qu’elles seraient au nombre de neuf, il n’est pas le fruit du hasard :  ce chiffre a un symbolisme particulier dans un grand nombre de cultures.

Le symbolisme du chiffre neuf

La carte de l'Enfer dessinée par Sandro Botticelli pour un manuscrit de la « Divine Comédie », de Dante Alighieri
Les neuf cercles de l'Enfer dans la « Divine Comédie »

Dernier chiffre du système décimal et correspondant également au nombre de mois de gestation d’une femme, le neuf annonce, de façon presque universelle, la fin d’une période et, dans les systèmes temporaires cycliques, un renouveau. En d’autres termes, il est à la fois un symbole de mort et de renaissance.


C’est ce que soulignent notamment le philosophe et théologien français Jean Chevalier (1906-1993) ainsi que son compatriote l’écrivain Alain Gheerbrant (1920-2013) dans leur Dictionnaire des symboles :


« Neuf, étant le dernier de la série des chiffres, annonce à la fois une fin et un recommencement, c'est-à-dire une transportation sur un nouveau plan. On retrouverait ici l’idée de nouvelle naissance et de germination, et même temps que celle de mort […]. Dernier des nombres de l’univers manifesté, il ouvre la phase des transmutations. Il exprime la fin d’un cycle, l’achèvement d’une course, la fermeture de la boucle. »


Toujours d’après le Dictionnaires des symboles, neuf est le nombre de sphères célestes comptées dans diverses cultures. Parallèlement, il est aussi le nombre de cercles de l’Enfer dans la Divine Comédie de l’auteur italien Dante Alighieri (vers 1265-1320), l’une des œuvres de la littérature médiévale occidentale les plus célèbres et influentes.

Le neuf dans la religion chrétienne

Une statue de Jésus Christ sur sa croix

Dans l’Occident médiéval chrétien (comme d’ailleurs dans de très nombreuses autres cultures), neuf apparaît comme un chiffre particulièrement approprié pour évoquer la mort et la renaissance.


En effet, d’après les Évangiles de Mathieu et de Luc, le Christ serait mort à la neuvième heure (soit à 15 heures, les heures étant à l’époque comptées à partir de 6 heures du matin) après une agonie ayant duré trois heures. On peut ainsi lire dans l’Évangile selon Luc (23:44) : « Il était déjà environ la sixième heure, et il y eut des ténèbres sur toute la terre, jusqu'à la neuvième heure. Le soleil s'obscurcit, et le voile du temple se déchira par le milieu. Jésus s'écria d'une voix forte : Père, je remets mon esprit entre tes mains. Et, en disant ces paroles, il expira ». Toutefois, il ressuscite ensuite trois jours après sa mort.


En outre, en plus d’être associé à la fois aux cieux et à l’Enfer dans la religion chrétienne, le neuf l’y est aussi à l’idée de complétude et d’achèvement.


En effet, il est dans la Bible (plus précisément dans l’Épitre aux Galates, 5 :22) le nombre des fruits de l’Esprit Saint : amour, joie, paix, patience, bonté, bénignité, fidélité, douceur, tempérance.


C’est aussi le carré de trois : 3 fois 3 (ou 3 + 3 + 3) font 9. Or, dans la religion chrétienne comme dans de nombreuses religions anciennes, la divinité prend la forme d’une trinité, laquelle représente elle-même une unité. 

Un chat a-t-il neuf ou sept vies ?

S’il est courant dans toutes sortes de pays et de cultures de considérer qu’un chat a plusieurs vies, le chiffre de neuf en revanche ne fait pas l’unanimité. 

Un chiffre qui fait débat

Un chat orange allongé devant une mosquée

Les réponses des internautes à une question posée par un utilisateur du site Reddit montrent de manière amusante que le nombre de vies d’un chat n’est pas exactement le même dans les différentes cultures, et même que parfois il existe plusieurs versions au sein d’une culture donnée. 


Le chiffre de neuf est celui qui revient le plus souvent, mais à en juger notamment par un article intitulé « La Vidas del gato » publié en 2010 dans le journal péruvien El Comercio, on se limite à sept en Allemagne, en Grèce, en Italie, en Espagne, au Portugal et en Amérique latine. C’est d’ailleurs ce que semblent confirmer les internautes du site Reddit. 


