
Même s'ils ont été domestiqués bien après les chiens, les chats vivent aux côtés des humains depuis bien longtemps. C'est pourquoi on sait désormais globalement bien expliquer ce qui se passe dans leur tête.
Il existe toutefois des comportements qui restent encore surprenants et mystérieux. C'est le cas par exemple des chats qui continuent de téter comme un bébé, même une fois qu'ils sont adultes.
Pourquoi un chat se comporte-t-il ainsi, et que peut-il téter ? Faut-il s'inquiéter s'il se conduit souvent de cette façon ? Est-il possible de faire cesser ce comportement ?
Comme tous les mammifères, les chatons se nourrissent de lait dans les mois qui suivent la naissance. Ils tètent alors leur mère jusqu'à ce qu'ils aient l'âge de pouvoir manger autre chose, c'est-à-dire environ 2 mois. Après cela, ils ne sont plus supposés téter.
Il arrive toutefois qu'un chat continue de téter après son sevrage, donc après avoir fini d'allaiter. On appelle ce comportement le suçotement, ou le sucement. Il peut le faire sur un objet, ou sur un individu - voire plus rarement sur lui-même, notamment en tétant sa propre queue.
Lorsqu'un chat tète, il procède comme lorsqu'il tétait sa mère : il suçote avec sa bouche, en produisant de petits bruits de succion. Le plus souvent, il pétrit et/ou ronronne en même temps. Il procède ainsi pendant quelques minutes, éventuellement quelques dizaines de minutes.
Il est à noter qu'une part non négligeable des chats qui présentent ce type de comportement cessent spontanément de les produire au cours de leur vie, si on en croit l'étude « Comportements répétitifs chez le chat : étude du milieu et des conditions de développement » en 2024.
Naturellement, le but d'un chat sevré qui continue de téter n'est plus d'obtenir du lait comme lorsqu'il tétait sa mère. Toutefois, la raison pour laquelle il le fait n'est pas encore bien comprise.
À ce jour, plusieurs hypothèses existent :
Enfin, il existe sans doute une composante génétique à ce comportement, dans la mesure où on le retrouve davantage chez les races asiatiques : en particulier le Siamois, le Balinais et le Tonkinois.
Le plus souvent, un chat tète un objet (notamment un linge), un autre chat, voire lui-même.
Souvent, un chat tète tout simplement un autre chat, comme il le faisait avec sa mère pendant l'allaitement.
Habituellement, il adopte ce comportement avec un congénère dont il se sent proche : en particulier un membre de sa fratrie, ou un chat avec lequel il vit depuis longtemps. Il est à noter qu'il ne tète pas forcément une femelle : après tout, un chat mâle a des mamelles, lui aussi.
En général, ce comportement ne prête pas à conséquence. Il pourrait même s'agir d'un moyen pour les deux matous de renforcer leur relation, de la même façon que lorsqu'ils se toilettent mutuellement. Il convient simplement de vérifier de temps à autre que les mamelles du chat qui se fait téter ne sont pas trop irritées, auquel cas il convient d'appliquer dessus une pommade et/ou un pansement pour faciliter la cicatrisation.
Un autre cas de figure fréquent est le cas où le chat tète un drap, une couverture, un vêtement comme une chemise ou une robe de chambre, un doudou... Les objets en laine ont plus de chances de l'attirer, pour des raisons encore mal comprises, mais ce ne sont pas les seuls.
Les races orientales comme le Siamois et le Birman sont plus sujettes au fait de sucer du tissu, en particulier de la laine. C'est ce qu'indique par exemple l'étude intitulée « A case-control study of compulsive wool-sucking in Siamese and Birman cats (n = 204) » et publiée en 2015 dans le Journal of Veterinary Behavior.
Il convient toutefois de faire attention si un chat tète des linges, des tissus ou même d'autres objets. En effet, il risque alors d'en avaler des morceaux, et donc potentiellement de souffrir de troubles digestifs pouvant aller jusqu'à l'occlusion intestinale. Par ailleurs, un certain nombre de substances chimiques utilisées sur les textiles sont toxiques et/ou cancérigènes en cas d'ingestion.
Dans de rares cas, un chat se tète lui-même : il peut s'en prendre notamment à sa queue, qu'il peut facilement atteindre avec sa gueule.
