Le marché noir des chiens de race et chats de race

Le marché noir des chiens de race et chats de race

L’importation illégale de certaines races de chiens et races de chats est une autre forme de trafic d’animaux en plein essor. En effet, la plupart des éleveurs professionnels, dans une optique de qualité, limitent à une ou deux par an le nombre de saillies qu’ils font effectuer à leurs femelles reproductrices. De ce fait, l’offre ne répond pas toujours suffisamment à la demande, en particulier quand une race se met à faire subitement l’objet d’une mode. C’est ainsi qu’en parallèle des éleveurs canins et éleveurs félins qui effectuent dans leur immense majorité un travail minutieux et respectueux des animaux, les animaleries se sont multipliées, attirées par les gains potentiels.

Pour parvenir à leurs fins, ces « marchands d’animaux » importent des animaux de compagnie depuis l’étranger - principalement des pays de l’Europe de l’Est -, où ils sont achetés bon marché pour ensuite être revendus à prix d’or.

Les animaux y sont élevés dans des conditions déplorables, avec un contrôle sanitaire quasi inexistant. Chiots et chatons sont enlevés à leurs mères, devenues de véritables machines à reproduire, puis entassés par dizaines dans des camions pour être acheminés vers l’Europe de l’Ouest. Certains meurent de déshydratation pendant le trajet. Ceux qui survivent à ce périple se voient établir de faux documents, en complicité avec des acteurs locaux.

Par ailleurs, malgré la réglementation européenne visant à protéger les animaux et éviter ces trafics, les trafiquants usent de divers subterfuges afin d’acheminer les animaux vers les pays comme la France. Par exemple, l’Union Européenne stipule qu’il est interdit d’importer un chien tant qu’il n’a pas atteint l’âge de 3 mois et 21 jours. Qu’à cela ne tienne : travaillant en collaboration avec des vétérinaires véreux basés dans les pays d’origine, les trafiquants n’hésitent pas à falsifier le carnet de vaccins et le passeport européen des animaux qu’ils importent, afin de tricher sur leur âge réel, et éventuellement aussi masquer leur état de santé.

Les trafiquants passent alors les contrôles douaniers sans problème, car les services de contrôle sont mal formés ou peu sensibilisés au trafic. Les animaux sont ensuite commercialisés via des animaleries complices, ou des sites de petites annonces. Ces fraudes et falsifications de documents peuvent aussi servir à masquer l’origine réelle des chiens et des chats, afin de faire passer pour pure race des animaux qui sont en réalité des croisés.

En Europe de l'Ouest, la Belgique est considérée comme l’une des plaques tournantes de ce trafic à grande échelle. En effet, les trafiquants font transiter les animaux par ce pays, d’où ils peuvent ensuite les faire pénétrer dans les pays environnants sans éveiller de soupçons. Une grande proportion de ces animaux de compagnie est cédée à des animaleries en Belgique, en France, en Suisse et dans d’autres pays européens.
 
Ce phénomène dépasse les frontières de l’Europe. Au Québec, où les élevages intensifs d’animaux domestiques sont autorisés par la loi, contrairement à d’autres provinces du Canada, des usines à chiots « produisent » chaque année des milliers d’animaux, selon l’association de défense des animaux WFFA. La moitié de ces chiots élevés en batterie dans des conditions insalubres sont vendus à des animaleries au Québec, et les autres répartis entre les Etats-Unis et d’autres régions du Canada. Même si elle parait a priori légale, cette activité pose des questions d'éthique, d’autant plus que des vétérinaires véreux coopèrent souvent avec les éleveurs pour fournir des documents falsifiés aux animaux.

Parmi les races canines qui font le plus l’objet d’importations illégales, on retrouve évidemment notamment les chiens les plus populaires en France et dans les autres pays d’Europe Occidentale, à l’instar de l’American Staff, du Spitz de Poméranie, du Bouledogue Français ou encore du Berger Allemand. Malheureusement, les chats de race ne sont pas épargnés : un Chat Européen, un Maine Coon, un British Shorthair, un Bengal ou encore un Persan vendu dans une animalerie a en réalité de grandes chances d’être issu de ces trafics.

Entièrement sous le charme de l’adorable petite boule de poils dont ils envisagent de faire leur compagnon, la plupart des acquéreurs prêtent peu d’attention à la provenance des animaux dits de race et à leurs conditions d’acheminement. Le plus souvent, ils vérifient simplement le carnet de vaccins, qui est génégalement falsifié. Pourtant, certains pays (dont la France) disposent d’un registre permettant d’authentifier de façon fiable la race et le pedigree d’un chien ou le pedigree d’un chat de pure race. En France, il s’agit du LOF (Livre des Origines Français) pour les chiens et du LOOF (Livre Officiel des Origines Félines) pour les chats.

Or, acheter un chien ou un chat issu d’un trafic, c’est soutenir ledit trafic. Si toutes les animaleries ne se rendent pas complices de ces trafics d’animaux, la meilleure solution pour adopter un animal élevé dans les meilleures conditions n’en reste pas moins de se tourner vers un éleveur professionnel. Cela permet aussi d’éviter de se retrouver avec un animal gravement malade quelques mois, voire quelques semaines à peine après son adoption.

 

En effet, n’étant pas sevrés, les animaux issus d’un trafic sont susceptibles d’être en proie à de nombreuses pathologies. Pour les chiens, on peut citer la maladie de Carré, la pneumopathie, la gale, la teigne et même la rage du chien, toujours présente dans les pays d’Europe de l’Est. Les chats, quant à eux, peuvent potentiellement aussi être atteints de rage féline. Ce trafic pose donc un problème de santé publique, car la rage du chien et la rage du chat sont des zoonoses, c'est-à-dire des maladies qui peuvent se transmettre à l'Homme.

Enfin, quand bien même l’animal adopté serait physiquement épargné par les ennuis de santé, il n’est pas sûr que sa santé mentale sorte indemne de ce qu’il a vécu. De fait, n’ayant pas été sociabilisés dès leur naissance, les chiots et chatons issus d’un trafic développent bien souvent des troubles comportementaux (agressivité...) dont ils ne parviennent parfois jamais à se départir, même avec l’intervention d’un comportementaliste professionnel. En effet, il en va des animaux domestiques comme de l’Homme : ce qu’ils vivent dans leur plus tendre enfance les marque à vie.

Dernière modification : 10/07/2019.
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