Un article intitulé « Qual é a origem da lenda de que os gatos teriam sete vidas? » et publié en 2011 dans le magazine brésilien Super Interessante ajoute quant à lui que des proverbes arabes attribuent aux chats sept vies. Un article paru en 2023 dans le Bulletin de l’Académie vétérinaire de France et intitulé « Le Chat dans l’islam et dans les croyances populaires en Tunisie » va dans le même sens, affirmant qu’en Tunisie on pense que les chats ont sept âmes. On retrouve d’ailleurs le même chiffre chez les internautes du site Reddit pour un autre pays arabe majeur, l’Égypte. 


Certains vont même jusqu’à affirmer que c’est en réalité dans le monde arabo-musulman que la légende des multiples vies du chat est née : elle aurait ensuite été transmise à l’Occident lors de l’occupation de la péninsule ibérique par les Maures (711-1492). Les Européens auraient simplement remplacé souvent le chiffre de sept par celui de neuf, et diffusé à leur tour cette légende en colonisant le monde – notamment l’Amérique.

Le symbolisme du chiffre sept

Un chiffre sept sur fond d'étoiles

Bien que d’autres hypothèses soient possibles, il est probable que le chiffre de sept ait pris le dessus sur celui de neuf dans certains pays et certaines cultures (et l’a même dans différents endroits totalement remplacé) du fait que sa puissance symbolique y est plus grande encore.


D’ailleurs, même en Occident, le neuf est le chiffre de la mort et de la renaissance, mais le sept peut être considéré comme celui de la perfection. Le philosophe et théologien français Jean Chevalier (1906-1993) ainsi que l’écrivain français Alain Gheerbrant (1920-2013) ne manquent d’ailleurs pas de le souligner dans leur Dictionnaire des symboles :


« Sept correspond aux sept jours de la semaine, aux sept planètes, aux sept degrés de la perfection, aux sept sphères ou degrés célestes, aux sept pétales de la rose, aux sept têtes de naja d’Angkor, aux sept branches de l’arbre cosmique et sacrificiel du chamanisme, etc. »


Le sept représente ainsi un ensemble achevé, et même achevé de manière parfaite par la divinité.
Il figure d’ailleurs à de nombreuses reprises dans la Bible – 77 fois précisément dans l’Ancien Testament. On peut évoquer par exemple la création du monde en sept jours, le chandelier à sept branches, les sept cieux où habitent les ordres angéliques, la reconstruction du temple par Salomon en sept ans… Tout cela lui vaut la réputation de chiffre magique.


Le chiffre sept est aussi très présent dans la culture arabo-musulmane, et y renvoie également une image de perfection. Le Dictionnaire des symboles énumère ainsi quelques-uns des septénaires de l’islam :


« […] sept cieux, sept terres, sept mers, sept divisions de l’enfer, sept portes. Les sept versets de la Fatiha (sourate ouvrant le Coran), les sept lettres non utilisées de l’alphabet arabe qui sont "tombées sous la table", les sept mots qui composent la profession de foi musulmane (la Shahâda), etc. »

Conclusion

L’idée que les chats ont plusieurs vies s’appuie à la fois sur les croyances mystérieuses qui leur sont rattachées et sur des choses beaucoup plus tangibles, à savoir leur exceptionnelle capacité de survie. Ses origines exactes restent néanmoins très floues, tout comme les raisons précises pour lesquelles le nombre supposé de vies varie d’une culture à l’autre – voire parfois au sein d’une même culture.


Quoi qu’il en soit, même s’il est vrai que les petits félins possèdent des caractéristiques physiques et comportementales extraordinaires qui leur permettent parfois de défier la mort, celle-ci finit toujours par survenir, et plutôt rapidement. En effet, l'espérance de vie d’un chat est de l’ordre d’une quinzaine d’années à peine.


La perspective qu’il connaît alors une nouvelle existence peut bien sûr constituer une source de consolation pour un propriétaire au moment de faire le deuil de son chat. Ceci pourrait d’ailleurs contribuer à expliquer pourquoi cette légende déjà ancienne continue d’être populaire.

Dernière modification : 06/05/2026