Bien souvent, il procède ainsi très fréquemment, jusqu'à plus de 3 fois par jour. Ce comportement s'apparente alors davantage à un TOC, c'est-à-dire un Trouble Obsessionnel Compulsif causé par une forte anxiété.
À terme, il risque de se causer des lésions cutanées, d'autant que le suçotement est souvent accompagné d'autres troubles, comme des léchages ou des griffades répété(e)s. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit dans environ la moitié des chats étudiés lors de l'étude « Comportements répétitifs chez le chat : étude du milieu et des conditions de développement » en 2024.
Tout ceci explique qu'une véritable prise en charge vétérinaire est généralement cruciale pour faire cesser l'anxiété dans ce cas de figure précis.
Même si le suçotement peut sembler amusant et/ou mignon, il n'est pas forcément si anodin que cela de laisser un chat téter après son sevrage : il y va potentiellement de sa santé physique et/ou psychologique.
Tout d'abord, un chat qui tète fréquemment est susceptible de le faire en raison d'un mal-être profond. C'est vrai en particulier s'il se comporte ainsi plusieurs fois par jour. À terme, il pourrait finir par s'auto-mutiler, ou par adopter d'autres problèmes de comportement comme le syndrome pica, comme le suggère l'étude « Characterization of pica and chewing behaviors in privately owned cats: a case-control study » publiée en 2016 dans le Journal of Feline Medicine and Surgery. Mieux vaut donc contacter un vétérinaire sans attendre, pour trouver une solution pérenne.
Par ailleurs, même si le chat ne tète pas à cause du stress, il est préférable de ne pas le laisser s'en prendre à des objets, en particulier des linges. En effet, si ceux-ci sont pelucheux comme la laine, il risquerait d'en avaler des morceaux, et alors de souffrir de troubles digestifs - voire d'une occlusion intestinale. Il pourrait aussi avaler des substances chimiques : nombre de vêtements et autres textiles contiennent par exemple des résidus de pesticide, des phtalates, des métaux comme le nickel...
En revanche, il n'y a pas de raison de s'inquiéter si le chat tète des objets sains et qui ne risquent pas de pelucher (comme un doudou), ou s'il le fait sur un congénère, en particulier si la fréquence reste raisonnable : pas plus d'une ou deux fois par jour en moyenne.
Si jamais le comportement du chat s'avère problématique, il est préférable de le faire cesser sans trop attendre.
Si le chat se montre frénétique ou semble très stressé, le vétérinaire commence généralement par prescrire des calmants : cela devrait permettre de soulager un peu son anxiété, et donc de limiter les chances qu'il récidive. En parallèle, il convient de trouver l'origine de son stress, quitte à se faire aider par un comportementaliste félin, qui est une sorte de psy pour chat.
S'il s'en prend à des linges ou d'autres objets susceptibles d'être dangereux pour lui, mieux vaut éviter de les laisser traîner, ou éventuellement tenter de l'en détourner en y répandant un répulsif à base d'une odeur détestée des chats, comme la citronnelle, les agrumes... En parallèle, on peut mettre à sa disposition des linges ou des doudous qui ne sont pas dangereux pour lui, c'est-à-dire qui ne peluchent pas et qui sont dépourvus de produits chimiques (par exemple fabriqués en coton bio).
Un certain nombre de chats continuent de téter après leur sevrage, et même potentiellement à l'âge adulte : ils peuvent le faire en particulier sur un congénère, sur un objet (notamment un linge), voire sur eux-mêmes. Ce comportement mignon peut toutefois s'avérer dangereux pour sa santé ; il pourrait également être révélateur d'un stress important, et qu'il ne peut être question de laisser perdurer. Heureusement, des techniques existent pour le dissuader de continuer en cas de besoin.
Si le suçotement peut s'avérer problématique, il reste tout de même moins dangereux que le syndrome pica, c'est-à-dire que le chat mange n'importe quoi, y compris des éléments non comestibles comme du plastique ou du textile. Le risque de troubles digestifs graves voire d'intoxication est alors bien plus élevé : il faut donc réagir encore plus rapidement pour faire cesser ce comportement.





